Wednesday, August 13, 2014

Réflexions sur la soucoupe volante 2



Celui-ci, je le concocte à partir de plusieurs pièces et morceaux retrouvés sur le même CD de 2003 ou 2004.
Je me suis fait avoir exactement comme Jacques Vallée avec la machine de Turing. Quand il a fait ses études et commencé à aborder l’informatique, c’était encore l’époque héroïque des cartes perforées et la version officielle, répercutée par l’université, voulait que Turing n’ait fait que des expériences sur le papier. Il a fallu attendre le bouquin d’Anthony Cave Brown, Bodygard of lies (La guerre secrète : le rempart des mensonges), en 1975 pour entendre parler d’Enigma et apprendre que Turing avait mis en pratique ses théories sur l’information. Le document confidentiel qui a circulé en 77 sur les essais russes de 76 ne parlait pas de tentatives antérieures. J’ai cru, Chauvin a cru, Michel a cru, Guérin a cru, sans doute Vallée aussi, sans parler de Marie Thérèse de Brosses et de Meessen, etc., etc., que c’était le premier essai en vraie grandeur, même si les Russes avaient du passer quelques années auparavant à déchiffrer les notes assez sibyllines laissées par Tesla et tâché d’élaborer une théorie fiable. Je me souviens même d’une lettre d’Aimé Michel où il me faisait part de ses doutes, affirmant que les Russes avaient 10 ans de retard sur les Américains et qu’il ne les croyait donc pas capables de manipuler les climats comme l’affirmait le document. Il a fallu la fin du régime communiste et l’ouverture des archives du KGB pour que quelqu’un mette dernièrement sur Internet un historique de ces recherches montrant que les premiers essais dataient des années 50, ce qui rendaient plus crédibles des résultats même non maîtrisés vingt ans plus tard. Cela fait partie des choses que j’ai récupérées ces derniers mois. A partir de là, je me suis demandé ce qui était vraiment nécessaire pour « fabriquer » une SV modèle standard, puis modèle élaboré jusqu’à la RR3 ou 4, un machin susceptible d’engendrer le schéma d’enlèvement de Betty et Barney Hill, donc quelque chose qui puisse non seulement catapulter en l’air un disque argenté ou lumineux mais surtout avoir des effets électromagnétiques puissants en dehors des labos, agir sur le cerveau, etc.  Plus les outils de calcul et de modélisation. Et c’est là que… ô horreur… mais dès la fin de la guerre, peut-être même avant…
Un exemple. Je me suis intéressée très fortement dès mes premières années de fac au rêve nocturne et à ses prolongements dans le psychisme à l’état de veille. J’ai toujours appris en ce domaine que les premières découvertes sur le sommeil paradoxal venaient de travaux réalisés dans les années 50 par Kleitman et Dement aux USA et Jouvet en France à partir de l’électroencéphalogramme, technique toute nouvelle, blabla, patin, couffin. C’est dans tous les manuels universitaires de la fin des années 60 (et j’ai passé mon bac en 65, donc…), sauf qu’aujourd’hui on remonte la date de découverte de l’EEG à 1929, Berger, Allemagne. Mais à partir du moment où on possède l’EEG en 1929, on peut découvrir les rythmes cérébraux de la veille et du sommeil bien avant les années 50. On sait donc au moins en gros quelle gamme de fréquences utiliser pour agir sur les cerveaux en modulant des ondes électromagnétiques à partir d’un champ pulsant, champ qu’on sait obtenir depuis qu’on connaît la bobine à induction (Ruhmkorff 1851). Kleitman et Dement auraient du y penser lors de leurs recherches sur le sommeil et le rêve — ils en ont fait subir d’autres à leurs cobayes volontaires, et de plus dangereuses ! — ils n’y ont pas touché, du moins officiellement. Pourquoi ? A-t-on utilisé la découverte de Berger avant les recherches américaines des années 50 ? A-t-on cherché à en tirer des techniques de manipulation mentale ?
