Monday, January 21, 2013

Interrogations sur une manif 2




L’« invention » de la famille par les oiseaux eut une autre conséquence que d’ouvrir la possibilité de l’apprentissage, elle a libéré la vie du gaspillage naturel. Un arbre jette au vent des centaines de milliers de graines dont seules quelques unes vont pousser ; le frai du poisson, ce sont des centaines d’œufs lâchés par la femelle qui dérivent au gré du courant, dont peut-être la moitié sera fécondée ; le banc d’alevins qui en résulte a toutes chances d’être décimée par les prédateurs et, bon an mal an, les populations restent à peu près stables ; les pontes de tortues abandonnées dans le sable ne réunissent plus qu’une ou deux centaines d’œufs mais, là encore, seuls deux ou trois survivront jusqu’à l’âge adulte. La couvaison réduit largement le nombre acceptable dans un nid, on aura par année quatre, cinq, au plus six ou sept oisillons à nourrir et éduquer s’il est tressé dans les branches d’un arbre, un peu plus dans les nids au sol. Chez les mammifères, les portées sont du même ordre chez les animaux de petite taille et se réduisent à un ou deux lorsqu’elle augmente. En d’autres termes, l’histoire de la vie n’est pas seulement celle d’une montée vers la liberté mais aussi celle d’un respect de plus en plus marqué de l’individu. Même chez les mammifères sociaux comme les loups, chaque membre de la meute a sa personnalité propre et les relations ne se résument pas à l’établissement des hiérarchies. Résumons en chiffres pour fixer les ordres de grandeur. Il faut dans les 100 000 graines pour faire 1 arbre, environ 1000 œufs pour un poisson, 100 pour une tortue marine, tandis qu’à partir de l’oiseau chaque individu conçu a une réelle espérance de vie. Le gaspillage existe encore mais en interne : le nombre de spermatozoïdes qui perdent la course à l’ovule dépasse celui des étoiles dans l’univers. On peut y voir à quelle mesure chaque être vivant est précieux dans sa singularité.

Or que signifie la procréation médicalement assistée qui suivrait évidemment l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe et que réclament à cor et à cris les militantes de LGBT ? Soit une simple insémination que j’oserais appeler vétérinaire puisque la technique est la même pour les vaches ou les juments mais qui reste aléatoire car il faut viser le bref laps de temps pendant lequel la femme est fécondable, soit plus souvent une fécondation in vitro avec implantation de l’ovule fécondé. La technique exige que plusieurs ovules soient soumis à ce processus et qu’un tri soit effectué parmi ceux qui ont réussi cette première étape. En d’autres termes, nous retrouvons le gaspillage du vivant tel qu’il existe chez les tortues ou les reptiles à sang froid. Progrès ou régression ?

Quant à la gestation pour autrui, si le corps humain redevient une marchandise, cela signifie simplement que nous revenons au temps de l’esclavage, un esclavage d’autant plus odieux qu’il n’implique plus aucun devoir du maître puisque il n’achète pas la reproductrice, il la loue comme une voiture ou un appartement. Mais cela ne ferait que pousser un peu plus loin une tendance mercantile bien lancée avec la recherche sur l’embryon, le trafic d’organes et les brevets pris sur des morceaux du génome humain. Là encore, où est le progrès ? Vers -1800, Hammourabi interdisait de séparer les familles d’esclaves et obligeait à respecter les liens qui unissaient les parents et les enfants. Nous serions en train de dégringoler en deçà du premier droit écrit connu, quelle avancée !

Nous sommes à la croisée des chemins. Science et technologie nous donnent un pouvoir sur la vie dont n’auraient pas rêvé nos ancêtres mais en ce domaine comme en d’autres, nous ne pouvons plus forger indépendamment la charrue et l’épée. Les revendications sentimentales du mariage homosexuel et du droit à l’enfant s’inscrivent dans la même démarche que le transhumanisme que j’ai déjà largement commenté sur ce blog, une démarche facilitée par la désagrégation des familles élargies. L’anomie sociale qui accompagne toujours l’urbanisation comme on l’avait déjà observé à l’époque hellénistique à Alexandrie brise les liens structurés de sang et d’alliance et les remplace par une sorte de mouvement brownien des individus, des interactions provisoires ou contractuelles. En d’autres termes, la société passe d’une structuration organique, analogue à celle du vivant, à celle d’un gaz ou d’un liquide, d’une collection de molécules. On ne peut s’empêcher de penser à la décomposition des cellules vivantes mais s’agit-il de la mort ou de l’histolyse qui permet la transformation de la chenille en papillon ? S’il est difficile de trancher a priori, quelques constats doivent nous inciter à la plus grande prudence, ne serait-ce que la prolifération des structures mafieuses dans ce monde de plus en plus urbanisé. Là où les liens familiaux se diluent, où l’Etat s’affaisse, les bandes fortement hiérarchisées et indifférentes à tout ce qui n’est pas leur intérêt immédiat prennent le pouvoir, un pouvoir brutal que ne tempère même plus l’idéologie. 
(à suivre)

