Saturday, March 01, 2008

Vers quel monde ?

Les circonstances m’ont éloignée de ce blog : un travail qui me laisse peu de temps libre même s’il s’agit d’une sorte de fourmilière à cigales, d’autres interventions sur la Toile et surtout la difficulté de penser et de parler sereinement en période électorale. La politique partisane au jour le jour s’accommode mal des grands débats sociétaux et tout ce que l’on peut dire comme réflexion de fond est immédiatement retraduit en intentions de vote. Comme je suis de moins en moins persuadée du bien-fondé de la démocratie représentative, que je place le bipartisme à l’anglo-saxonne parmi les plaies d’Egypte et que les vrais débats de notre temps me semblent de plus en plus étrangers au soit disant clivage droite/gauche[1], on comprendra que je me taise lorsque les Bandar-log effectuent leur danse médiatique rituelle. Pour finir, la confusion entre fonction d’Etat et vedettariat personnel me donne l’urticaire. Ce n’est pas que j’aie la moindre préférence pour le style compassé, momifié qui faisait autrefois qu’on ne distinguait le président de la république de l’huissier de l’Elysée qu’à sa taille pour de Gaulle ou son chapeau pour Mitterrand. J’ai applaudi lorsque Giscard invita des éboueurs à partager son présidentiel petit déjeuner et je pense que, dans les dîners officiels, Carla Sarkozy-Bruni sera certainement plus décorative que disons Tante Yvonne pour ne pas froisser la susceptibilité des survivantes. Mais Sartre a écrit ses meilleures pages en fustigeant le garçon de café qui se prend pour un garçon de café en jetant aux orties tout son potentiel de liberté créatrice[2]. Confondre personne et fonction en réduisant, de plus, la personne à la persona pour reprendre le terme jungien fait perdre toute profondeur. Evidemment, on peut me rétorquer : est-il important qu’un chef d’Etat soit profond ?

C’est peut-être la véritable question. Ou, plus exactement, elle en appelle une autre : la structure étatique présente sous diverses formes depuis au moins l’âge du bronze, c’est-à-dire la coïncidence d’une instance de décision et de pouvoir avec un territoire aux frontières délimitées a-t-elle un avenir ? Depuis la sédentarisation entamée vers -10 000 au Zagros, en Cappadoce, au Hoggar et peut-être ailleurs encore, la spatialisation du pouvoir et de l’identité collective va de soi. Il n’y a de géopolitique possible que parce que les entités politiques, les cités, les Etats quel que soit leur régime et finalement les ensembles culturels s’inscrivent dans la géographie. Une partie du malaise et des diverses crises identitaires qui accompagnent la mondialisation vient peut-être d’une remise en question dans les faits, mais impensée, de cette spatialisation du pouvoir, de l’identité et de la culture. Trois phénomènes distincts la remettent en cause et se superposent plus ou moins harmonieusement – plutôt moins que plus – à l'ancienne structure spatialisée.

Dans la sphère économique, le regroupement des entreprises et sociétés en entités « multinationales » avec leurs propres hiérarchies, leurs propres logiques, les met de fait hors du droit lequel est toujours attaché aux structures étatiques territorialisées, donc hors de toute régulation externe autre que le marché. Un salarié se trouve donc de facto confronté à une double appartenance, une double exigence de loyauté qui peut aller jusqu’à une double identité. La presse en témoignait sans même s’en apercevoir lorsqu’elle disait « les Moulinex » au moment de la cessation d’activité de la société. Les Moulinex, comme on aurait pu écrire les Parisiens ou… les Français. Cette double allégeance ne semble être reconnue comme telle que par les Japonais. Il faut tout de même souligner le caractère éminemment schizophrénique d’une identité multiple, fût-elle collective, et se demander aussi ce qui peut se passer en cas de conflit entre les deux structures. Les gesticulations médiatiques autour de certaines fusions de sociétés ou du rachat d’une entreprise française par un consortium indien mettent en lumière les contradictions des deux modèles, le modèle spatial de l’Etat-nation et le modèle institutionnel non-local du groupe de sociétés cotées.