Le problème, c’est que les recherches militaires ou des services secrets échappent totalement au jeu normal de la recherche scientifique. Il n’y a pas d’évaluation par les pairs, pas de débat théorique, pas de reprise des expériences par des labos indépendants, bref aucun des outils nécessaires à l’élaboration d’une vision cohérente du réel. C’est normal : ils s’en foutent. Tout ce qu’ils veulent, ce sont des armes, des recettes de destruction ou d’asservissement qu’on puisse cacher à l’adversaire, des savoir-faire et non des savoirs. En France, quand un universitaire s’inquiète, comme on le respecte encore un peu, on lui fait faire une visite de lieux bien proprets où il ne se passe rien. Il va donc répercuter aux chers collègues, à ses assistants et ses étudiants des propos lénifiants. Aux USA et en Angleterre, on lui brandit sous le nez la loi sur le secret défense et, de toute manière, on le considère comme un tâcheron remplaçable. Ce qui m’a frappée et profondément choquée dans le scandale qui entoure le suicide du Dr Kelly, c’est le mépris des politiques et des militaires pour les hommes de science. Des guignols comme le directeur de l’office de presse du ministère anglais de la défense, interrogés dans le cadre de l’enquête Hutton, traitent Kelly de « fonctionnaire relativement subalterne ». Bon sang, entre le background de journaliste ou de publicitaire qu’il faut pour diriger un office de presse et les études et travaux nécessaires pour former un expert mondialement reconnu des armes biologiques et chimiques, y a pourtant pas photo !
Aucun scientifique ne détient la science infuse. Mais il faut tenir compte de deux faits dont le premier est incontournable quel que soit le régime politique : 1, la somme des connaissances humaines est telle aujourd’hui qu’elle dépasse les capacités d’apprentissage et d’analyse d’un cerveau individuel ; 2, la recherche coûte cher et, désormais, les chercheurs à de très rares exceptions près ne travaillent plus grâce à leur fortune personnelle mais sur des fonds publics ou grâce à des fondations. Conséquences : 1, il n’y a pratiquement plus de généralistes de la science, il faut se spécialiser et cela ne fait guère que 10 ans qu’on commence à reconnaître les bienfaits du travail transdisciplinaire ; 2, les recherches font l’objet de contrats assez cadrés avec soit une autorité de tutelle, soit une fondation, soit une branche industrielle ; en d’autres termes, ceux qui payent décident et décident en particulier de ce qui sera publié, dans quel support et quand. Si tu mets ensemble l’intérêt économique, la lourdeur bureaucratique et le secret défense…
Un autre effet pervers, c’est le fossé qui se creuse de plus en plus entre les chercheurs confinés dans leurs laboratoires et le reste du peuple. Ce fossé, c’est la mort de la démocratie, car il ne peut y avoir de démocratie réelle que si chaque citoyen est suffisamment informé — il n’y en a plus si on distingue une France d’en haut et une France d’en bas. Et le pire, c’est que dès que tu sors un chercheur de sa spécialité, il se retrouve dans la France d’en bas, avec les mêmes ignorances et les mêmes doutes que tout un chacun. Or ce fossé vient largement du manque de vulgarisation correcte. On ne trouve pratiquement pas de manuels de base, dans aucune discipline. Il y a un hiatus immense aujourd’hui entre les ouvrages de vulgarisation conçus en général pour des enfants de 12 ans et à partir desquels il est impossible d’aller plus loin, et les articles ou études spécialisés, pointus, écrits pour ceux qui ont déjà les bases et un peu plus. Et les bases, on les trouve où ? Uniquement dans les cours de Deug, à condition de pouvoir les suivre.
Mais revenons à nos coquecigrues.
