Monday, February 05, 2007

Identité, tradition (3)

Revenir sur l’identité. Une discussion sur ce thème existe sur l’Agora du GRECE.
http://www.grece-fr.net/agora/index.php?showtopic=66
à partir d’un article de Robert de Herte paru dans la revue Eléments n°113, été 2004, sous le titre « Liberté, égalité, identité » et disponible à l’adresse
Robert de Herte écrit : « Un premier paradoxe est que l'identité désigne à la fois ce qui nous distingue des autres et à ce qui nous rend semblable à eux ou à certains d'entre eux. L'identité renvoie aussi bien au spécifique qu'à l'identique, au semblable qu'au dissemblable, à la différence qu'à la ressemblance. D'un côté, elle répond à une logique de définition du sujet (" qui suis-je ? "), de l'autre à une logique d'appartenance (" sur quoi se fonde ma sociabilité ? "). Dans le premier cas, elle dit en quoi je diffère de tout autre que moi. Dans le second, elle fonde le lien social qui m'unit à tous ceux qui partagent les mêmes valeurs symboliques, les mêmes pratiques sociales, les mêmes formes de langage. Le concept d'identité s'articule de façon dialectique à l'interface de l'appartenance et de la singularité. »
Une telle définition, aux yeux d’un théologien, n’est pas tenable car elle confond la personne unique avec l’identité, terme dont la parenté linguistique avec identique saute aux yeux ; ce n’est donc pas à la question « Qui suis-je ? » qu’elle répond, mais à une interrogation plus subtile : « A quoi suis-je identique ? » En d’autres termes, l’identité est une problématique de la nature, d’une nature travaillée par ce que j’ai, dans un article déjà ancien, nommé l’enhypostasiation, la tension vers l’unique. C’est, d’un certain point de vue, la question posée en hébreu par le nom de l’archange Michel, Mikael, « qui est comme Dieu ? » et l’on sait que les fonctions de cet archange sont triples. Il est le guerrier qui terrasse le dragon, qui le fixe de la rectitude de sa lance, vérité devenant axe du monde ; il est le diacre de la liturgie céleste préposé aux encensements, celui qui fait respirer aux fidèles le parfum de la présence divine ; il est enfin celui qui pèse les âmes dans la balance du jugement. Le combat, le rite et plus précisément ce qui se respire, l’évaluation.
A quoi, à qui suis-je identique ? Sans aucun doute aux autres hommes, par opposition à l’animal. La variabilité de l’ADN humain porte sur 0,1% du code génétique, ce qui signifie que toutes nos différences surgissent comme la vague sur l’océan, sur un fonds commun beaucoup plus essentiel. Est-ce à dire que ces différences sont à gommer ou à négliger ? Si nous étions des animaux, j’aurais tendance à répondre oui mais nous ne sommes pas des singes ou des chèvres ; chez nous, hommes, la biologie n’est que le substrat qui permet l’épanouissement de la culture.
A quoi, à qui suis-je identique ? D’abord à ceux qui parlent ma langue maternelle, langue de mots, de signes corporels, de gestes…
(à suivre)

Sunday, January 28, 2007

Une info de l'Alliance pour la Vie

Bioéthique et Eglise : de l’affrontement au débat

Après les échanges houleux autour du Téléthon, l'Eglise peut-elle encore s'exprimer sur la place publique à propos de la vie ?
Grand débat de l'Université de la Vie
Sous l’égide de l'Alliance pour les Droits de la Vie
Face-à-face exceptionnel entre deux journalistes emblématiques :
Jean-Yves NAU, Le Monde, spécialiste de bioéthique
Gérard LECLERC, France Catholique, spécialiste de l’Eglise
Animé par Tugdual Derville, Délégué général de l’Alliance pour les Droits de la Vie
le 7 février 2007 à 20h30 précises
Centre ASIEM - 6 rue Albert de Lapparent - 75007 Paris (métro Ségur)
Entrée libre
http://www.adv.org


Je ne sais pas si je pourrai m'y rendre, merci à ceux qui pourront y aller de me faire un compte rendu sur le forum du blog.

Saturday, January 20, 2007

Un courriel de "psy en mouvement"

De :
mobilisation@psy-en-mouvement.com
A :
genevieve.beduneau
Date :
20/01/2007 13:16
Objet :
3 Actions pour faire Front contre les amendements Accoyer.

Cher(e)s collègue(s) et ami(e)s de la psychothérapie, bonjour,
Vous pouvez retrouver l'intégralité de cette information ci-dessous ou bien en cliquant sur ce lien :http://www.psy-en-mouvement.com/lire_news.php?id=421Voici une bonne et une mauvaise nouvelle, ainsi qu'une proposition d'action pour mercredi prochain au Sénat.La mauvaise nouvelle : J’ai le regret de devoir attirer une nouvelle fois votre attention sur, non pas un Amendement Accoyer comme en octobre 2003, mais sur deux nouveaux amendements, votés à l'Assemblée nationale jeudi 11 janvier 2007. En tant que président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, M. Accoyer a fait voter à ses députés, dans le cadre d'un projet de loi sur le médicament, deux amendements, dans une nouvelle offensive contre les psychothérapeutes, et ce contre l'avis du gouvernement, qui avait annoncé des décrets d'application après une large concertation.Vous savez que ces toutes nouvelles dispositions législatives sont en contradiction avec le décret de l'Article 52 de la loi du 9 août 2004, qui réglemente l'usage du titre de psychothérapeute. Ce décret a été préparé par le gouvernement en négociation avec l'ensemble des organisations de psys, depuis plus de deux ans. Sa dernière mouture allait être remise la semaine prochaine au Conseil d’Etat pour avis. Juste avant, ces nouveaux amendements viennent en retirer tout le bénéfice de la concertation, pour laquelle nous devons remercier le ministre de la Santé, Xavier Bertrand.Que visaient ces deux nouveaux ''Amendements Accoyer '' ? Faire disparaître les psychothérapeutes et fermer leurs écoles de psychothérapie, qui sont pour l'instant les seuls lieux où peut s’enseigner correctement l’art de ce métier, apprécié par 87 % de ceux (8 % de la population française) qui assument de confier, à leurs frais, leurs problèmes psychiques, pour mieux s'en trouver. Or – et M. Accoyer le sait bien – on n'a pas fermé la faculté de médecine qui a formé le médecin gourou de la secte du « Temple solaire », qui a sévi dans les parages de sa circonscription. On n'a pas non plus fermé tous les IUFM qui ont assuré la formation de quelques enseignants reconnus comme maltraitants à l'égard de certains enfants ! Alors, pourquoi un traitement différent dans un cas similaire ?Pourquoi tant de haine contre les psychothérapeutes et ces organismes privés de formation à la psychothérapie ? Pourquoi un tel acharnement personnel de M. Accoyer contre les psychothérapeutes ? J’avais posé la question en 2003, j’ai eu la réponse en 2006 ; mais il ne m’appartient pas de la divulguer puisqu’elle a un caractère privé. La bonne nouvelle : La Commission du Sénat refuse à l’unanimité ces amendementsCe mercredi 17 janvier, la Commission des affaires sociales du Sénat n’a pas été dupe de l’absence d’intérêt général des nouveaux amendements. Elle a voté à l’unanimité leur retrait pur et simple. Elle a ainsi signifié aux Français qu’ils auraient nui au dispositif de la politique de santé mentale en France, et a préféré suivre la voie de la concertation avec les professionnels mise en œuvre par le ministre de la santé, Xavier Bertrand, dans de nombreux dossiers, comme celui des ostéopathes, très semblables à celui des psychothérapeutes.C’est pourquoi j’en appelle à nouveau à la mobilisation pour soutenir la sagesse sénatoriale le mercredi 24 janvier, afin que la Haute assemblée suive massivement l’avis de sa Commission et invalide ces deux amendements Accoyer, comme l’a précédemment recommandé le gouvernement aux députés, ceci afin de permettre l’achèvement du processus d’élaboration démocratique et participatif du Décret de l’Article 52, auquel se sont associés le ministre Gilles de Robien et de surcroît le Premier ministre Dominique de Villepin. Notre proposition d'action pour le jour de l'examen au Sénat de ces amendements Accoyer : Pour cela, notre organisation, qui regroupe toutes les catégories de professionnels de la psychothérapie (psychiatres, psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes), propose 3 types d’action pour le 24 Janvier 2007 derrière un seul mot d’ordre : ''Des psychothérapeutes dignes et fiers de leur métier'' : =>Première action : - PRESENCE au Sénat : Des psychothérapeutes dignes et fiers de leur métier, en phase avec la sagesse sénatoriale''Nous proposons de donner rendez-vous à tous les psychothérapeutes pour une présence la plus conséquente possible au Sénat le mercredi 24 à 14 h devant le parvis où seront remis des badges ''Psychothérapeute digne et fier(e) de son métier'', afin d'en occuper les tribunes dignement durant les débats. Nous montrerons ainsi notre affirmation d’être compétents, motivés et éthiques. Nous n'y serons pas dans la revendication, étant donné que nous avons confiance en la sagesse du Sénat. Mais nous manifesterons cependant tranquillement notre refus et notre indignation de nous voir régulièrement stigmatisés comme des incompétents, des charlatans ou des abuseurs de personnes fragiles. Cela suffit ! Cette diffamation systématique ne peut persister ! Nous nous sentons dignes et fiers de notre métier. Cela doit être clairement dit. Soyons nombreux pour le montrer.=>Deuxième action : - TRANSPARENCE vis-à-vis du public : ''Des psychothérapeutes dignes et fiers de leur métier, face au public : JOURNEE PORTES OUVERTES des Cabinets le 24 janvier !''Ce même jour, les psychothérapeutes solidaires de cette action qui ne pourront pas se rendre au Sénat laissent les portes de leurs cabinets ouvertes au public pour des consultations qui respectent la déontologie, mais sans rendez-vous et gratuites (avec une priorité au respect des séances prévues ce jour-là, lesquelles seront cependant gratuites) !Télécharger l'affichette à cette adresse : http://www.psy-en-mouvement.com/doc/affichette.pdf=>Troisième action : - COMMUNICATION aux sénateurs et à la presse : ''Des psychothérapeutes dignes et fiers de leur métier'' : Chaque psychothérapeute diffusera auprès de son sénateur notre Lettre Ouverte ci-jointe et réunira un comité local, afin d'organiser des conférences et des communiqués de presse sur ce sujet avant mercredi 24 janvier.Une conférence de presse nationale organisée par PsY en mouvement se tiendra mercredi 24 au soir à Paris après le vote du Sénat.La mobilisation de chacune et chacun est essentielle.
Bien à vous,
Bruno Dal-PaluPrésident de PsY en mouvement
http://www.psy-en-mouvement.com/lire_news.php?id=421