Par ailleurs, on observe un brassage de populations, un mouvement migratoire mondial d’une ampleur rare dans l’histoire. Aucune région du monde ne semble épargnée. Ce mouvement a dépassé le stade où l’on pouvait encore le contrôler, l’enrayer ou inverser les flux et nous sommes encore incapables de savoir s’il va aboutir à de nouvelles sédentarisations, la dernière couche de population arrivée fusionnant progressivement avec les précédentes, ou s’il s’agit d’une nouvelle forme de nomadisme qui remet en cause tout l’héritage de la sédentarité. Je me souviens d’avoir posé dans les années 70 la question de savoir si les premières filières d’immigration qui se mettaient en place, surtout de l’Afrique vers l’Europe, ne préludaient pas à une vague de migration des peuples. Mais non, que vas-tu penser là ! me répliquaient mes amis en chœur avec les « spécialistes »[3]. Aujourd’hui, alors que les faits obligent tout un chacun à ouvrir les yeux sur la réalité des mouvements migratoires, cette question ne semble dépassée. Le véritable problème, c’est de savoir si l’enracinement géographique, la sédentarisation, possède encore un sens dans l’avenir. Mais que le brassage humain auquel nous assistons soit temporaire ou débouche sur un nomadisme à long terme, cela n’ira pas sans transformer profondément les cultures – toutes les cultures, tous les peuples. Tout suggère aujourd’hui que cette transformation n’ira pas sans souffrance, sans massacres, sans pertes profondes.

Le troisième phénomène qui vient contredire la géopolitique, c’est Internet. Aux yeux d’un observateur superficiel, la Toile peut apparaître comme chaotique, cacophonique même. Le pire et le meilleur s’y entrecroisent, Esope aujourd’hui servirait des ordinateurs plutôt que des langues à son festin. Mais le chaos n’est ici qu’apparence. Fondamentalement, le Web est un univers structuré. Il l’est par la rigueur des logiciels et des protocoles d’échange entre machines sans lesquels il serait tout simplement impossible de se connecter mais il l’est aussi par les regroupements spontanés qui s’opèrent et se manifestent au travers des commentaires d’articles, de blogs, des listes de correspondances ou des fora. Il tresse intimement absolutisme (l’admin d’un forum ou d’un blog possède seul les codes, roi dans son royaume), acratisme, néo-tribalisme maffesolien – Goethe aurait parlé d’affinités électives – et pur économisme. Il résonne de toutes les voix, des propagandes et des oracles, des rumeurs et des canulars, des analyses fouillées et des vulgarisations, abrite les contestataires et les chantres de la pensée unique, le logos et le mythos. Mais tout s’y passe dans un espace de Hilbert totalement délocalisé par rapport à l’espace réel qu’il abolit. Un Coréen peut y discuter en temps réel avec un Serbe, un Africain, un Canadien, on peut même ignorer sur quel coin de la planète son correspondant a posé sa chaise et son clavier. Il pourrait se trouver en mer, la liaison satellitaire le permet, à la portée de toutes les bourses. Un des premiers internautes a déjà lancé voici une bonne dizaine d’années une Déclaration d’indépendance du Cyberspace qui souligne la contradiction entre l’Etat (ses lois, sa police et son armée) lié à un territoire précis et le Net qui échappe à toute limitation de cet ordre.

http://www.freescape.eu.org/eclat/1partie/Barlow/barlowtxt.html


Il ne s’agit pas du futur. D’ores et déjà, multinationales, poussées migratoires et réseau non-local se développent parallèlement aux Etats-nations, interagissent avec eux et entre eux sans qu’un équilibre satisfaisant s’instaure. Le pire serait sans doute de refuser d’entendre la question posée par cette évolution, car il s’agit de celle dont Julien Gracq disait que nul ne saurait la laisser sans réponse : Qui vive ?

Ce message n'est que l'état des lieux, un simple constat. Il faudra penser plus loin encore.

(à suivre)



[1] Il paraît que ce refus d’un étiquetage obsolète me désigne ipso facto comme de droite. Haussons les épaules. Au moins, cela ne me rend pas sinistre !

[2] C’est la seule chose intéressante que j’ai lue sous la plume de Sartre mais personne ne saurait être mauvais tout le temps.

[3] J’aimerais bien en revoir un ou deux pour leur demander : et alors ?