Il y a quelque chose de démentiel dans la soucoupe, c’est que tout pourrait être un montage scientifique des petits génies ressortis du projet Manhattan, des gens de Princeton ou du MIT et des récupérés de Peenemünde, tout depuis Arnold en tout cas. L’autre jour, pour tout autre chose, je vérifiais sur le Quid les dates de certaines inventions touchant à l’électromagnétisme et à l’informatique. Je me suis aperçue qu’elles remontaient toutes plus haut que je ne le pensais, toutes aux années 30 et 40 en fait et que donc les militaires américains auraient pu jouer à la soucoupe depuis le début de la guerre froide. Douche de la même température sur mes neurones. On a pu nous mentir par omission sur beaucoup de choses, sur des observations classées comme OVNI et qui relevaient d’expériences secrètes, même des cas classiques. On a pu construire en 1952 l’HET comme une couverture commode. Tout est possible dès le départ, alors que je croyais que ce cirque n’avait débuté qu’en 76. Sauf que le phénomène d’aujourd’hui ressemble à ceux des époques non industrielles où les expériences militaires et la CIA n’expliquent rien, sauf aussi que certains phénomènes connexes nous renvoient à un jeu de balancier sur le temps que ces inventions n’expliquent pas non plus. Et voilà qui nous renvoie à la case départ ? Pas tout à fait.
Nous pouvons enfin aborder les faits en étant débarrassés de l’image a priori du vaisseau spatial instillée depuis 1952 au moins. Maintenant il va falloir nous débarrasser de la même façon de l’image a priori du folklore et du mythe. Il va falloir faire ce par quoi on aurait du commencer : des mesures ou tout au moins des estimations quantitatives. Ce qui démolit l’ufologie ou, du moins, la fait stagner et l’empêche de se constituer vraiment comme science depuis plus de 50 ans, c’est qu’on a mis le plus souvent la charrue avant les bœufs. On a cherché des hypothèses globales (HET, HPS) au lieu d’étudier patiemment et humblement ce qui pouvait l’être. A de rares exceptions près dont Vallée, Hynek, Poher, Bounias et Meessen. Leur travail n’était pas parfait ? La belle affaire ! Depuis quand un travail scientifique est-il parfait du premier coup ? Il a fallu deux siècles pour passer du phlogistique à la physique des plasmas. Et alors ? Seulement, si on n’avait pas persévéré dans la mesure et l’estimation quand le phlogistique ne permettait plus d’expliquer les faits, on n’aurait jamais abouti aux plasmas.
Oui, il faut douter, oui, il faut se poser des questions. Il faut aussi reprendre ce qu’on sait déjà pour cerner les questions à poser ensuite. Si Meessen a découvert que le flou dans les photos de la vague belge ne vient pas de l’émotion des photographes mais d’un rayonnement à une fréquence bien précise dans l’infrarouge, c’est parce qu’il est physicien et qu’il a pensé à faire des mesures et des simulations. Admettons qu’un petit futé parvienne à reconnaître un objet connu, un avion par exemple, sur une de ces photos. Cela ne signifierait pas que Meessen est un « krank », cela signifierait que l’avion en question émet des infrarouges bien précis — ce qui pourrait intéresser un espion industriel, d’ailleurs. Vallée proposait en 1966 d’étudier les photos d’OVNI certes pour éliminer les trucages mais aussi, quand trucage il n’y avait pas, pour établir des profils de luminosité et des isophotes pour savoir s’il y avait ou non objet matériel. En fait, c’est ce qu’on fait pour savoir s’il n’y a pas un montage du genre enjoliveur de roue jeté en l’air. Mais a-t-on comparé les profils obtenus ? A-t-on fait ne serait-ce qu’une étude statistique des photos non truquées ? Là je peux répondre : non, parce que pour les partisans de l’HET, ce serait du blasphème et pour les partisans purs et durs de l’HPS, ce serait inutile puisque chaque cas ne vaut que pour lui-même.  Je pense à la critique des stats de Poher par Maugé. Poher s’est planté dans le catalogue ? Fort bien. Cela invalide ses résultats ? Pas sûr, cela dépend si l’erreur est systématique ou pas. On peut avoir le même type de courbe avec 710 cas qu’avec 825. Le phénomène obéit-il aux lois de l’optique ? Maugé ne peut pas le dire mais ne peut pas le nier non plus, puisqu’il a négligé de refaire le travail, qu’il s’est contenté de le critiquer d’un point de vue méthodologique. Cela, c’est effectivement un travail démolisseur, mais pourquoi ? Parce que Maugé a remplacé un préjugé (HET) par un autre (HPS). Je l’avais assez engueulé en direct à l’époque pour pouvoir le redire.