Sunday, January 20, 2013

Interrogations sur une manif et ses suites





Manif pour tous : le terme fut choisi en écho au slogan de « mariage pour tous » désignant le projet de loi gouvernemental ouvrant le mariage civil aux personnes de même sexe, avec tous les privilèges associés au mariage, en particulier la possibilité de l’adoption plénière. Vouloir une démonstration non politicienne et non confessionnelle parce que l’enjeu dépasse de loin tous les partis et les divergences théologiques, je pouvais le comprendre et j’ai fait partie du million et quelques de manifestants. Mais aussi généreuse et juste soit l’idée, il reste à lui donner une assise théorique sans laquelle ce ne serait que feu de paille vite éteint par des flots d’idéologie bien articulée – même et surtout si, comme je le crains, l’idéologie avouée du PS n’est que le cache-pot de préoccupations beaucoup plus pernicieuses et qui ne viennent pas de la ligne de pensée que s’était donnée la gauche depuis le XIXe siècle. Donc, pourquoi ai-je manifesté dimanche ? Papa, maman, la bonne et moi ?

La famille dont j’ai eu l’expérience dans mon enfance était plus vaste que ce noyau là, elle comptait quatre générations, des oncles, des tantes, des cousines et même un ou deux cousins. C’est dans ce contexte que j’ai appris le respect, la tendresse, les coups de gueule, la solidarité et les jugements abrupts, la fidélité et les injustices de l’existence, la différence entre l’amitié de choix et la parenté donnée. Bref, la vie. Mais des familles comme la mienne, qui en a encore l’expérience ? Je voyais ma grand-mère maternelle tous les jours, mes grands-parents paternels toutes les semaines ou presque. Aujourd’hui, la famille est unie quand un enfant passe quelques jours par an chez ses grands-parents à l’autre bout de la France si ce n’est du monde. Comme je le disais dans l’un de mes derniers articles, la famille recomposée n’est pas une invention moderne, même si c’était la mort et non le divorce qui entraînait les remariages et la vie sous le même toit de frères, demi-frères, enfants sans lien de sang éduqués ensemble. Rappelons nous le conte de Cendrillon ! Mais elle se recomposait au sein d’un ensemble plus vaste où chacun savait d’où il venait, quels étaient ses ancêtres et son cousinage propre. Je ne suis pas sûre que les familles patchwork actuelles aient gardé tant de liens avec les ascendants et les collatéraux. Le tissage des liens de sang et des liens d’alliance existe depuis les origines de l’humanité. On le trouve chez les aborigènes australiens ou les indiens d’Amazonie comme dans la France des années 1950. Il a donné, en se codifiant au sein des diverses cultures, la structure de clan puis de tribu, c’est à dire toute la socialisation des chasseurs-cueilleurs puis des agriculteurs. D’où vient que cette famille élargie encore vivace il y a si peu de temps et qui tenait depuis des millénaires se soit effondrée en moins d’un demi-siècle, au point qu’on en arrive à ce projet de loi ?