Sunday, December 02, 2007

Lettre ouverte à Fadela Amara

Anne-Lorraine, 23 ans, poignardée par un violeur récidiviste auquelelle tentait de résister…
Quelqu'un de mes amis a demandé ce qui se serait passé si elle avait été voilée.
Si Anne-Lorraine avait porté autre chose que la burqa, je pense qu'elle aurait couru autant de risques, même avec le foulard. On parle d'elle mais combien de filles d'origine maghrébine ou africaine se font violer dans les cités et dans l'indifférence générale ? Pour ma part, je serais révoltée de la même façon quelle que soit la couleur de peau de la victime. Dans les romans arthuriens, on juge de la qualité d'un royaume au fait qu'une pucelle peut voyager seule sans se faire agresser. Nous sommes aujourd'hui très très loin d'un pays civilisé, je suis au regret de le dire.
Quant au fait que le violeur soit turc... il n'y a pas si longtemps que dans certains coins de France, on voyait les mêmes drames avant que l'immigration ait atteint les sommets actuels et que les tribunaux acceptaient le discours fallacieux selon lequel une jolie fille avait "provoqué", du moment qu'elle s'habillait normalement et pas avec un sac à patates.
Le mot insupportable dans cette affaire, c'est "récidiviste".
Lors du traité entre les rois franc, ostrogoth et burgonde, qui tient en 6 lignes sur le parchemin, l'accord portait sur trois crimes dont les auteurs ne pouvaient trouver refuge dans un autre royaume : le meurtre, le viol et le vol. Les rois s'engageaient à poursuivre le coupable fugitif. Ce traité est l'ancêtre lointain d'Interpol. Il me semble significatif que le viol soit alors mis sur le même plan que le meurtre.
On avait réussi à changer les mentalités sur ce point, à faire admettre que la victime d'un viol est une vraie victime - et ça, que les machos me le pardonnent, c'est un des points du combat "féministe" que j'ai toujours soutenu, de toutes mes forces. Dix ans plus tard, tout est à recommencer. J'espère que la résistance d'Anne-Lorraine à son agresseur va déclencher un sursaut chez les femmes.
Et j’aurais apprécié que Fadela Amara s’exprime. D’où cette lettre ouverte.

Madame la Secrétaire d’Etat,

Lorsque vous avez fondé Ni putes, ni soumises après que Sohane Benziane ait fini brûlée vive au milieu des poubelles pour avoir refusé de céder à un petit macho de banlieue, j’ai applaudi. J’ai suivi la marche des femmes que vous organisiez, avec sympathie et même ferveur. Je trouvais simplement très triste qu’il vous faille recommencer un combat que nous n’avions cessé de mener dans ma génération et qui semblait porter enfin du fruit dans les années 90.
Je ne me définis pas par une étiquette politique. D’ailleurs « gauche » et « droite » n’ont plus guère de sens, les clivages réels sont plus complexes et j’ai décidé à 20 ans que je ne m’encarterai nulle part mais que je soutiendrai les initiatives intéressantes d’où qu’elles viennent. Cette marche me semblait de celles qu’il fallait conforter.
Mais je me trompais sur votre compte. Ce n’était pas la dignité des femmes que vous défendiez, semble-t-il aujourd’hui. C’était uniquement la dignité des femmes immigrées. Votre silence devant la mort d’Anne-Lorraine Schmitt, morte de trente coups de couteau dans le RER D pour avoir résisté à son violeur me donne la nausée.
Ah certes, Anne-Lorraine était intégrée, elle, « souchienne » même selon l’odieux jeu de mot ministériel, fille de militaire, « Petit Oiseau » à la Légion d’Honneur, scoute, journaliste stagiaire, chrétienne, blonde naturelle en plus… Faut-il vous rappeler, Madame la Secrétaire d’Etat, qu’elle n’a pas plus que vous ou que Sohane choisi sa naissance ? Y aurait-il des filles à défendre et des filles qu’on peut laisser violer et tuer dans le RER sans un mot ? Je n’ose penser que votre silence vienne d’une solidarité ethnico-culturelle quelconque avec le violeur meurtrier…
Certes, votre ministre Christine Boutin était présente à ses obsèques. Mais cela ne vous déchargeait pas du devoir de dire un mot de compassion, de révolte devant le crime d’un récidiviste, vous qui avez la langue si bien pendue d’ordinaire !
Madame, vous ne m’avez pas seulement écoeurée aujourd’hui. Vous m’avez déçue. Vous avez déçu toutes les femmes. C’est pire.
Permettez moi de ne pas vous saluer.