Quand je disais que je croyais que tout avait débuté en 1976, je parlais de l’utilisation de la soucoupe volante et de la mythologie ET comme cache-pot pour les expériences militaires. Les diableries elles-mêmes, on pourrait les faire remonter à l’origine de l’homme, voir les silhouettes humaines lardées d’épieux retrouvées gravées sur certaines grottes magdaléniennes. Pour ce qui est du nucléaire, de la chimie, etc., et surtout l’électromagnétisme et l’informatique, les années 40 et 50, oui, c’est ce qu’on nous dit — mais ce qui m’a mise sur le cul l’autre jour, c’est de m’apercevoir que les principales découvertes, sauf le maser/laser et encore, remontent en fait aux années 30 et parfois aux années 20, soit dix à quinze ans avant ce qui est officiellement et officieusement raconté. Et là, ça change complètement la donne parce que des machins dont nos parents et grands-parents ne disposaient pas dans leur vie quotidienne pouvaient très bien exister déjà à quelques exemplaires chez un milliardaire comme Rockefeller ou dans les hangars des armées.

Réflexions sur la soucoupe volante





Encore une vieille lettre gardée pour en tirer un article. Eh bien, c’est fait, et en dix ans il n’a pas pris une ride, juste une ou deux corrections à apporter parce que la science a continué sa route.
Premier point : que sait-on de sérieux sur la soucoupe volante, depuis celle de grand papa (je veux dire Kenneth Arnold) jusqu’à nos jours si l’on écarte les deux mythologies dominantes, celle de l’ET et celle du tout psychosociologique ? Trois choses, qui reviennent en permanence et traversent tous les folklores : c’est lumineux, il n’y a pas d’effet sonore ou alors de type bourdonnement/sifflement à la limite d’audition humaine, tous les effets physiques qui ont pu être décrits ou parfois mesurés sont de type électromagnétique. Ces trois effets sont cohérents avec une hypothèse de champ électromagnétique (em). Voir à ce propos les conclusions du projet Magnet (1950-1954) et celles de Bounias sur Trans-en-Provence en évitant de leur faire dire autre chose que ce qu’ils disent.
Second point : le cerveau est une superbe machine em. On en avait un indice depuis Galvani, on s’en doutait depuis la fin du XIXe siècle, on le savait depuis les expérimentations de la fin du XIXe siècle puis les premiers EEG des années 50, mais la mode intellectuelle et le poids de gens comme Changeux l’ont fait oublier au bénéfice de la version chimique de son activité. Les militaires n’ont jamais cessé de s’y intéresser mais avec de gros sabots, uniquement dans le but de le perturber gravement. Actuellement, les chercheurs civils sont en train de comprendre qu’il est sensible à d’infimes variations des champs environnants. Merci pour Yves Rocard qui l’avait déjà mis en évidence il y a quarante ans. Conclusion : un phénomène em, peut-être assez intense pour bousiller les luzernes de Trans en Provence, a forcément un effet sur le cerveau des êtres vivants, homme compris. Pas seulement sur le cerveau, d’ailleurs. La sensibilité aux champs magnétiques semble une composante essentielle du vivant. Et quand je parle de sensibilité, il ne s’agit pas que de perception, il s’agit d’en être affecté en profondeur.