Friday, January 19, 2007

Tradition, modernité, identité

Lors du deuxième ou du troisième colloque de Politica Hermetica, Léon Poliakov que nul ne soupçonnera de racisme sauf à vider tous les mots de leur sens poussait un cri d’alarme. Il mettait en garde les plus enthousiastes des militants de l’anti-racisme et de l’humanisme universaliste contre le rejet excessif de toute problématique identitaire, appelait à reprendre en compte le besoin d’identité collective et d’enracinement, à en accepter la légitimité, sans quoi le retour du refoulé se ferait dans la violence et d’autant plus violemment qu’il aura été écarté du discours. Non seulement Poliakov a parlé dans le vide mais, depuis ce colloque mémorable, on a tant vu mettre en œuvre la puissance de la loi pour des broutilles – tandis que le filet avait un maillage des plus léger lorsqu’il s’agissait de délits importants, voire de crimes – que la violence n’est déjà plus totalement évitable.
Je ne sais plus qui avait dit cette phrase sublime : « L’antisémitisme aura disparu quand on pourra traiter un juif de con pas parce qu’il est juif mais parce qu’il est con. » Remplacer antisémitisme par racisme et juif par tout ce qu’on veut, black, chinois, martien, aldébaranien à peau verte zébrée de violet, etc. Nous en sommes très loin. Je ne sais même pas si la loi, aujourd’hui, me permettrait de transcrire ici les meilleures histoires que certains de mes amis juifs ou blacks racontent sur eux-mêmes. Et l’auteur de la phrase sublime que je viens de citer avait oublié un cas : celui du juif con qui préfère croire que c’est parce qu’il est juif, l’antisémitisme étant plus flatteur pour son ego que la connerie. Continuant donc d’accuser son détracteur d’antisémitisme, il entretient artificiellement la tension, culpabilisant tout ce qui bouge – ce qui lui assure un sentiment triomphal d’impunité[1] qui l’amène fatalement à faire et dire tant que, par un effet pervers compréhensible, son excès déclenche un sursaut de révolte et ramène un nouvel antisémitisme.
C’est exactement ce que prédisait Poliakov à la manière de Cassandre. Nous en sommes pratiquement à ce stade surtout dans les zones où l’afflux d’immigrés s’accompagne de violences et de la formation de bandes de voyous. Que ces bandes ne soient pas très différentes dans leurs mœurs des « blousons noirs » à peau blanche contre lesquels ma maman me mettait en garde dans mon adolescence, chacun et tous l’oublient comme nous avons oublié les « apaches » de la Belle Epoque au profit des canotiers de Renoir. Pourtant, à relire Eugène Sue… Mais ce masquage par le « racisme » de la réalité d’une minorité de voyous contre lesquels il serait plus qu’urgent de sévir, quelle que soit leur couleur de peau, leur religion affichée ou que sais-je, ne peut qu’alimenter la rage impuissante, d’autant plus impuissante qu’au nom de l’anti-racisme, on lui interdit même l’expression verbale. Or tous les psychologues savent que le non-dit, le non dicible, finit par sortir par un passage à l’acte ; d’ailleurs, c’est bien pour l’éviter que les premiers moines avaient inventé la confession, le dévoilement des pensées à son père spirituel. Un lieu pour dire et se dire.
Un forum auquel je participe de temps à autre, intitulé le forum courtois car il regroupe des auditeurs de Radio Courtoisie, vient d’être fermé par son hébergeur forumactif.com sous une accusation de racisme[2]. Or les intervenants, dans leur ensemble, n’exprimaient que leur réaction devant des délits et des crimes impunis, leur rejet du communautarisme surtout quand, combiné à cet « anti-racisme » officiel, il aboutit à des identités licites, celles qui s’originent ailleurs, et une identité illicite, la mémoire du ou des peuples qui ont façonné la France au cours des siècles, ce qui est tout de même d’une absurdité sans nom. Mais au risque de passer pour la pire des vipères lubriques et des tigresses de papier, j’ose affirmer que je suis aussi attachée, parmi mes ancêtres, aux vignerons de Givry qu’aux paysans angevins qui chouannèrent dans les haies de la Vendée militaire, aux ventres à choux de l’ouest qu’aux ventres jaunes de Bresse, aux marins et aux éleveurs de vaches, aux languedociens d’avant François 1er qu’à cet arrière-grand-père toscan qui portait le nom d’une ville. J’ose affirmer que ces ancêtres qui sentent la glèbe de chez nous, au sud de la Loire le plus souvent, sauf les Bretons et les Comtois, sont aussi respectables que s’ils avaient vécu dans la brousse congolaise ou nomadisé dans le sud saharien. Ce qui n’ôte rien à l’honneur de ces derniers.
Nous avons tous des ancêtres et, plus important encore, une mémoire profonde de ce passé qui nous a engendrés et pas seulement de manière animale. Toute la psychogénéalogie témoigne de l’importance de ces mémoires, de leur poids sur le destin de chacun de nous, un poids d’autant plus fort et contraignant qu’il est non dit[3]. J’en ai vu moi-même un exemple. Lors d’un stage de Rêve Eveillé Dirigé, une jeune femme s’est vécue comme un volcan en explosion. Rien dans ce scénario ne correspondait à sa problématique personnelle. L’animateur du stage m’a téléphoné pour savoir si ce volcan correspondait à quelque chose dans l’histoire ou dans la mythologie comparée[4]. A ses explications, Pascal et moi avons immédiatement identifié le volcan : Thèra, l’île égéenne de Santorin dont l’explosion plus dévastatrice que celle du Krakatoa sonna vers –1470 le glas de plusieurs civilisations, dont en premier la Crète minoenne. La jeune femme à qui notre ami proposa notre hypothèse acquiesça : elle avait des ancêtres crétois mais, jusque là, ne s’en était jamais vraiment préoccupée. Mais cela signifie que cette sourde mémoire peut rester active durant 30 siècles, ce qui couvre presque toute l’histoire connue par des documents écrits, de l’âge du bronze à nos jours. Le nier pour des raisons idéologiques n’empêchera pas cette mémoire refoulée de rester puissante. La culpabiliser, c’est préparer de graves névroses dont nul ne peut prévoir les conséquences à la fois individuelles et collectives.