Sunday, October 28, 2007

Avant que la nuit ne tombe... (1)

« A force de regretter le passé, de détester le présent et de redouter le futur, nous nous sommes nous autres Français de vieille souche et d’antique tradition, nous nous sommes englués de délectation morose et inversée. Et cela nous pousse à voir dans tout ce qui paraît bon un mensonge, dans tout ce qui est mauvais la confirmation presque gratifiante de nos craintes et de nos objurgations, et finalement à détester tout ce qui fait notre quotidien. »
Serge de Beketch, cité par le père Jean Paul Argouarc’h lors de son homélie aux obsèques de l’auteur.

Une nuit tombe – mais est-ce vraiment la nuit ? Pourquoi l’amour du passé devrait-il nous faire redouter le futur ? Et détester le présent ?
Ce que j’ai détesté, pour ma part, et qui me blesse encore, ce n’est pas tant le présent que l’orientation prise par notre société à coup d’idéologies mille fois rapetassées, de nervosité fébrile, de grisaille, de laideur, de modes superficielles, d’anonymat urbain. Ce que j’ai détesté, c’est voir de ma fenêtre grenobloise un homme qu’on faisait monter dans une voiture sous la menace d’une arme, un homme qui criait au secours alors que je n’avais aucun moyen de le secourir, pas même un téléphone. Ce que j’ai détesté, c’est ce marécage des routines où se perdent les ardeurs et les idéaux, c’est d’avoir à goûter des sentiments tels que le mépris ou la colère impuissante.
D’autres que moi, sentinelles isolées aux remparts de la cité, ont pressenti la tombée de la nuit. Je songe à Louis Pauwels qui mettait en exergue la phrase du poète : « Que puis-je dire, que puis-je écrire avant que la nuit ne tombe ? » Je songe à mes amis guénoniens prophètes du Kali Yuga, à Serge de Beketch lui-même. Mais toujours leur regard la traversait et de toute leur ferveur, ils ont espéré l’aube. « Comme un veilleur attend l’aurore… »
Nous avons déjà vécu tout cela, comme le faisait remarquer Aimé Michel dans ses articles de Planète. Notre terroir a déjà vu déferler par vagues successives des peuples en migration dont les mœurs plus rudes bousculaient l’esthétisme, la science et la liberté de comportement des Romains hellénisés. L’empire d’occident s’est effondré au profit d’une poignée de royaumes régis par un droit communautaire et coutumier[1], l’école a régressé, la langue parlée s’est éparpillée en dialectes. D’Augustin d’Hippone à Boèce, on ne compte plus les cris de regrets et d’angoisses devant la fin d’un monde. Un siècle plus tard lève la plus féconde moisson de sainteté que virent jamais les Gaules. Puis reviendront les arts, les sciences, les lettres : en cinq siècles, tout est rebâti, tout est renouvelé dans un tel état de grâce que ce « moyen âge classique » malgré toutes ses contradictions et ses déchirures prend une dimension mythique et ne cesse de vivifier notre civilisation.
Je ne verrai pas l’aube suivante, mais je l’espère de toute mon âme. Si je ne me berce pas d’illusion sur la nuit qui tombe et qui sans doute emportera la civilisation européenne, occidentale, du moins pour un temps, le temps de la vanner sur l’aire et de séparer le grain de la paille, je crois qu’il y aura un regain et que tout cet effort de beauté, de connaissance, de liberté, des cathédrales aux chorals de Bach, des tableaux de Poussin ou de Vermeer à L’oiseau de feu de Stravinsky, ne s’abîmera pas à jamais et ne sera pas vain. Je crois que les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur l’Eglise du Christ. Je crois aussi qu’on ne pourra pas stériliser à jamais la pensée humaine.
Comme au jour de mes 20 ans, je crois encore en l’amour soleil…
(à suivre)

[1] Au prévenu qu’on amenait devant lui, la première question que posait un juge mérovingien, c’était : « quelle est ta loi ? » Es-tu Romain de droit écrit, Franc ou Goth soumis à la compensation coutumière du wergeld, Juif devant obéir aux préceptes de la Torah, Grec, Phénicien, Perse ?

Monday, October 08, 2007

In memoriam Serge de Beketch

Serge de Beketch vient de mourir ce samedi 6 octobre, à la limite du dimanche 7, dans le jour liturgique (qui commence à Vêpres car "il y eut un soir, il y eut un matin") de la fête des saints martyrs Serge et Bacchus, l'un comme l'autre pouvant apparaître comme ses saints patrons ! L'humour de Dieu aurait-il répondu à l'humour du satiriste ?