Evacuons d’emblée les accusations simplistes ou les complots fantasmatiques. Ce n’est pas le simple désir de jouissance des adolescents de mai 68 ni la doctrine des frères la gratouille, comme les appelait Mitterrand, s’acharnant à détruire la religion qui permettent d’expliquer un tel délitement. Tout au plus discussions en loge et slogans de mai seraient-ils des symptômes. Lors de la révolution russe, Staline a très vite rétabli le mariage traditionnel en le laïcisant et les quelques velléités d’union libre ont terminé en Sibérie. Il faut se poser des questions beaucoup plus fondamentales et qui donc risquent de fâcher les uns ou les autres.
La famille n’est pas une spécificité humaine. Elle commence avec les oiseaux, avec la couvaison, le nourrissage et l’éducation de petits nés immatures, incapables de survivre par eux-mêmes[1]. En deçà, poissons, tortues, reptiles, tous les ovipares à sang froid abandonnent leurs œufs et, lors de l’éclosion, c’est à chaque bébé d’assurer sa propre survie pour le plus grand bonheur des prédateurs. Chose notable, c’est également avec les oiseaux que surgit le sommeil paradoxal, l’état de rêve qui, si l’on en croit Michel Jouvet, permet de dépasser la programmation génétique et, selon quasiment tous les chercheurs, a quelque chose à voir avec la mémoire et l’apprentissage. Si l’on ajoute l’hypothèse d’Aimé Michel, à savoir que le raisonnement, la logique débute aussi avec les oiseaux et très précisément avec leur chant[2], nous avons là une constellation des plus essentielles, le gain d’une liberté que ne permet pas ou peu la simple programmation génétique. La vie passe un cap aussi important que la sexuation. On peut lire l’évolution des espèces de manière non darwinienne[3] comme une montée vers la liberté autant que vers la complexification croissante dont un Hubert Reeves reconnaît la présence depuis la première seconde de l’univers.

Gain de liberté au niveau de l’espèce : les comportements ne sont plus entièrement instinctifs, de simples réflexes en réponse aux conditions extérieures. L’oiseau choisit les brindilles qui composeront son nid alors que les fourmis ramènent n’importe quoi tant qu’elles peuvent le traîner ; il dispose d’un langage pour interagir avec ses congénères ; il peut revoir ses propres actes et les améliorer grâce au simulateur sans risque qu’est le rêve. Que cette autonomie soit encore limitée, nul n’en disconviendra mais elle existe. Quand les mammifères apparaîtront, la vie ne reviendra pas en arrière, elle étendra même plus loin cette latitude. Toutefois le gain d’indépendance au niveau de l’espèce s’accompagne de contraintes encore inconnues au niveau de l’individu. La transmission par apprentissage suppose que les parents s’imposent la longue immobilité de la couvaison, un temps de chasse accru pour nourrir les petits, l’accompagnement des premiers envols. On voit même s’esquisser la distribution des rôles selon le sexe puisque seules quelques espèces pratiquent la couvaison alternée par le mâle et la femelle.

Quand on arrive à l’homme, le gain de liberté devient immense. Toutes les capacités esquissées chez les oiseaux nous sont données de manière plénière – enfin, aussi plénière que le permettent les lois de la matière qui compose notre planète. Nous pouvons modifier nos comportements comme aucun animal ne l’a jamais pu. Nous sommes, si nous le voulons, maîtres de notre sexualité par la possibilité de continence ; maîtres de notre respiration, voir les yogi et les plongeurs en apnée ; maîtres de notre alimentation, à la fois omnivores et susceptibles de jeûner volontairement ; maîtres de notre sociabilité puisque, si la hiérarchie existe dans l’espèce humaine, elle peut s’exprimer selon divers modes ; maîtres de notre violence sans la bride animale qu’est l’interdit du meurtre intraspécifique ; maîtres de notre langage qui peut s’enrichir et se transformer selon nos activités, prendre des formes sonores ou graphiques ; maîtres enfin de nos territoires puisque nous voyageons sans difficulté. Ces gains d’autonomie ont leur revers : nous sommes capables de nous détruire par de mauvais choix, y compris en tant qu’espèce, sans qu’un garde-fou génétique ne nous limite. Nous pouvons, sans aller jusqu’à la destruction, nous imposer de la souffrance en poursuivant des chimères.

Il nous reste des contraintes naturelles. Nous ne pouvons pas nous passer totalement de nourriture ni de sommeil. Il faut toujours qu’un spermatozoïde pénètre un ovule pour que naisse un enfant. Nous ne pouvons pas restreindre le temps nécessaire à l’apprentissage et donc à l’éducation des petits – il tend même plutôt à s’allonger, il en reste une capacité tout au long de la vie qui permet l’accumulation des savoirs, la diversification des cultures et leur évolution. Cela signifie que les adultes sont obligés de prendre en charge d’une manière ou d’une autre celui qui ne peut encore assurer sa subsistance. C’est à ce niveau très fondamental, antérieur à toute différenciation culturelle, que se pose la question de la famille. Claude Lévi-Strauss a pu montrer dans ses Structures élémentaires de la parenté qu’il n’en existait que quelques modalités mais son travail est également trompeur puisqu’il ne prend en compte que l’ossature et non le vécu, ses joies et ses souffrances.