(à suivre)

[1] Souvenons nous de la définition d’Audiard : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »
[2] Qu’on se rassure, un nouveau forum est né de ses cendres, tel un phénix, mais chez un autre hébergeur et, comble d’ironie pour une sensibilité en général souverainiste, avec une inscription européenne. Voir http://radiocourtoisie.leforum.eu/
[3] Voir par exemple Anne Ancelin Schützenberger, Aïe mes aïeux !
[4] Qui sont mes principales casquettes.

Monday, January 15, 2007

A propos des commentaires

J'ai découvert ce matin une vingtaine de commentaires à modérer quand j'ai enfin eu le temps de passer à la nouvelle version de blogger.
Mille excuses : j'ignorais jusque là que je devais tout modérer avant que ce soit publié ! J'ai supprimé les doublons et les spams, c'est tout. Mais du coup, j'ai découvert des messages que je n'avais pas eu le temps de lire. Et qui semblent passionnants. Merci à tous. Je vous invite à rejoindre le forum du blog, plus pratique pour les échanges. Sur la liste de liens.
Mille excuses à ceux qui râlent d'avoir à ouvrir un compte Google pour répondre. Je n'y suis pour rien. Blogger a changé, semble-t-il, ses règles de fonctionnement. Comme j'ai été surbookée ces derniers temps, je n'avais pas pu m'en apercevoir.
Et moi qui grognais parce que personne ne semblait répondre ! Merci à tous. je vais répondre, mais message après message car tout d'un coup, c'est immense.

Quelques réflexions de Josick Croyal

Josick m'a envoyé quelques réflexions que je poste ici car elles me semblent longues pour les commentaires ou le forum :

A une nouvelle relation m'ayant fait confiance en me donnant
à tester son projet, j'ai parlé d'un montage que j'ai fait ce dimanche... Et
dans la foulée, j'y ai ajouté ces citations pouvant vous intéresser.....
....Faudra quand même voir à l'usage. Mais cette non finition
fait écho à la très belle remarque de ton copain Thierry Gaudin : "Qu'est-ce
que la pensée ?Les voies de la pensée sont impénétrables. Je ne chercherai pas à
définir la pensée. Définir signifie mettre une fin, en d'autres termes plaçer
des limites, alors que, pour moi, la pensée ne s'exerce pleinement que dans la
liberté. Elle transcende par nature les limites, les interdits, les
cloisonnements, les commandements. Celui qui dit "je m'exprime en tant que
spécialiste de telle discipline ou en tant que représentant de telle
institution" affirme d'entrée de jeu qu'il renonce à penser
."Donc je me
retrouve dans une situation décrite par Jaffelin dans son "Pour une théorie de
l'information générale" sous titré "tractatus logico-ecologicus", cela en écho
au "tractatus logico-philosophicus" de Wittgenstein
:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::Petit interméde
relatif au cheminement m'ayant mis en contact de cette terminologie qui semble
en mettre plein la vue :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
En octobre de l'année dernière, j'ai rendu visite à Armel
Larochelle à Québec, lequel fait un écho positif à Jaffelin (ce dernier -ayant
enseigné à la Sorbonne - et étant fou de rage d'être cité par Armel,
totalitarisme que je ne supporte pas. Il n'avait qu'à pas PUBLIér.).
Curieusement, Armel ressemble un peu physiquement à mon voisin de 75 ans,
Bernard Gaudin, celui là qui utilise la reconnaissance vocale pour écrire sur
son PC (il a entre autre travaillé pour Charitas International -embauché parce
qu'il avait fait une photo qui avait tapé dans l'oeil du directeur de cette
organisation- et a fait entre autre un rapport remis en main propre au Pape Paul
VI). Sur le site d'Armel, copie d'un mail de Michel Begin (il n'est pas content
lui non plus, mais plus tolérant), un scientifique québécois qui fait l'effort
de regarder en dehors du système officiel. J'ai pris contact avec lui et nous
avons échangé. Il a m'a invité chez lui lorsque j'étais au Québec. A Montréal,
j'ai acheté pas mal de bouquins d'occasion dont le "Penser avec les mains" de
DeRougemont. Note amusante : alors que je repérais les lieux pour mon départ du
Canada, je fini par m'asseoir sur un banc pour discuter avec une personne. Un
jeune homme viens s'asseoir à ma gauche et ouvre son mac qu'il vient de
récupérer chez le réparateur. Je vois écrit sur l'écran un nom composé et engage
la conversation lui demandant s'il ne connaissait pas un certain Michel Bégin :
c'est son oncle. Et lui, il connait la musique, ira faire des études à
Vienne...A mon sens, c'est "Penser avec la main" qui me semblait plus juste. Et
j'ai eu l'idée de chercher sur Internet qui avait déjà utilisé cette expression.
C'est ainsi que j'ai découvert Wittgenstein et son tractatus. Quelques jours
après, je prenais contact avec Jaffelin dont j'avais trouvé le tel sur internet,
mais pas le site. Il me donne très gentiment l'adresse de ce dernier. C'est
ainsi que j'ai découvers son tractatus... dont je vais te citer un passage
ensuite. Il y a quelques jours, Michel Begin, suite à une de mes réflexions sur
"l'engin", m'indique le site de Thierry Gaudin qui s'avére être une relation à
toi. Le monde est bien petit et ...plein de clins
d'oeil.
:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::fin
d'intermède:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
En page 164 de son Tractatus (c'est ainsi qu'il -Jaffelin-
l'appelle), il décrit une situation d'apprentissage que je vais pouvoir
expérimenter comme si je partais de zéro (maîtrise musculaire non acquise) avec
ce XXXXXXXX. Je n'ai pu encore lire ce livre dans son intégralité, mais
l'ayant parcouru au hasard, j'ai bien aimé ce que je te transcris (cela n'a rien
d'extraordinaire)."Nous avons tous remarqué que notre cerveau, que notre
mémoire ou que notre pensée n'est jamais encombrée. Au contraire, plus nous
apprenons de choses, plus nous développons des habiletés dans un domaine ou en
un autre, et plus les choses sembles s'éclaircir. En fait c'est parce que notre
mémoire ou notre pensée fonctionne de mieux en mieux. Elle s'informe de plus en
plus vite
. Prenons un exemple saisissant. Lorque nous commençons à
apprendre le violon, nous ne savons ni comment tenir l'archet, ni comment poser
nos doigts sur le manche, ni combiner les deux mouvements. Tout cela semble
extrêmement complexe. Tellement que beaucoup abandonnent avant même de
commencer. Puis lorsque nous avons fait l'effort de maitriser cette
synchronisation, nous jouons une note, fausse évidemment, puis deux notes, etc.
Au bout de quelques semaines de travail, nous sommes capables de jouer une pièce
simple, et ainsi de suite. Notre cerveau n'a pas stocké tout le déroulement de
notre apprentissage de telle sorte que nous soyons obligés de le recommencer à
chaque fois que nous reprenons le violon. L'accélération du processus se perçoit
justement dans le fait que l'habileté va en s'accroissant. Tout devient
apparemment de plus en plus simple alors que les gestes effectuées deviennent de
plus en plus complexes. Car l'information du cerveau s'effectue de plus en plus
vite. Voici encore une illustration du principe d'équivalence entre
accélération, complexification, irréversibilité et information. (...)
Il s'est passé pendant tout ce cheminement une création
accélérée de niveaux d'information qui n'étaient nullement présents avant que
nous ne commencions le processus d'apprentissage.Pour se faire une petite idée
du fonctionnement de l'apprentissage, de la mémoire et de la pensée, telles que
je les conçois, il faudrait imaginer le fonctionnement d'un ordinateur qui
créerait lui-même de nouveaux niveaux logiques tout en accroissant à chaque fois
la fréquence de son horloge interne afin d'accélérer d'autant, non pas "le
traitement des informations", mais son information même, c'est à dire son
accélération/complexification/sélection/etc. On se rend compte que ce processus
n'a rien à voir avec l'idée de mémoire dont se dont dotés les chercheurs en
"intelligence artificielle".Mais l'apprentissage de mouvements du corps n'est
pas la seule activité de la pensée. Il est une activité plus complexe qui
consiste à apprendre à produire des concepts. Le concept
être humain permet de reconnaître tout être humain malgré les perceptions différentes.
Le concept permet d'unifier le divers, de faire une différence avec des
différences.Un concept est donc une idée qui ne correspond à aucune perception
en particulier. Il est une création. Mais cette idée n'est pas non plus stockée.
Elle est constamment réactualisée, c'est-à-dire resélectionnée en fonction des
perceptions et des changements. On pouvait penser, par exemple, il y a
vingt-cinq sciècles, que le concept de cygne était associé à la couleur blanche.
Lorsqu'on a découvert des cygnes noirs, on n'a pas eu besoin d'inventer un
nouveau concept. On a simplement "rafraîchi" l'ancien. Eh bien, on pourrait
dire, par exemple, qu'un dogmatique c'est quelqu'un qui refuse de rafraîchir ses
concepts en fonction des changements qu'il perçoit. Il prend ses concepts pour
la seule réalité. Chose que nous faisons tous très couramment. Apprendre à
penser consiste à apprendre à réactualiser ses concepts. Pour cela, il faut être
comme disait Einstein, dans un perpétuel état d'émerveillement (mais pas
l'émerveillement niais que dénonçais Spinoza). Il faut reconnaître que ce n'est
pas toujours facile dans le monde actuel.
.."
Je trouve intéressant Jaffelin quoique j'estime douteux
l'exemple du cygne qui témoigne de... Par ailleurs, le problème est qu'il manque
de discernement dans sa reconnaissance humaine dont il se veut pourtant le
héros. Il semble rejeter d'entrée ce qui n'est pas estampillé "Sorbonne" ou
assimilié "officiel", jetant tout à la fois le bébé et l'eau du bain (le
sentiment d'universalisme, de finalité qu'il combat, milieu dans lequel émerge
le foetus qui doit s'en détacher pour naître vraiment -perte de eaux préalable à
la naissance, à l'érection de la nouveauté)