La première fois que j'ai lu Serge de Beketch, c'était dans Pilote, le Pilote hebdo de Goscinny qui n'était encore connu que des initiés et qu'on se passait avec des mines de conspirateur. Il y voisinait avec des gens qui eurent leur succès plus tard comme Gotlieb ou F'murr. J'ai même retrouvé avec émotion il y a deux ans chez un bouquiniste une réédition d'un album de son héros Thorkaël.
Curieusement, j'ai bien mis deux mois quand j'ai découvert Radio Courtoisie à la fin des années 80 pour relier le satiriste du mercredi soir au scénariste de BD qui m'avait enthousiasmée 20 ans plus tôt. Puis il a repris la rédaction en chef de Minute et c'est pour moi la seule période où ce magazine fut lisible, que je sois d'ailleurs d'accord ou non avec les articles. Je n'en ai pas raté un seul numéro. Merci à lui pour m'avoir fait découvrir des auteurs comme ADG ou des livres comme "Sire" de Jean Raspail...
Tout cela pour dire que Serge, c'est une présence restée dans mon horizon depuis plus de quarante ans, ce qui finit par compter. Par un tour de cochon comme la vie sait en jouer, je ne l'ai rencontré en chair et en os que lors d'un repas d'amis en juin dernier et, par un autre tour de cochon, etc., il cherchait à me joindre sans savoir que la petite bonne femme en face de lui était l'auteur qu'il voulait inviter à son émission. Troisième tour de cochon, etc., c'était trop tard et ni l'un ni l'autre ne le savait.
Il avait vieilli, ces derniers temps. Quelle banalité ! Il lui restait du courage, du punch, de l'humour mais je ne le suivais pas dans tous ses centres d'intérêt. Je lui reprochais d'inviter à la fois, dans des domaines controversés comme la question des OVNI, des gens intéressants et de grands naïfs.
Je n'avais pas non plus le même point de vue sur l'avenir de Radio Courtoisie.
Malgré ces divergences, c'est sur son émission que je me précipitais en priorité quitte à me lever très tôt pour pouvoir écouter la rediff ou, dans certains cas, à sacrifier une partie de ma nuit. Adieu, Serge !

Je sais, et c'est dans la liturgie, "il n'y a pas d'homme qui vive et qui ne pèche pas". Je suis de ceux qui réagissent à l'ancienne, préférant devant la mort prier pour que Dieu efface les péchés de celui qui vient de partir vers les cieux et l'accueille dans sa Lumière.
Ce qui veut dire aussi effacer en nous-même les différends, quels qu'ils soient. Cela s'appelle l'absoute.
"Seigneur, ô Amour ineffable, souviens toi de ton serviteur défunt".

Sa biographie wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_de_Beketch

Je voulais ajouter un lien vers sa bibliographie de bédéiste mais impossible aujourd'hui de retrouver le site sur lequel j'arrivais tout droit hier.

Mes condoléances à sa famille.

Wednesday, September 26, 2007

Esprit végétal




Je viens de découvrir un jeu fascinant : comment transformer une photo de vacances banale en un somptueux kaléidoscope.

Ainsi retravaillée, la forêt sous la falaise devient un mandala, support potentiel de méditation, porte sur un monde transfiguré.

Le plus intéressant, c'est que rien n'est prévisible, sauf la couleur dominante et le nombre de branches de l'étoile, qui dépendent du filtre.

Enfant, les kaléidoscopes m'émerveillaient...

Monday, September 03, 2007

Lumière 101

Que l’on me permette de saluer la naissance de Lumière 101, la webradio qui promet de devenir la plus inventive de la Toile. J’y donne rendez-vous à mes lecteurs pour de Libres Entretiens sur les thèmes qui nous tiennent à cœur, pensée mythique, identité, limites de l’humain et courants profonds de l’histoire. Ils y retrouveront aussi Jean Gilles Malliarakis (L’insolent), Olivier Pichon (de Monde et Vie), Georges Lane (économiste : plus libéral, tu meurs ou tu animes un site de plus…), Jean Luc de Carbuccia qui créa la première Lumière 101, sur 101 Mhz, à la grande époque des radios libres, Marie Ordinis (tout le théâtre, encore du théâtre et rien que du théâtre… mais quel théâtre !), le docteur Mélennec, entre droit, justice, culture, le docteur Madeleine Allonnier sur la médecine scientifique, sans compter tous ceux qui viendront s’agréger à l’équipe…
D’ores et déjà un premier aperçu, sur le site en construction :
http://lumiere101.com/

Sunday, July 29, 2007

Forum du pays réel et de la courtoisie

Saluons la naissance de ce nouveau forum dont voici le bandeau d'accueil :

Oui, bienvenue aux visiteurs et aux membres de ce
forum.
Il se veut un
espace libre de courtoisie, d'esprit français, avec ce que cela comporte de
panache et
d'humour.
Nous sommes
unis par l'écoute de Radio Courtoisie, nous n'en sommes pas des
sectateurs.
Nous rendons hommage
aux bénévoles qui animent notre radio préférée et le blog qui en rassemble tant
d'informations importantes.