Troisième point : Une planète comme la Terre, porteuse de vie, est aussi une superbe machine em. En dehors de la rotation autour du soleil, effet de la gravitation, pratiquement tout ce qui s’y passe à l’échelle macroscopique, des climats aux séismes et aux cycles écologiques, de la couche d’ozone aux ceintures de Van Allen, a quelque chose à voir avec l’électromagnétisme, directement ou indirectement. Et l’on sait que le champ terrestre est complexe, qu’il évolue dans le temps. On sait que sporadiquement, ses pôles s’inversent. Or, il y aurait deux remarques à faire en étudiant la courbe des inversions telle qu’on a pu la reconstituer. Primo, il y a eu au moins deux périodes très longues (plusieurs millions d’années) durant lesquelles les pôles n’ont pas bougé. Lorsque, ensuite, se produit une inversion, elle coïncide avec une extinction massive d’espèces vivantes et donc le renouvellement de tout l’écosystème. Deuzio, l’espèce humaine a peut-être déjà connu une de ces inversions ; pas l’homme moderne mais celui qu’il est convenu d’appeler prénéandertalien, depuis qu’on s’est aperçu que les beaux classements darwiniens des paléontologues ne collaient pas avec les études génétiques.
Quatrième point : Depuis les travaux de Tesla et malgré son échec commercial, on n’a pas cessé de s’intéresser à la maîtrise de ces champs. Le projet HAARP n’est que la pointe actuelle de l’iceberg. Les risques sont immenses, mais les potentialités aussi. Les militaires cherchent un moyen de rendre des populations entières, censément hostiles, plus cruches. Rien n’empêcherait de jouer sur les mêmes méthodes pour augmenter les performances de l’espèce.
Cinquième point : le champ magnétique terrestre n’est pas isolé dans l’espace. Il est englobé dans le vent solaire et dans une sorte de danse énergétique entre au moins Soleil et Jupiter, avec leur pulsation fondamentale de 11 ans et des broutes. Au delà, on ne sait pas, car nos bons astrophysiciens n’ont pas encore cartographié l’univers de ce point de vue : on sait ce qui se passe aux abords de points singuliers comme les trous noirs, ou dans ces protogalaxies que seraient les quasars, mais c’est à peu près tout. Et comme on n’a pas encore de théorie grand unifiée qui tienne la route pour faire le lien entre électromagnétisme et gravitation, on se contente de lister et d’étudier les objets exotiques qu’a révélés le télescope spatial.
Sixième point : l’histoire. L’évolution de l’univers, du vivant et des connaissances humaines peut se placer sur la même courbe globalement exponentielle, une exponentielle d’ailleurs très serrée, à la limite d’une factorielle (non seulement ça va de plus en plus vite, mais de manière vertigineuse). Le paradoxe, c’est qu’une activité libre comme l’invention humaine s’inscrive au bout du compte sur une courbe qui régit entre autres la naissance des étoiles. Mais peut-être faut-il prendre en compte la réception sociale de l’invention. Les Eléates avaient tout entre les mains pour inventer le calcul différentiel et intégral, c’est évident quand on relit Zénon, et ils s’intéressaient au mouvement, fût-ce pour le nier. Bref, Copernic et Newton auraient été parfaitement concevables dans la Grèce présocratique. La confiture n’a pas pris. Pourquoi ? J’ai longtemps pensé que c’était faute d’un formalisme mathématique, d’un langage en a, b, c, x, y, +,-,= et ( ). J’avais tort. Les Grecs ne l’utilisaient pas pour écrire leurs traités mais ils faisaient leurs calculs avec un formalisme de ce type. De plus, leur mythologie ne divinise pas sérieusement les astres : Zeus et Héra n’arrêtent pas de placer des mortels parmi les étoiles, ce qui est très bien pour des fables mnémotechniques de marins mais ne risque pas d’empêcher un philosophe d’étudier le mouvement des planètes.