Friday, January 12, 2007

Identité, tradition, modernité et soupe au cochon

Lorsque j’avais écrit mes Impertinentes contributions… , j’avais le sentiment que le débat entre tradition et modernité n’intéresserait qu’une poignée d’intellectuels lecteurs d’Eléments ou d’Esprit et je ne les ai publiées sur ce blog que parce que ce gros article était resté dans mes tiroirs, mon éditeur potentiel partageant ce préjugé. Mais entre temps, avec le retour du sentiment religieux et du communautarisme, donc des questions d’identité dont Léon Poliakov avait prévu le caractère explosif, ce débat de frange a retrouvé une certaine actualité, une actualité de plus en plus brûlante même puisqu’il conditionne des actes de justice : l’interdiction des distributions de soupe au cochon de l’association SDF (Solidarité des Français) à Paris par le préfet Mutz, le référé cassant cette interdiction puis le Conseil d’Etat cassant le référé en est un exemple aussi récent que paradigmatique. Car de quoi s’agit-il, sinon de l’interdiction faite à certains d’afficher leur identité culturelle afin de ne pas exclure les membres de communautés dont l’identité religieuse implique des interdits alimentaires ? Ce qui signifie qu’il y aurait des identités respectables, celles des minorités, et des identités dont le devoir serait de s’effacer, celles de la majorité au moins officielle. On arrive à des absurdités logiques en plus de la connerie qui consiste, au nom d’idéologies mal définies, à refuser un bol de soupe aux plus démunis. Lesquels ne voient qu’une chose : ils ont faim et on leur refuse à manger pour leur bien ! Nous atteignons là le fond de la sottise. Il faudrait créer le prix Dame Bêtise et faire monter publiquement le préfet Mutz sur le podium coiffé d’un bonnet d’âne.
Mais comme il semble qu’une certaine unanimité se retrouve de blog en blog sur la bêtise du fait, j’aimerais aborder la question de fond, les embrouillaminis logiques auxquels amène le non-dit et l’écart de plus en plus grand entre le pays réel et le pays légal, pour reprendre la distinction de Maurras. Je ne me crois pas maurrassienne mais cette distinction m’a toujours paru lumineuse.
Remarquons d’abord que ce qui pose problème, c’est l’identité collective. Pour l’identité personnelle, j’aurais envie de dire, non sans méchanceté, que la carte du même nom suffit à régler si ce n’est escamoter la question. Pourtant, il n’est pas inutile de comparer. Un amnésique est toujours une personne, fondamentalement unique, mais on sait qu’il doit reconstruire son identité, redécouvrir adulte ce qu’il est, ce qu’il peut, tout son rapport au monde. L’identité ne se conçoit pas sans mémoire et n’a de sens que par rapport à une altérité. Le premier apprentissage d’un bébé, c’est de différencier moi et l’autre ou plus exactement les autres, d’identifier maman, papa, les autres membres de la famille et du cercle amical. On voit que le processus identitaire est l’un des plus fondamentaux de l’homme.
Jusqu’où peut-on transposer ce processus à la formation des entités collectives que les Grecs nommaient εθνος, ethnie différenciée, par opposition au γενος, le groupe familial uni par la parenté biologique, et au λαος, collection d’individus interchangeables ?

(à suivre)

Monday, December 25, 2006

The times they are a-changing (4)


La lecture d’un article de Guy Millière dans Les 4 Vérités m’incite à rouvrir une série d’articles close depuis le mois d’août. Tant pis si mes réflexions s’entrelacent comme une broderie d’Irlande.

Extraits significatifs :

L’un des problèmes majeurs de la société française, peut-être le problème majeur, est l’inaptitude de ceux censés constituer ses élites à comprendre le monde tel qu’il devient. Dans nombre d’autres pays du monde, et en particulier dans ceux qui parlent anglais, on comprend que la mondialisation accélérée dans laquelle nous sommes est un fait et que ce fait doit être expliqué par les intellectuels et pris en compte par les hommes politiques.

Qu’est-ce qu’un fait ? Sous la plume de Millière, le devenir collectif semble avoir le caractère inéluctable du fatum antique. Mais la mondialisation accélérée est le fruit d’une convergence de volontés, une réalisation humaine adossée à une vision de l’économie qu’ont toujours défendue les théoriciens américains. L’Angleterre ne s’y est ralliée qu’assez tardivement. Et j’aimerais quand même mettre un bémol : la mondialisation n’empêche pas la plupart des circuits d’échange de rester régionaux ni les Etats-Unis de se protéger par les barrières douanières qu’ils essaient d’interdire aux autres.

Y eut-il dans le passé des époques sans échanges mondiaux ? A l’âge du bronze, c'est-à-dire dès que nous pouvons suivre les circuits économiques, nous voyons l’ambre de la Baltique rejoindre la Méditerranée et même l’Egypte ou, par d’autres voies, la Chine. Ce qui deviendra la Route de la soie s’esquisse par des caravanes régulières entre Chine, Inde, Mésopotamie et, par bateau, les produits d’orient atteignent les îles florissantes de la mer Egée. L’étain vient d’Ecosse, le cuivre de Chypre ou du Zagros. Comme par ailleurs il semble que les échanges entre la Chine et la côte ouest de l’Amérique n’aient jamais cessé malgré le réchauffement climatique interdisant de passer en traîneau le détroit de Béring, on peut déjà parler de mondialisation de l’économie. C’est ainsi qu’un peu plus tard les pharaons d’Egypte consommèrent du tabac comme le suggère l’analyse de la momie de Ramsès II, si ma mémoire est bonne[1]. Ce qui s’accélère aujourd’hui, ce n’est pas la croissance de l’espace géographique des échanges mais celle de leur volume et la vitesse des transports, dus aux progrès technologiques. Mais le fait de base, le commerce à longue distance, n’a pas fondamentalement changé.

On m’objectera, je l’entends d’ici, que l’augmentation quantitative de ces échanges entraîne un changement qualitatif. C’est fort possible. C’est même sans doute vrai. Mais il s’agit de changements culturels, civilisationnels. En dehors d’une analyse marxiste ou d’une idéologie de type école des Annales, on ne peut pas faire de l’économie la cause unique de telles mutations.

Mutation. Millière utilise ce terme pour qualifier le présent et, surtout, le futur proche.

Déchiffrer cette mutation n’est pas simple et implique de se défaire de nombres d’anciennes façons de penser. Ce qui change est non seulement la façon de produire, de vendre, de créer, d’échanger, de communiquer, ce sont aussi les rapports au travail, à l’économie, à l’entreprise, à la culture, les relations des êtres humains entre eux, les définitions et le statut de la matière, du vivant, des technologies.

Sur ce point, nous sommes en accord – à ceci près que je ne cesse pas de me souvenir que tout cela, ce sont des réalisations humaines et non des forces transcendantes.