Souhaitons lui longue vie et surtout bonne fréquentation. N'oubliez pas celui de ce blog pour autant !

Saturday, July 21, 2007

Bannissements et devenir de l'homme

Je viens de me faire bannir d’un forum[1], un bannissement total qui ne permet même pas la lecture. La seule page qui s’affiche si je me connecte me répète inlassablement la sentence.
La violence, la puissance d’impact de ce bannissement pourtant sans surprise m’étonne. Je m’attendais à un deuil. Toute rupture d’un groupe entraîne un tel processus. L’expérience que je suis en train de vivre va bien au-delà. Pour intervenir dans une tribu virtuelle construite sur l’échange d’une parole écrite, la peine du ban garde toute sa force comme au temps des tribus et cités de la réalité « réelle ». Non, ce n’est pas un pléonasme. Cela signifie que la « réalité virtuelle » est une réalité à part entière dès lors que les relations qui s’y établissent entre les hommes sont perçues comme telles, lorsque des amitiés se nouent, des hiérarchies s’instaurent, qu’un groupe se structure et trouve sa propre dynamique.
Qu’est-ce qui rend si violente l’expérience du bannissement ? Sans doute son analogie profonde avec la mort. Les relations tissées avec le groupe, avec la parentèle qu’elle soit de sang ou d’esprit, se brisent dans le visible avec la même brutalité, la même immédiateté. L’aventure (bonne ou mauvaise, peu importe) se poursuit pour les autres mais le banni n’en saura rien[2]. Il ne fera plus partie de cet avenir. Il se heurte au mur du temps, selon la très belle et forte expression de Michel Jeury.
Il ne s’agit pas seulement d’abandonner et d’être abandonné, d’un vécu de rejet affectif réveillant les peurs de l’enfance. Comme la mort, le bannissement a quelque chose d’abrupt. Il dépouille et, d’une certaine manière, déstructure. Et là, nous touchons au mystère le plus profond de l’homme.
Homme, être social. Cette banalité recouvre beaucoup plus qu’elle n’exprime. Il existe des animaux sociaux comme les chevaux, les buffles, les loups ou les grands singes[3]. Même si leurs relations sont plus complexes qu’on ne le pensait il y a 15 ou 20 ans, la structure des sociétés animales semble ancrée dans l’instinct si ce n’est dans les gènes, immuable[4]. Si l’on trouve des traces chez l’homme de ce socle archaïque apparu chez l’animal, en particulier dans les hiérarchies spontanées[5], une des caractéristiques qui distingue l’humanité de l’ensemble des bêtes est la capacité de surmonter ces formes instinctives pour créer de nouvelles structures relationnelles. Toute la politique vient de là. La linguistique et l’ethnologie montrent à l’aube de l’homme la prédominance de la parenté biologique comme chez l’animal, avec tout son cortège de signaux de reconnaissance olfactifs, gestuels, mimétiques. Tout le travail d’acculturation accompli au cours des siècles a permis l’émergence d’autres modes de regroupement fondés non plus sur les sens mais sur les idées, les échanges, le verbe, le style dans le façonnage de la matière[6]. C’est en eux, de manière de plus en plus abstraite, que s’est réinstallée la reconnaissance identitaire et non plus dans les effluves de phéromones compatibles. Les derniers équivalents des échanges chimiques de l’animal furent des mots, des concepts, des idéologies, des modèles fondés sur des expériences de pensée[7]. Les forums d’Internet prennent aujourd’hui la suite des cités, des confréries, des clubs[8], des associations les plus diverses. Aimé Michel y aurait sans doute vu l’une des « extériorisations de fonction » qu’il percevait comme la suite du travail de l’évolution cosmique au sein de l’humanité, un travail qui, lentement mais sûrement nous extirpe de notre origine animale[9].
Au cours de ce travail libérateur croît la conscience d’être au pis une individualité, au mieux une personne. Les trois derniers siècles, en occident tout au moins, ont vu cette émergence paradoxale et conflictuelle, comme une crise d’adolescence à la mesure d’une civilisation. L’individu, avant que les intellectuels d’aujourd’hui ne cherchent à le déconstruire s’est posé en s’opposant à la société établie. Le paradoxe fut pascalien[10] : la quête d’individualisme du XVIIIe siècle ayant débouché sur les pires dictatures totalitaires de toute l’histoire – y compris le totalitarisme mou de la « pensée unique ».