La souffrance est la grande inconnue. On ne sait pas très bien quand elle apparaît dans l’histoire de la vie, peut-être très tôt comme garde-fou mais elle est indéniablement liée à la capacité d’apprentissage et de transformation des comportements, donc au passage de la nature à la culture en tant que régulateur de nos existences. Le problème vient de ce qu’elle accompagne deux mouvements contraires, celui qui pérennise et fixe ce qui est appris et qu’on pourrait appeler, au sens le plus large, la tradition, celui qui pousse vers le nouveau, vers l’inconnu, vers le degré de liberté supplémentaire avec tous les risques qu’il comporte, ce qu’on peut nommer, là encore au sens le plus large, le progrès. Comment démêler si elle sert d’avertissement quand nous prenons un chemin qui nous détruit ou s’il s’agit d’une sorte de courbatures accompagnant un effort inédit mais salutaire ? De même le bien-être vient-il du moindre effort que signifie la transformation de la tradition en routine (terme non péjoratif) ou du gain de liberté d’un nouvel apprentissage ?

Les partisans du mariage homosexuel et des familles homoparentales nous affirment qu’il s’agit là d’un progrès et s’appuient pour ce faire sur l’existence des familles recomposées dont nous avons vu qu’elles n’ont rien d’une nouveauté, qu’elles sont une réponse astucieuse de l’humanité aux aléas de l’existence. Un oisillon au nid dont un busard a croqué les parents va mécaniquement crever de faim : la liberté de son espèce ne va pas jusqu’à l’altruisme de nid à nid, sauf parfois dans les colonies d’oiseaux sociaux. Un enfant humain orphelin survivra, pris en charge soit par sa parentèle élargie soit par une institution qui la remplace tant bien que mal, soit encore par l’adoption. Souffrira-t-il plus, moins, autant que celui qui aura grandi entre ses père et mère biologiques ? Le débat sur ce point ne peut que s’enliser à l’infini car il n’existe pas de thermomètre de la douleur et, d’autre part, la qualité, la fonction de cette souffrance précise n’est jamais définie. Ce qui serait effectivement une nouveauté, ce serait l’ouverture du mariage et de l’adoption aux personnes de même sexe. Pourquoi ? Parce que la famille n’a de sens qu’en fonction des soins à donner aux jeunes, qu’elle apparaît comme nous l’avons vu avec la naissance de bébés immatures et incapables de survivre seuls. C’est la perspective de l’enfant qui amène les amants à se plier aux contraintes rappelées jusque par le code civil : fidélité, assistance mutuelle, contraintes dont l’acceptation volontaire est un devoir. Le centre du débat ne peut être que l’enfant, sinon la « bénédiction » laïque et républicaine d’un couple stérile par essence et destiné à le rester n’est qu’une parodie ou un gratouillis d’ego. Ils pourraient s’offrir une fiesta avec les amis pour fêter leur décision de vie commune sans y inviter monsieur le maire, à moins qu’il ne s’agisse de considérations bassement matérielles comme la communauté des biens, l’héritage ou la possibilité de jouir d’une pension de réversion mais tout cela pourrait se régler par contrat de droit privé ou par décision ministérielle autorisant de tels accords sans cérémonie devant un élu en écharpe tricolore.

Or le point aveugle des structures définies par Lévi-Strauss, c’est le sort des orphelins et des bâtards et c’est aussi le cœur du débat d’aujourd’hui. Qui peut, qui doit en prendre soin ? La réponse a varié au cours des siècles et d’une culture à l’autre mais la question ne se posait véritablement qu’en cas de défaillance de la famille élargie, sinon les grands parents, les oncles et tantes suppléaient aux absents.
(à suivre)


[1] Peut-être a-t-elle commencé chez les dinosaures puisqu’il semble admis aujourd’hui qu’il s’agissait d’animaux à sang chaud, que certains se déplaçaient en troupeau, qu’il existait des stratégies de chasse en groupe, tous comportements qui suggèrent un apprentissage.
[2] Aimé Michel, « Prélude à l’homme », La liberté de l’esprit, 1990 si ma mémoire est bonne.
[3] Je me fiche du mécanisme. Quand j’emploie les termes « évolution des espèces », je fais allusion au fait indéniable que la vie possède une histoire bien datée par les couches géologiques, qu’elle a commencé par des unicellulaires, est passée par les invertébrés, les vertébrés à sang froid puis à sang chaud, enfin les mammifères. La complexification croissante de l’écosystème est un fait et, disait le vieux Lénine, les faits sont têtus. Qu’elle soit produite par survie des survivants (Darwin), par la fécondité de Gaïa (Lovelocke) ou par créations successives du Grand Architecte (nom divin parfaitement recevable en théologie) n’a aucune incidence sur mon raisonnement.