Il existe sur la planète les lieux où tout cela est acquis et où l’on pense déjà aux prochains horizons. Il existe les lieux où tout cela est en voie d’acquisition. Il existe des lieux d’hostilité radicale où tout cela est refusé, rejeté de manière absolue. Et puis il existe les lieux comme la France où prédominent surtout la peur, l’incompréhension, un mélange de refus de voir et de certitudes anciennes trop ancrées et qui font obstacle. J’entends donner des moyens de surmonter la peur et d’ouvrir les yeux. J’entends dire que le choix est simple : ou bien nous regarderons l’avenir en face, ou bien l’avenir nous oubliera comme s’oublient les civilisations mortes dans la stérilité.

Même si la France disparaissait de la manière qu’il le suggère, on ne pourrait pas parler de « civilisation morte dans la stérilité » car toute son œuvre passée, tout son patrimoine témoignerait au contraire d’une culture féconde. Et s’il est vrai qu’en dehors de quelques polytechniciens abandonnant la science pour le grenouillage mi politique mi commercial, personne ne se précipite vers l’avenir tel que le prônent certains économistes anglo-saxons, ce n’est pas forcément par un mélange de peur et d’aveuglement ni parce que « le monde vu de France est le monde selon José Bové ». Puisque Millière crédite la gauche et, parmi elle, surtout les altermondialistes du désir de « réintroduire du politique dans l’économie », ce parti pris lui cache quelques évidences.

Tout d’abord, il oublie que le malthusianisme sous-jacent à la plupart de l’altermondialisme est d’origine anglo-saxonne autant que les théories libre-échangistes, que ce sont les deux faces d’un même sou, le frein et l’accélérateur d’un même véhicule. La tradition française n’est pas malthusienne, ce qui d’ailleurs explique le faible impact électoral des Verts et l’absence presque totale dans notre paysage politique de contestation écologiste musclée, un brin terroriste, comme il en existe dans les pays anglo-saxons. Il oublie également que l’imaginaire politique traditionnel en France n’a jamais rompu avec la trifonctionnalité que Dumézil pensait indoeuropéenne mais dont l’expression la plus parfaite se trouve chez Raoul Glaber. La révolution française, aussi convulsive qu’elle ait été, n’a fait que déplacer les trois ordres sans les abolir, les universitaires puis aujourd’hui les médias prenant la place des prêtres et les politiciens celle des chefs, c'est-à-dire les deux visages de la première fonction[2] ; la seconde[3] restant incarnée par l’armée, la police et les pompiers ; la production industrielle et le commerce remplaçant les paysans dans la troisième. Et les métaphores guerrières utilisées dans le monde économique n’y changent rien, sauf à suggérer que les multinationales ou les grosses entreprises sont des tribus à part entière portant en elles les trois fonctions de manière transversale ou fractale.

Le problème de la France, de son imaginaire collectif, c’est surtout le vide de plus en plus sensible des deux premières fonctions : politiciens corrompus, intellectuels de la pensée unique, médias englués dans la propagande laquelle ne cesse de dévaloriser l’armée tout en applaudissant à certaines aventures lointaines, police muselée face aux mafias des cités. Des théoriciens qui proposent la libéralisation économique comme remède à tous les maux apparaîtront toujours à cet inconscient collectif comme des usurpateurs, comme la troisième fonction cherchant à s’approprier la « sur-fonction » régalienne.

Josick Croyal m’envoie le texte du commentaire qu’il va poster en réponse à ce texte de Millière. J’en reprends un extrait qui ne manque pas d’intérêt.

En l'état, la meilleure action consiste à contribuer un tant soit peu à priver de revenu l'Etat devenu parasite. C'est l'essence de l'esprit agricole, telle une politique de la terre brûlée, face à la pastoralisation du monde. Ainsi le premier agriculteur, premier résistant, qui castre le reproducteur du troupeau, neutralise son remplaçant en l'appareillant avec le premier. Ainsi, l'attelage de deux boeufs sous le joug retournant la sacro-sainte prairie. Ce sera toujours cela de moins pour l'Etat pastoral.

C’est bien la première fois que je vois comparer l’impôt à la razzia des éleveurs nomades sur les champs des agriculteurs. On pourrait tout de même objecter que les nomades qui prélèvent du butin ne donnent rien en échange alors que l’impôt permet d’entretenir les routes, les chemins de fer, les écoles, les hôpitaux, l’armée, la police, etc. Que certains pensent que les entrepreneurs privés s’en tireraient mieux, c’est leur droit le plus strict. Mais si nous en revenons aux structures profondes de l’imaginaire collectif, il nous faut constater que les services qui dépendent de l’Etat et donc des impôts sont les tâches traditionnellement imparties aux représentants de la première et de la deuxième fonctions. C’était au seigneur local d’entretenir les routes et d’assurer le maintien de l’ordre ainsi que la justice, aux clercs d’assurer l’éducation, le soin hospitalier et la solidarité, la cour royale servant de cour d’appel et d’instance de régulation.

Or la trifonctionnalité n’a pu s’instaurer que par une sorte de fusion des pasteurs nomades razzieurs, ancêtres des guerriers, et des agriculteurs, pères de la troisième fonction, sous l’égide de garants à la fois des serments humains et des serments réciproques des dieux et des hommes. C'est-à-dire lorsque le religieux se détache peu ou prou du magique, lorsque le chaman se transforme en sacrificateur qui offre à la fois les plus belles têtes du troupeau et les prémices des récoltes.

Chez Millière comme chez Croyal, il semble que la mutation actuelle tende à résorber définitivement la première et la seconde fonction, chaque individu devenant au moins idéalement prêtre, guerrier et producteur. Cet imaginaire est sans doute aussi profond historiquement que la trifonctionnalité. C’est en Irlande Lug « polytechnicien » en opposition au système druidique. C’est la société odinique où les Ases et les Vanes cohabitent dans Midgard après s’être longtemps combattus, où la Rigsthula distingue encore trois castes mais, si Thrœll appartient seulement à la troisième fonction, Karl unit en lui la troisième et la seconde tandis que Jarl est la synthèse des trois[4].

Or nous sommes au seuil d’un saut civilisationnel aussi important que la « révolution néolithique », beaucoup plus que la « révolution industrielle » qui n’avait pas changé grand-chose ni dans les rapports humains ni dans les rapports à la matière et à la vie, pour reprendre les termes de Millière. La connaissance du code génétique et les nanotechnologies permettent de passer d’une économie de transformation à une économie de création. Certes, les matériaux qui serviront à fabriquer les objets du futur ne surgiront pas du néant mais la réorganisation atomique permet d’obtenir des molécules qui n’existent pas à l’état naturel[5] ; à terme, c’est la fin de la prédation minière telle que nous la connaissons depuis la nuit des temps. Comme dans la symbolique alchimique, le matériau le plus commun et le plus vil pourra devenir merveille… ou poison sans remède.

Même les libertariens et les transhumanistes, deux mouvements qui partagent au fond le même substrat philosophique, la même revendication adolescente de liberté individuelle absolue[6], sont encore largement héritiers des mémoires, des légendes et des rêves nés avec le néolithique. Une économie de création suppose à la fois de l’audace et un sens aigu de la responsabilité, plus exactement un sens aigu de l’irréversible. Les OGM, pour ne prendre que cet exemple, ne feraient pas tant crier si leur mise en œuvre à l’échelle industrielle ne se faisait pas avant d’avoir toute la connaissance nécessaire, alors qu’on sait bien que l’on introduit des mutations irréversibles ou, du moins, difficilement éradicables si elles se révèlent plus néfastes qu’utiles. Je conseille aux chantres de l’avenir conçu comme un vaste jeu vidéo ou comme un fatum de méditer le roman de SF génial de Neal Stephenson, L’âge de diamant.

La liberté, si rien ni personne ne la garantit, ne tarde pas à se transformer en loi de la jungle[7]. Admettons même que chacun soit armé pour sa défense comme le propose les libertariens : que vaut la pétoire personnelle contre les bombes intelligentes lâchées d’un B2 furtif qui vole hors d’atteinte de la DCA ? On l’a vu en Bosnie, en Serbie, en Irak. Et que vaut le consentement dans le monde du travail si le choix n’est laissé qu’entre trimer pour très peu sans égard au potentiel de chacun mais selon les besoins des actionnaires spéculateurs et se retrouver sur le pavé ? Quel consentement peut avoir le pot de terre face au pot de fer ?

Dans L’âge de diamant, face aux pouvoirs somptueusement totalitaires du néo-tribalisme, c’est la mise en place d’une régulation par des formes de contre-pouvoirs qui résoudra la crise.



[1] Pour la présence de tabac, j’en suis sûre. C’est sur le nom du pharaon ausculté que j’hésite.