Internet, morcelant ces sociétés « de masse » au profit de tribus non plus biologiques mais de parenté psychique[11], représente à cet égard une mutation beaucoup plus essentielle qu’on ne le croit, sans doute aussi importante que l’invention de l’écriture libérant la mémoire etamorçant l’histoire. Est-ce un fourvoiement spirituel comme le redoutent certains ? J’y verrais plutôt pour ma part un balbutiement, celui d’un mode de relations totalement dégagé de l’animalité, un mode que l’on ne peut plus appeler social. Mais ce mode n’est encore là qu’en germe à peine perceptible, bien qu’il ait été décrit et prophétisé par le Christ : l’interpénétration réciproque des personnes, autrement dit la communion des saints[12].
Jung a mis le doigt sur un autre aspect de ce germe : l’existence de l’inconscient collectif, un inconscient structuré qui rend compte aussi de l’individuation des groupes humains[13]. « L’homme est le chaînon tragique », m’écrivit Aimé Michel. La théologie chrétienne voit l’homme actuel, selon la parole de l’Apôtre[14], « mort en Adam » et appelé à « ressusciter en Christ ». On pourrait ajouter que si chacun de nous vit cette tension entre l’homme de la chute et celui de la Résurrection, l’inconscient collectif, l’égrégore de chaque groupe humain semble tendu entre société instinctive à la manière animale et communion des personnes libres. Les tribus psychiques des forums d’Internet ne permettent pas d’atteindre la seconde, sauf rares et d’autant plus précieuses exceptions. Elles ont bien souvent le défaut de tous les égrégores, une tendance à phagocyter leurs membres dans une modélisation close, plus ou moins inconsciemment totalitaire. Mais parce qu’elles permettent l’extériorisation de ce qui restait de l’instinct grégaire animal en l’homme, elles représentent une étape clef vers cette métamorphose lointaine.
Le bannissement d’une tribu biologique entraînait le plus souvent la mort de celui qui devait dès lors tout affronter seul : prédateurs, ennemis humains, faim et fièvre. Celui que la cité bannissait ne subissait qu’une mort sociale puisque, forcé de se fixer en terre étrangère, il perdait son statut de citoyen et devenait métèque, habitant de seconde zone en sorte, forcé à la passivité quant à la gestion de son lieu de vie. Le banni des forums, bien que sa mort soit purement verbale et virtuelle, anticipe certes en jeu de miroirs, en germe minuscule, mais anticipe cette mystérieuse catastrophe que le Christ désigne par le terme de « seconde mort » et qu’il ne faut pas confondre avec le néant puisque, dans les « ténèbres extérieures », « il y aura des pleurs et des grincements de dents » ce qui suppose déjà d’être et de posséder une certaine mémoire du corps.
[1] Ce bannissement suit ma propre décision de retrait pour des raisons que j’estime déontologiques. Il intervient à l’issue d’une crise interne dont le détail n’a pas sa place ici. Je n’ai pas de comptes à régler et je prie pour ne jamais entrer dans l’illusion d’en avoir.
[2] Ou n’en n’aura que des échos fragmentaires par la rumeur des steppes.
[3] Laissons de côté les insectes qui posent d’autres problèmes comme l’a montré Rémy Chauvin.
[4] Autant que quelque chose puisse l’être dans un monde en évolution – disons immuable jusqu’à la prochaine mutation génétique spécifiante.
[5] Le principe du chef, non pas idéologique mais vécu.
[6] C’est encore une banalité que de dire qu’une pagode chinoise diffère d’ un temple grec. Mais il n’est pas inutile alors de se souvenir que tous les nids d’hirondelle se ressemblent.
[7] La patrie, le führerprinzip, le communisme et la sortie de l’histoire, etc. Nous ne sommes sans doute qu’au début de ce processus d’abstraction des contenants de l’identité.
[8] Anglais ou sportifs…
[9] Pour en donner des exemples, la cuisine extériorise en grande partie la digestion, réduisant d’autant le besoin de sommeil ; l’écriture extériorise la mémoire, libérant ainsi la capacité créatrice, etc.
[10] « L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »
[11] Comme l’avait pressenti Michel Maffesoli dès les années 1970.
[12] Relire les chapitres 16 et 17 de l’évangile selon saint Jean, le dernier enseignement du Christ à ses disciples quelques heures avant la déréliction de Gethsémani. Et que l’on me permette de redire ici la dette que j’ai envers Aimé Michel qui fut peut-être le plus grand penseur du XXe siècle – et le plus méconnu. C’est lui qui m’apprit à lire les prémices de l’eschatologie non seulement chez les mystiques (chez qui ils se voient comme le nez au milieu de la figure) et les saints mais aussi dans l’épaisseur de l’histoire.
[13] Il faudrait reprendre aux occultistes la notion d’égrégore pour décrire cette individuation collective (quel oxymore et pourtant quelle réalité !) d’un mot plutôt que d’une périphrase embrouillée ou d’un chapitre entier du manuel de psychologie sociale.
[14] Sans précision, c’est toujours de Paul que l’on parle.