Septième point : l’histoire, comme lieu d’incarnation de la pensée mythique, le plus souvent inconsciente. Un exemple : le consensus lors de la première guerre du Golfe. Personne n’était dupe, sauver le Koweït signifiait surtout contrôler le pétrole. Mais il y avait dans ce consensus et son immédiateté quelque chose de plus irrationnel que la simple propagande ne l’aurait permis. Mais c’est P. G. qui m’a fait remarquer que cela correspondait exactement à l’une des prophéties du Livre de Daniel telle qu’on la trouve dans les Bibles protestantes : « Un bouc venait de l’occident en rasant toute la surface de la terre sans la toucher… il frappa le bélier et lui brisa les deux cornes, sans que le bélier eût la force de lui résister, il le jeta par terre et le piétina et il n’y eut personne pour délivrer le bélier de son pouvoir. » (Daniel 8, tout le chapitre est à relire) Comme ensuite la corne du bouc se brise et se transforme en 4 cornes, tous les exégètes voient dans ce passage les conquêtes d’Alexandre et la formation des royaumes hellénistiques. Il n’empêche que c’est devenu comme un modèle mythique inconscient de la politique menée environ 2300 ans plus tard — or il est question de 2300 soirs et matins dans cette prophétie. Cela ne valide pas forcément Daniel, mais ça montre comment fonctionne l’inconscient collectif. On en trouverait d’autres exemples, lors d’événements majeurs.
Huitième point : la patrouille du temps. On ne peut envisager un voyage spatial purement spatial, il y a forcément une composante temporelle. Je me suis demandé comment un historien pourrait mettre en évidence un tripatouillage de l’histoire par des acteurs temporels, puisque nous savons qu’aucun Superman ne s’est présenté es qualités à des témoins crédibles comme Pline le Jeune ou Louis XIV ! Une piste ténue : les répétitions convergentes. La théorie mathématique du chaos, ou les systèmes dissipatifs de Prigogine : un tourbillon se forme et s’entretient. Ouais, mais dans une rivière, pour qu’il demeure dans le paysage, il faut qu’une pierre divise le flot. Cherchons les tourbillons un peu trop stables, ils suggèrent la présence d’une pierre ou de son équivalent. J’en ai au moins repéré un, qui dure depuis le Xe siècle : par six fois, l’union de la France et de l’Angleterre a été souhaitée, préparée, et empêchée au dernier moment, sauvant ainsi la langue et la culture anglaises ; et par 11 fois, ce qui n’est pas rien, l’implantation ou la prééminence française sur ce qui allait devenir les USA a été ratée. Cela fait beaucoup d’événements pour entretenir le tourbillon qui prépare depuis Charles le Chauve l’hégémonie américaine actuelle et peut-être future. Et l’ennui, c’est qu’il y a au moins une irruption paranormale impossible à cacher dans cette affaire : Jeanne d’Arc. Atypique parmi les héros politiques et atypique parmi les saints, ce qui fait beaucoup pour une seule donzelle. J’en avais beaucoup discuté avec Aimé Michel qui faisait la même lecture que moi : les Anglais devraient élever des statues à Jeanne, elle a sauvé leur langue et leur culture. Mais à ce moment, je n’avais pas encore vu, et lui non plus, que 17 événements répartis sur un millénaire concouraient à alimenter le tourbillon. C’est d’autant plus frappant que ces 17 ratages se sont le plus souvent produites contre le souhait des acteurs ou d’une grande partie des acteurs.
Il y a d’autres événements où la volonté des acteurs semble submergée par une situation devenue incontrôlable. En général, on peut  repérer qu’un ou plusieurs mythes sont à l’œuvre, comme dans le cas de la guerre du Golfe. Mais impossible ici et, plus étrange, le mythe de Jeanne d’Arc a été bâti à l’inverse de la portée réelle des événements, comme un masque (Jeanne a sauvé l’indépendance française — faux, elle a sauvé l’indépendance anglaise ; Jeanne a seulement obéi aux voix célestes — ouais, alors pourquoi sa venue était-elle préparée depuis deux ans par des prophéties de circonstance ? Etc.).