[2] Dumézil parle d’une fonction de souveraineté mais les exemples qu’il en donne, pris dans la mythologie indienne, Varuna et Mitra, représentent : Varuna, un dieu de l’orage ou plutôt de la mousson, par métaphore une puissance incontrôlable et destructrice mais promesse d’abondance par le retour de la vie après la sécheresse ; Mitra le gardien des serments et des contrats, gage de leur inviolabilité. Nous sommes très loin de l’image de la souveraineté en tant que légitimité du pouvoir et surtout pas du pouvoir absolu. Rappelons qu’au dessus des 3 fonctions et comme à leur synthèse se tient le roi, c'est-à-dire le régulateur.

[3] La fonction guerrière, offensive et défensive.

[4] La Rigsthula mériterait un commentaire plus détaillé. Notons toutefois que le dieu Tyr, lorsqu’il descend pour s’unir aux mortels, n’omet aucune des castes. Son parcours ressemble à une ascension sociale, du pauvre vers le riche mais aussi de l’irresponsable vers le pleinement responsable. Thrœll, l’esclave, du fond de sa pauvreté offre au Visiteur ce qu’il a de meilleur et qui ne représente sans doute pas son ordinaire. Il possède peu, il ne sait pas fermer sa porte, ce qui signifie que tout rentre en lui et que c’est d’abord des pensées et envies éclatées de l’instant qu’il est esclave, de son ignorance et de son insensibilité, mais il a déjà le sens de l’hospitalité et de la générosité. Dans l’apologue de Péguy, ce serait celui qui, sans autre perspective, taille la pierre. Karl, paysan libre, a plus d’aisance, plus de savoir-faire et de sociabilité (ses fils se nomment Voisin, Bon camarade, etc.) mais son horizon ne dépasse pas sa famille et son village. S’il prend les armes, c’est pour les défendre. C’est celui, chez Péguy, qui sur le chantier gagne sa vie et celle des siens. Jarl enfin, outre la richesse, s’est éveillé à la connaissance (il sait lire) et au sens esthétique (ses vêtements sont amidonnés et repassés), capable d’avoir un projet sur le long terme (son fils se nomme Héritier). Lui peut avoir conscience de bâtir une cathédrale. Mais tous, répétons le, sont capables de s’ouvrir à la visite du dieu et d’en recevoir une fécondité. S’appuyer sur ce texte pour rejeter des hommes hors de l’humanité serait un contresens absolu.

[5] Comme par exemple les fullerènes.

[6] « Ce n'est pas très difficile de présenter la litanie des libertariens : c'est-à-dire l'ensemble des principes moraux, politiques et économiques qui caractérisent ce courant de pensée, car cet ensemble repose sur une prémisse très simple : la revendication radicale de la libre disposition de leur corps ou de leur propre personne. Il revendique ce que l'on appelle le "self ownership" ou la propriété de soi. Ni Dieu, ni Maître. De celle-ci on déduit une philosophie politique, une épistémologie, une éthique et une économie politique qui caractérisent si bien la façon de penser des libertariens. » écrit Bertrand Lemennicier sur son site http://lemennicier.bwm-mediasoft.com dans l’article intitulé « Libertarien ».

[7] De la jungle humaine s’entend car la régulation des sociétés animales est beaucoup plus contraignante pour l’individu.

Saturday, December 23, 2006

Un appel de Jean Pierre Petit aux présidentiables sur la Z machine

A l'attention des scientifiques oeuvrant au sein des équipes soutenant les candidats à l'élection présidentielle de 2007 :Pour un nucléaire sans radioactivité ni pollution !

8 décembre 2007
Par Jean-Pierre Petit, ancien directeur de recherche au Cnrs, Astrophysicien et physicien, spécialiste en magnétohydrodynamique ( MHD )
jppetit1937@yahoo.fr