Friday, January 11, 2013

Communiqué du SIEL - je relaie

Communiqué du SIEL

(Souveraineté, Indépendance Et Libertés)

Attentifs aux débats qui ont animé les composantes du Rassemblement Bleu Marine à propos de la manifestation contre le prétendu "mariage" homosexuel du 13 janvier, le bureau du SIEL réaffirme unanimement son engagement en faveur d'un large mouvement populaire préservant l'institution familiale et à travers elle un élément central de la civilisation française.

Plus que jamais, il appelle ses membres, amis et sympathisants à se mobiliser non seulement le 13 janvier mais aussi tout au long de l'année contre les bouleversements anthropologiques auxquels ouvrirait ce prétendu "mariage", qu'il s'agisse des développements de la théorie du genre, de l'adoption d'enfants par des couples homosexuels, de la procréation médicalement assistée, de la gestation pour autrui et de toute forme de transformation du corps humain en marchandise. Il s'alarme aussi des modifications législatives en cours sur l'utilisation de l'embryon humain ou le recours à la pratique de l'euthanasie.

Le SIEL rappelle à cette occasion les paroles prononcées par Benoît XVI le 7 janvier, appelant les Chrétiens à refuser "la révolution anthropologique" sous-jacente au débat sur le prétendu mariage et son exhortation à ne pas craindre de "contredire l'état d'esprit dominant" -un état d'esprit auquel le SIEL s'inquiète que les états majors des droites françaises persistent depuis des années à donner tant de gages, semblant méconnaître la gravité des enjeux de civilisation aux fins de normalisation médiatique et de complaisance envers une bien-pensance plus libertaire que libérale. Face à un monde où l'ordre symbolique se défait, il n'y a pas d'hésitation possible. 

                                                                                              Paris, 10 janvier 2013

Thursday, December 27, 2012

Chroniques de la fin du monde 6

Puisqu'il s'agit d'une montagne sacrée désormais et qu'on dispute sur la date de sa sacralisation -- certains la jugent récente, je la pense pour ma part protohistorique, mais qu'importe... Quelques vues de la belle et dangereuse séductrice.







Chroniques de la fin du monde 5


Ah, que le pech de Bugarach est beau au coucher du soleil ! Le monde continue, personne dans la région n’a vraiment cru que la Terre s’arrêterait de tourner ni que ce coin de Razès serait l’île épargnée dans un océan de destructions en tout genre. Des curieux sont venus, surtout pour voir la horde de journalistes accourus du monde entier pour couvrir un événement inexistant, la ruée attendue des survivalistes et des sectes. Il y avait bien quelques ésotéristes et quelques figures du new age, mais c’était la petite douzaine d’habitués de Rennes-le-Château et Rennes-les-Bains, chercheurs de trésor ou de tombeau sacré, et les animateurs de stages déjà bien implantés localement. Certains anciens comme Jean-Luc Chaumeil revenaient sur leurs traces refroidies de longue date. S’agissait-il de simple curiosité, s’agissait-il de profiter de la foule journalistique comme d’un tremplin pour revenir sur le devant de la scène ?  Ou simplement de passer un bon moment avec les copains, ce qui était après tout ma propre motivation ? Et comme prêts à défendre leur domaine contre sauvages et médiateux, on voyait aussi les randonneurs Amis du Pic, en grand uniforme.

Quelques uns avaient essayé de transformer la chose en fête, en carnaval qui ne dirait pas son nom. On put ainsi croiser de rares extraterrestres, la soucoupe volante du Père Noël dont les rennes, ici, se transforment en villages et qui doit bien changer d’équipage, une pin-up posant pour les calendriers de routiers, un James Bond de hasard dont le smoking tranchait sur les dreadlocks des adeptes du développement écologique et personnel. Mais la vraie manne, le vrai cadeau de Noël maya fut pour les restaurateurs, ceux de Bugarach comme ceux des environs. Trois centaines de journalistes, cela ne vit pas de l’air du temps ! 