Tuesday, May 01, 2007

Une conférence à ne pas louper

Des amis me demandent de prévenir (un peu ric rac, mais...) :

Jeudi 3 mai à 19 h 30

Centre Charlier, 70 Boulevard Saint-Germain, 75005 Paris (premier étage)


Conférence de Georges Dilliger


Désacralisée, la France devient folle


Entrée 8 euros, 4 euros pour étudiants et chômeurs
Suivie d’un buffet campagnard.

Pour s’y rendre : Métro Maubert-Mutualité, RER B et C (arrêt Saint-Michel), bus 24, 47, 63, 86, 87.


Georges Dillinger est géologue, professeur émérite au Museum d’Histoire Naturelle. Ses travaux sahariens lui ont valu la médaille d’argent de la recherche scientifique (CNRS). Il fait partie de nombreuses institutions nationales et internationales dont l’Académie des Sciences de New-York. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages aux Éditions GD dont : L’Algérie et la France, malades l’une de l’autre et Mai 68 ou la mauvaise graine.
Comme Théodore Monod, Dillinger fait partie de ces hommes de science auxquels le désert a donné un surcroît de profondeur et une parole totalement libre.
À l’issue de la conférence il dédicacera son dernier et récent ouvrage Désacralisée la France devient folle (Éditions Déterna)

Monday, March 12, 2007

Pétition des soignants

Reçu ce courriel de l'Alliance pour la vie :

URGENT
Il faut qu’un maximum de médecins, d’infirmières et d’autres soignants signent la pétition des soignants
« Non à l’euthanasie, Oui à une médecine à visage humain ! »
lancée par l’Association Convergences-Soignants-Soignés à l’initiative du professeur Olivier Jonquet
L’Alliance pour les Droits de la Vie soutient l’initiative du professeur Olivier Jonquet, chef du service de réanimation du CHU de Montpellier, qui souhaite rassembler des milliers de soignants (médecins, infirmières, autres professionnels du domaine paramédical) pour contrer la pétition, publiée hier par le Nouvel Observateur : plus de 2 000 soignants y prétendent avoir pratiqué l’euthanasie et réclament sa légalisation.
Au moment du procès de Saint-Astier et à l’approche d’échéances électorales cruciales, il est essentiel qu’une vaste mobilisation de soignants fasse barrage à ceux qui utilisent ce contexte pour forcer les politiques à légaliser l’euthanasie.
Plusieurs initiatives issues du milieu médical sont en train d’être prises qui, nous le souhaitons, contribueront à montrer que la communauté soignante est très majoritairement hostile à l’homicide légal.
C’est l'appel lancé par le professeur Olivier Jonquet que l'Alliance pour les Droits de la Vie et son président, le docteur Xavier Mirabel vous demandent de signer ou faire signer le plus vite possible par les médecins, infirmières ou autres professionnels de la santé qui vous sont proches. Cette pétition nous paraît la plus apte à rassembler très largement et sans aucun risque de compromission par rapport à toutes formes d’euthanasie.
Pour signer : http://www.adv.org/index.php?id=692&rid=t_12536&mid=90&aC=99b4df98&jumpurl=1
Merci de faire très vite.