La gestion de l'énergie, au niveau national et planétaire, est un thème important de la politique de tous les états. Nicolas Hulot se positionne comme " fer de lance " de cette action de sensibilisation écologique en insistant sur une évolution climatique qui semble bien se dessiner et s'accélérer. Ce discours renvoie immédiatement aux modes de production de l'énergie. J'ai lu son ouvrage. Malheureureusement, en dehors de prôner une politique d'économie, de lutte contre le gaspillage, "d'austérité énergétique" on ne trouve dans les quelques pages qu'il consacre au sujet, en matière de formules alternatives, que les classiques recours à l'éolien et au solaire. Nicolas Hulot est parfaitement conscient, ce faisant, du fait que ces solutions alternatives sont à la fois très coûteuses et relativement peu efficaces, en comparaison du prix du kilowatt-heure issu d'une production pétrolière. Un coût par ailleurs brut, calculé sans se soucier des retombées, de la dépollution afférante. Je pense que notre pays devrait créer un pôle de recherche sur toutes les nouvelles formules pour produire de l'énergie. Ce genre d'activité mériterait une section du ministère de la recherche et de la technologie. Dans cette optique je voudrais pouvoir exposer à des militants compétents les possibilités offertes par la fusion a-neutronique, ou faiblement neutronique. Je m'explique. Pour tout un chacun, la fusion c'est exclusivement celle du mélange des deux isotopes lourds de l'hydrogène : le deutérium et le tritium, qui produit des neutrons, lesquels "activent les structures environnantes". Le professeur Gilles de Genne a pour sa part fortement mis en doute le fait que le système supraconducteur assurant la magnétisation, dans Iter, puisse résister aux effets d'un bombardement neutronique imparable. Il y a cela, plus le refroidissement du plasma par arrachement de noyaux lourds à la paroi, etc... On sait de longue date qu'il existe des réactions de fusion qui ne génèrent pas de neutrons, telles la réaction Lithium7 + hydrogène H1, donnant deux noyaux d'hélium, ou Bore11 plus hydrogèneH1 donnant trois noyaux d'hélium. La première s'amorce à une température de 500 millions de degrés, la seconde à un milliard de degrés. Cette seconde filière n'avait jamais été envisagées jusqu'à ce jour, du fait de la température qu'on doit créer, qui semblait relever de la ... science-fiction. La filière Lithium hydrogène est utilisée depuis les années cinquante dans ... les bombes à hydrogène. Au coeur d'une explosion thermonucléaire règne donc une température de l'ordre de 500 millions de degrés. C'est aussi la température d'ignition de la réaction, qui est obtenue en focalisant le flux de rayons X produit par une bombe A, faisant office d'allumette, de détonateur. Mais on est loin, ici, d'applications industrielles. La réaction deutérium tritium s'amorce à 100 millions de degrés. C'est ce qui a été obtenu pendant quelques secondes dans le Tokamak anglais de Culham, ce résultat servant de point d'appui au dispendieux et très problématique projet Iter. Avec une telle formule il serait totalement exclu d'envisager ce type de fonctionnement en continu, à la manière d'une chaudière, aux température requises pour les filières Li- H et B-H ( respectivement 500 millions et un milliard de degrés )
Il faudrait opter pour un fonctionnement impulsionnel.
Or ce passage du fonctionnement continu au fonctionnement impulsionnel a déjà été opéré avec succès dans notre technologie et s'est avéré si efficace que l'ancienne formule a aussitôt été abandonnée. Ca n'est autre que cette mutation technologique qui a fait passer l'humanité du stade de la machine à vapeur à celui du moteur à explosion. C'est donc dans la logique technico-scientifique. Et si je devais qualifier le projet Iter de manière critique, outre tous les problèmes technico-scientifiques non résolus qu'il charrie, c'est d'être " la machine à vapeur du troisième millénaire ". Il serait beaucoup plus profitable et logique de pouvoir envisager un fonctionnement du style "moteur à explosion", avec des excursions en température plus importantes, qui permettraient d'opter pour des réactions de fusion non-polluantes et pratiquement exempte de radioactivité, comme celles évoquées plus haut ;
un nucléaire sans radioactivité ni pollution !
Les spécialistes qui se sont penchés sur cette questions concluent tous que la meilleure réaction serait la réaction bore-hydrogène. Si cette réaction est totalement a-neutronique, il existe des réaction parasites afférentes qui produisent quand même des neutrons, et il en est de même pour la réaction lithium-hydrogène. Mais cette production est beaucoup moins importante que dans la filière deutérium-tritium. En comparaison, elle est infime. On peut la qualifier de "quasi-aneutronique".
On voit donc poindre une nouvelle formule : celle d'une générateur à fusion, impulsionnel.
1 - On comprime un mélange Bore hydrogène- Des réactions de fusion dégagent de l'énergie- Il se crée un plasma sous très forte température, qui entre en expansion 2 - Cette expansion est opérée dans un champ magnétique, en régime de nombre de Reynolds magnétique élevé (où le plasma et le champ magnétique sont très liés l'un à l'autre ). "Le champ magnétique est comprimé"3 .- Ceci se traduit par la naissance d'un courant induit, et une production d'énergie qui, modulo un simple transformateur permet de l'extraire par "conversion MHD directe" et de l'exploiter sur un réseau. Ce système a été expérimenté par les Russes ( équipe d'Andréi Sakharov ) dès les années cinquante. Le rendement est très bon.4 - Il faut stocker dans l'équivalent d'un "volant" ( celui du moteur à explosion ) une partie de l'énergie, qui servira à assurer la compression de la charge de fusion suivante. Le qualificatif analogique le plus proche serait
un "diesel à fusion"
Voilà le schéma de principe, connu de longue date. Le compresseur est de type MHD. Cela signifie qu'on injecte un très fort courant électrique, de plusieurs dizaines de millions d'ampères dans un système, également connu de longue date, qu'on appelle un "liner", qui tend à imploser selon son axe sous l'action des forces de Laplace. Pourrait-on parvenir à atteindre une témpérature d'un milliard de degrés avec un tel système ? La réponse positive a été apportée par une équipe américaine en 2005, travail publié en février 2006 par le professeur Haines, directeur du laboratoire de physique des plasmas de l'Imperial College de Cambridge. Ce résultat était .. inattendu.
http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/papier_Haines/papier_Haines.htm
Au laboratoire Sandia, Nouveau Mexique, les élèves de Gérold Yonas, pionnier dans les années soixante dix en matière de hautes puissances électriques pulsées, ont construit ce qu'on appelle une " Z-machine"Pourquoi ce nom ? Parce qu'on comprime un plasma "selon l'axe OZ". Le schéma est d'une simplicité absolue. On fait passer plusieurs dizaines de millions d'ampères dans un ensemble conducteur de forme cylindrique (selon les génératrices du cylindre). Cette puissance doit être injectée pendant un temps inférieur au temps d'implosion, de l'ordre de 100 nanosecondes. Mais cette technique, maîtrisée de longue date, ne pose aucun problème. Cette nappe de courant crée un champ magnétique. La combinaison du courant éléctrique I et du champ magnétique B donne des forces de Laplace dirigées selon l'axe, qui tendent à faire se précipiter les atomes du métal constituant ce "liner" vers l'axe.
http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/z_machine2.htm
C'est là qu'interviennent les terribles instabilités MHD. Si le liner est un simple cylindre ( de cuivre ou d'aluminium ) il est impossible de maintenir la régularité de la nappe de courant. Au résultat, ça n'est plus un cylindre de plasma qui implose, mais un objet de plus en plus distordu, gauchi, en proie aux "contorsions" dues à la naissances de ces instabilités magnétohydrodynamique (dont je suis spécialiste). Tout cela est connu et a été mis en évidence expérimentalement depuis les années soixante dix, et même avant. Si l'implosion n'est pas régulière, la montée en température s'en ressent bien évidemment. L'équipe de Yonas, conduite par Chris Deeney, avait donc abandonné l'idée de découvrir là une filière alternative pour la fusion. Les températures visées étaient plus modestes : entre un et dix millions de degrés seulement. La Z-machine américaine était donc conçue comme un puissant générateur de rayons X, destiné à vérifier l'efficacité du durcissement de têtes nucléaires. Jusqu'à ce que survienne un évènement totalement imprévu. Pour essayer de conserve l'axisymétrie du liner le plus longtemps possible l'équipe de Chris Deeney imagina de remplacer le cylindre de cuivre par un ensemble de 240 fils en inox, d'un diamètre de l'ordre du micron. Pour fixer les idées un tel "liner à fils" fait 8 cm de diamètre et cinq de haut. Dans les expériences menées en 2005 l'intensité totale injectée était de 18 millions d'ampères et le temps de décharge de 100 nanosecondes. A la surprise générale, les fils de métal ne se sont pas instantanément volatilisés mais se sont au contraire sublimés "relativement lentement" ( ce "relativement lentement" se chiffrant en dizaines de nanosecondes ). Le liner a pu ainsi être transformé en un cordon de plasma extrêmement chaud, d'un millimètre et demi de diamètre. Tout cela a été mesuré. Une mesure de température, fiable, a également été effectuée, en se fondant sur le phénomène d'élargissement des raies par effet Doppler. Les résultats, parfaitement reproductibles, ont plongé les expérimentateurs dans la stupeur et l'incrédulité.
Température atteinte : 3,7 milliards de degrés !
C'est donc 3,7 fois la température d'ignition du mélange Bore-hydrogène ( un milliard de degrés ), 7 fois celle qui règne au coeur des bombes à hydrogène ( 20 500 millions de degrés ), 37 fois celle visée par Iter ( 100 millions de degrés ), 180 fois celle qui règne au coeur du soleil ( 20 millions de degrés ). Les Américains mettront en batterie en 2007 un nouvel appareil, nommé ZR, où les intensités électriques atteindront dès le premier tir 27 millions d'ampères. Le défi technico-scientifique est considérable. En effet rien ne s'oppose à ce que des températures encore plus élevées puissent être atteintes avec ce type de machine. Il n'est pas impossible que des machines de ce genre, où les températures finales croissent comme le carré de l'intensité électrique injectée, puissent atteindre un jour celles qui règnent au coeur des supernovae : 1000 milliards de degrés. La percée réalisé par les laboratoires Sandia ouvre donc la possibilité de déboucher sur des systèmes produisant de l'énergie " par fusion pure ", qui ont évidemment au premier chef des applications militaires à travers des nouvelles bombes à fusion n'ayant pas besoin d'un détonateur à fission, d'une "bombe A" pour amorcer les réactions. . Une technologie terriblement "proliférante". Les Américains, les Russes et différents autres pays travaillent activement sur cette nouvelle génération de ... bombes propres ! Des bombes, non seulement miniaturisables ( les fameux "mini-nukes" ) mais également "furtives", sans "signature nucléaires". D'où un intérêt forcené au plan stratégique. Comment produire les fortes intensités électriques requises ? Réponse : avec des explosifs, selon des techniques initiées par les Russes dès les années cinquante. J'ai donné depuis février 2006 force explications à ce sujet dans mon site et je serais prêt à reprendre toutes ces questions avec des gens de votre équipe pour la présidentielle 2007, suffisamment compétents pour que se noue un dialogue. J'ai également dialogué avec des gens ayant une grande expérience en matière de fusion (des ... anciens des bombes ). Un programme de recherche a été construit, budgeté à hauteur de ... 50 millions d'euros. En effet ces recherches, en comparaison des projets pharaoniques que sont Iter et Mégajoule s'avèrent incroyablement bon marché ( 200 fois moins chères que le projet Iter ). Autour d'une " Z - machine française " il faudrait rassembler 50 personnes, physiciens, ingénieurs, techniciens. C'est au-delà d'une recherche de type universitaire mais très en deçà de la moindre dépense militaire ou de la grande industrie. Au passage, pour des raisons que je pourrais détailler face à de bons physiciens, ce projet représente une porte ouverte vers des recherches en physique fondamentale qui représentent une voie jusqu'ici totalement inconnue : celle de plasmas bitempératures, hors d'équilibre, où la température ionique est cent fois supérieure à celle des électrons ! Ces recherches représentent un vaste bouquet de ... thèses de doctorat. Il est impossible, au-delà des applications de production d'énergie électrique, que de telles recherches sur les milieux hyperdenses et hyperchauds ne soient pas riches de retombées variées. Le simple souci de lancer en France des recherches fondamentales en physique de pointe, novatrices, justifierait le montage d'un tel projet, qui devrait immédiatement prendre une envergure une échelle européenne et même internationale ( dans le cadre d'une action plus générale, touchant à toutes les technologies alternatives, qui pourrait s'inscrire dans un projet planétaire : "énergie sans frontières" ) . En aucun cas cela ne serait de l'argent perdu puisque les Français seraient au minimum assurés de retrouver les résultats américains. Précisons au passage que les Français disposent de toutes les compétences requises pour donner corps très rapidement à un tel projet. La France possède sa propre " Z-machine" ( militaire, située à Gramat, dans le Lot). Mais celle-ci est trop peu puissante pour obtenir une percée comparable à celle opérée par l'équipe de Deeney ( la machine française produit 4 millions d'ampères contre 18 pour celle du laboratoire Sandia ). Mes efforts de sensibilisation, sur dix mois, ont commencé à provoquer un début d'écho... chez les militaires français, qui se moquent évidemment éperdument de la production d'électricité. Une réunion a été prévue au SGDN ( Service général de la défense nationale ). La préoccupation de l'armée serait alors de classer au plus vite de telles recherches sous le sceau du secret défense, étant donnée l'évidente possibilité d'émergence de technologies "proliférantes". De par les derniers échos que j'ai, la politique serait " plutôt que de risquer de voir se développer, via des applications civiles, des technologies sensibles proliférantes mieux vaut... ne rien faire du tout".
C'est le "attendons de voir", français, classique. Comme il y a 25 ans en MHD
Selon moi, en se polarisant sur les applications et les risques d'ordre stratégiques on est simplement... hors sujet. Un pays qui opterait pour le développement intensif d'armes thermonucléaires à fusion pure, sous le couvert du secret défense, au lieu de se poser en leader en matière d'investigations sur de nouvelles filières de production d'énergie électrique, ne ferait que rejoindre la vaste imbécilité planétaire. Un projet de Z-machine à visées civiles est non seulement envisageable mais urgent. Cela ne veut pas dire que le deux-temps à fusion soit immédiatement à portée de main. Il reste un certain chemin à faire, ne serait-ce que pour permettre à des réactions de fusion de démarrer et de s'entretenir après que cette température d'ignition ait été atteinte ( conditions de Lawson pour ce type de confinement, inertiel ). Si les Français démarraient un tel projet, celui-ci devrait en même temps faire école dans les différents pays européens, et même dans tous les pays du monde avec une conjugaison des compétences et un partage du savoir, sans restriction, dans une optique :
Energie sans Frontières
De plus il est difficilement envisageable de laisser des pays comme les USA ( et la Russie, la Chine, très avancés en matière de MHD ) se lancer seuls dans cette nouvelle voie, dans une optique hélas orientée vers la production de nouvelles armes, sans qu'aucun pays ne réagisse. Actuellement, les lobby Iter et Mégajoule voient d'un très mauvais oeil l'émergence possible d'une telle filière "outsider". Ils exercent une pression, visiblement efficace, sur les médias scientifiques et même sur des groupes de scientifiques pour que cette question soit passée sous silence. Ce phénomène ne concerne pas seulement la France mais tous les pays concernés par le projet Iter, et ils sont nombreux.
8 décembre 2006
Jean-Pierre Petit, ancien directeur de recherche au Cnrs, physicien, astrophysicien, spécialiste de MHD adresse électronique : jppetit1937@yahoo.fhttp://www.jp-petit.com
http://www.jp-petit.com/science/Z-machine/lettre_ouverte_politiques.html
Exceptionnellement, la duplication et la diffusion de cette page web est autorisée sur tous supports et dans tous médias.
--> Note de Geneviève : j'insiste. Que les lecteurs de ce blog reprennent et diffusent ce texte dans leurs propres réseaux d'échange. Y compris en Suisse, Belgique et autres pays francophones. Il y va de l'avenir, sauf si vous préférez écouter les prophète de la grande muraille !
_________________________________________________________________________________________________________________________________________
Téléchargez la version Word de ce texte,
Imprimez-là et envoyez-là à vos élus, à vos journaux.
Le cas échéant utilisez-là comme base d'une pétition.