Quant aux gendarmes, nerveux le matin tant ils avaient été chauffés par les discours alarmistes de Fennech, président de la Miviludes, ils étaient déjà largement hilares en fin d’après-midi. Au moins, Fennech se sera-t-il ridiculisé à la face du monde et, pour ma part, je m’en réjouis : la police de la pensée et des mœurs d’inspiration rationaliste est aussi odieuse et insupportable que toute autre inquisition. Et ce n’est pas Massimo Introvigne qui me contredira.

Reste à comprendre comment, d’une simple discussion de bistro entre le maire de Bugarach (196 habitants) et un journaliste de L’Indépendant, quotidien local, rapportée en rigolant par ce dernier dans les colonnes de son journal a pu d’une part faire fusionner deux lignées mythiques jusqu’ici distinctes et, d’autre part, déclencher une telle agitation des médias et des autorités. Ce n’est certes pas la première fois qu’on annonce une fin du monde ni même la première fois que quelques journaux locaux reprennent la nouvelle pour remplir leurs fins de pages. Les vrais cataclysmes, eux, ne frappent pas à la porte avant d’entrer en action. Ils frappent, tout simplement. Quelque chose, dans la mythologie en gésine autour de Rennes-le-Château, avait-il préparé le terrain des croyances ? Il est vrai qu’on retrouve dans le discours de Plantard et sa reprise par Gérard de Sède ou Henry Lincoln la thématique du roi caché qui implique un renouvellement des temps après une série de catastrophes mais, dans la saga du Grand Monarque, il s’agit de guerres très humaines, de désastres politiques ou politico-religieux. Et cela n’explique pas qu’on vienne du Japon, de Chine ou de Corée couvrir l’inexistant.






Et le lendemain... A part un étrange soldat accompagné de son chien que filmaient de tout aussi étranges cinéastes, le seul évènement de Bugarach fut le trophée des chasseurs.


 

Chroniques de la fin du monde 4










Quelques vues d'un carnaval raté, en la courageuse absence du maire.

Chroniques de la fin du monde 3







Les Amis du Pic veillent sur la montagne.

Chroniques de la fin du monde 2



Certaines veulent finir en beauté ! "Le maire ! Je veux voir le maire !"

Chroniques de la fin du monde






Les extraterrestres étaient au rendez-vous !

Tuesday, November 20, 2012

Juste un mot à l’intention des émules parisiennes des Pussy Riots


Que ne lit-on pas sur les pauvrettes venues s’amuser et qui furent « molestées » par les vilains garçons manifestants ! J’étais trop loin, j’ai seulement entendu une minute de clameurs. Mais l’AFP, me semble-t-il, a eu la bonne idée de mettre en ligne une photo. On y voit une jeune femme dévêtue en costume sado-maso des plus classiques comme les professionnelles de la rue Saint-Denis n’osent même pas en porter et coiffée d’un voile de bonne sœur. Ludique ? Soit. Le fantasme n’est pas très neuf et, d’ordinaire, plutôt masculin. Mais lorsque l’on vient s’exhiber dans cet appareil pour railler ce que ceux que l’on vise considèrent comme le plus sacré, cela s’appelle plutôt de la provocation. Et quand on provoque – c’est un jeu auquel j’ai joué aussi dans d’autres contextes du temps de ma folle jeunesse, je sais de quoi je parle – on doit être prêt à assumer les conséquences, les réactions de ceux qu’on asticote. Venir ensuite pleurnicher parce que l’autre a réagi n’est pas très cohérent et devrait n’être accueilli que par un « Eh bien, il ne fallait pas y aller, ma belle ! » C’est en tout cas ce que m’aurait dit ma mère, suffragette de gauche s’il en fut ! Mais l’enjeu de cette provocation là, c’était peut-être justement de pousser à bout quelques manifestants pour pouvoir ensuite piauler, se présenter en victimes et obtenir la punition paradoxale de ceux qu’on a incité au délit. Ruse de guerre peut-être efficace mais particulièrement inélégante.
En tant que femme et assez chatouilleuse sur ce qui me renverrait à ce que j’ai appelé l’éducation en « femme-ne-pas », c’est une ruse qui me fait honte.