Par courriers :
Mr ou Mme le Député, de la circonstriction ....... 126 rue de l'université, 75 355 Paris 07 SP
Députés:www.assemblee-nationale.fr/12/tribun/comm3.asp Sénateurs:www.senat.fr/listes/france.html
Maires : http://www.amf.asso.fr/ad/index.asp
Conseils régionaux : http://www.conseil-general.com/

Remarque désabusée :
Cette percée scientifique majeure, et totalement inattendue, n'a fait la une d'aucun média scientifique, ou d'un média tout court depuis dix mois, y compris dans le pays même où elle a été effectée :: les Etats-Unis. Ni la célèbre revue Scientific American, aux USA, ni en Angleterre la revue Nature, n'ont pas fait leur couverture avec cette nouvelle, publiée en février 2006 par Malcom Haines dans la revue Moderne Physics Letters. En conséquence les médias des autres pays se sont dits : "si ces revues ne donnent pas un large écho à cette affaire, c'est qu'elle ne doit pas être si importante que cela. ou pire : douteuse. Constatons qu'elle n'a d'ailleurs pas eu de suite. Deeney, Haines et les autres se sont peut être ... trompés, qui sait ?". Attendons de voir comment les choses tournent ....
La vérité est toute autre et porte un nom : désinformation. Les implications militaires d'une telle découverte, à savoir la "fusion pure" sont considérables avec un corollaire évidement préoccupant : le caractère hautement proliférant de cette nouvelle technologie, le fait qu'il ne soit pas indispensable de se doter oréalablement d'armes à fission, d'uranium enrichi pour se doter d'armes de destruction massive. La question qu'on peut se poser, en fait, est "pourquoi ces résultats ont-ils été publiés et non immédiatement couverts par le secret défense le plus épais ? ". Comment imaginer qu'une telle percée ( plus de trois milliards et demi de degrés ! ) ne semble faire l'objet d'aucune suite sur le plan scientifique ?
Il y a deux explications. Les Etats-Unis travaillent d'arrache-pied sur ce nouvelles armes à fusion pure, exemptes de "signature nucléaire", qu'il serait donc possible de faire passer, sur le champ de bataille pour des armes conventionnelle. Un second aspect est le caractère miniaturisable de telles armes, avec comme corrolaire le fait qu'elles pourraient être utilisées massivement, par exemple en étant déversées à partir de l'espace, sans provoquer d'hiver nucléaire. L'avantage stratégique visé est considérable et ne peut se jouer que dans une ambiance de secret et de désiformation. Quand on met la main sur ne mine d'or on ne s'empresse pas de le crier sur tous les toits Au contraire on : fait de son mieux pour minimiser l'ampleur de la découverte.
L'absence d'écho, en France, découle de multiples facteurs. Il y a d'abord la formidable pression exercée par les lobbies Iter et Mégajoule, simple systèmes de traitement du chômage dans les régions, pour qui ces techniques outsider représentent un péril mortel. La seconde barrière est celle de l'incompétence, qui empêcha les Français de réaliser, au milieu des années soixante-dix l'importance cruciale de de la MHD, frein qui reste toujours aussi actif. Ajoutez l'énorme difficulté qu'auraient les écologistes, comme Nicolat Hulot, à associer soudain nucléaire - absence de radioactivité - absence de pollution. Un véritable virage à 180°, difficilement envisageable à échelle de quelques mois. Les équipes entourant les candidats aux présidentielles doivent être assez pauvres en scientifiques, lesquels en règle générale ont peu de goût pour la politique. D'autre part ceux qui militent ne sont probablement des scientifiques de pointe, à même de saisir l'importance des enjeux.
Le dénominateur commun à toutes ces attitudes et le fait de se dire " ce que je ne comprends pas, ce sur quoi je n'ai pas de prise immédiate, ce qui serait le signe de mon infériorité scientifique, technologique et stratégique n'a probablement que peu de chance de présenter un intérêt quelconque".
C'est humain.
En composant ce texte je jette une dernière bouteille à la mer, sans trop y croire. J'aurais au moins ... la conscience tranquille, mais je ne crois pas une seule seconde à l'efficacité de ma démarche, bien que, comme l'avais jadis dit Guillaume d'Orange :
Il est pas nécessaure d'espérer pour entreprendre

Polonium-210

Une amie journaliste me communique un texte en anglais dont les révélations sont toujours à reprendre. En marge de l’affaire Litvinenko, il rappelle les expérimentations américaines sur le polonium 210, en particulier celle de 1944 à l’université de Rochester (New York) où l’on en injecta à 4 personnes et l’on en fit avaler à un cinquième cobaye. Un des patients succomba à un cancer au bout de six jours. Les autres… mirent simplement un peu plus longtemps à mourir.
Voir William Moss et Roger Eckhardt, "The Human Plutonium Injection Experiments" , Los Alamos Science n° 23, 1995, repris à cette adresse (format pdf) :
http://www.fas.org/sgp/othergov/doe/lanl/pubs/00326640.pdf
Une phrase me revient en tête, captée au vol à la terrasse d’un bistrot de Montpellier où un professeur que je pense d’université discutait avec quelques étudiants : « Les USA sont le seul pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans passer par la civilisation. » J’ajouterais volontiers Rome dans cette catégorie d’exception, le maintien de la civilisation hellénistique dans le cadre impérial faisant illusion.