Le problème, c’est que j’ai démontré l’existence d’un tourbillon, d’une structure téléonomique pour le dire en langage acceptable par la Sorbonne, mais si ce tourbillon suggère une pierre cachée dans le courant, je n’ai aucune idée de la nature réelle de cette pierre. C’est le même problème que Vallée avec son système de contrôle. C’est vrai que le rythme des vagues d’OVNI ressemble à celui d’un apprentissage comportementaliste et même à la courbe d’activité d’un thermostat. On peut supposer que quelque chose est à l’œuvre sur une échelle temporelle assez vaste mais quoi, pourquoi et à quelle échelle ?
Neuvième point : l’une des performances recherchées avec le programme HAARP, c’est la possibilité de moduler des ondes à ultimes basses fréquences de manière à ce que le cerveau serve de récepteur radio. En d’autres termes, des populations entières pourraient entendre des voix dans leur tête. Les militaires qui pensent en termes de guerre classique, peuple contre peuple, voient là un moyen de propagande ou d’affaiblissement d’une armée (difficile de piloter un jet en entendant des voix qui te donnent des consignes stupides, par exemple celle de te crasher sur ton propre aérodrome), mais on pourrait aussi cibler un récepteur unique ou un tout petit groupe de récepteurs. Pour l’instant, on ignore si le principe pourrait fonctionner aussi pour créer une « télévision cérébrale » ou l’immersion dans une réalité virtuelle poly-sensorielle.  Disons que le futur de cette technologie rejoint étrangement des événements du passé, par exemple les voix de Jeanne.
Dixième point : les cartes marines anachroniques. On ne parle plus beaucoup de Piri Reis en ce moment, ni des travaux de Hapgood sur d’autres portulans du XVe siècle manifestement copies de copies… d’originaux assez antiques pour que les tracés des côtes représentent exactement la terre telle qu’elle était vers –11 000 à –9000, à la sortie de la dernière glaciation, à l’aube du néolithique. C’est à dire à une période où, malgré toute l’explosion culturelle qu’elle représente, on ne possédait ni satellite ni avion ni montgolfière, ni appareil photo, ni même chronomètre de précision pour le calcul de la longitude. Or les portulans étudiés par Hapgood, une fois retrouvée leur grille de projection, sont sur de larges portions aussi exacts en latitude/longitude que nos actuelles cartes marines, et se mettent à dérailler dans d’autres zones, comme si le modèle exact manquait ou comme si l’adaptation de deux fragments à la même échelle avait rencontré des difficultés. C’est sans doute plus rassurant de passer les travaux de Hapgood aux oubliettes, le problème qu’on ne voit pas et le livre qu’on ne réédite pas n’empêchent pas de dormir. Mais rien n’est résolu.
Onzième point : Pourquoi l’Australie a-t-elle été évitée des navigateurs tant asiatiques qu’européens depuis le paléolithique jusqu’au XIXe siècle, alors que le détroit de Torrès qui la sépare de la Nouvelle Guinée fait moins de 200 km, avec deux îles s’il est besoin d’étapes, et que les pirogues mélanésiennes permettent de naviguer sur plusieurs milliers de km ? Pourquoi sa faune marsupiale n’a-t-elle pas eu de concurrence alors que le plateau continental est tel qu’aux époques de niveau de la mer plus bas qu’aujourd’hui, toutes ces îles étaient d’un seul tenant, en particulier Australie et nouvelle Guinée — laquelle n’a plus de marsupiaux ? Les hommes sont passés, sinon pas d’aborigènes. Pas les animaux, pratiquement pas les plantes. Pourquoi ? S’il y avait un interdit implicite (puisqu’on n’en a pas trouvé, à ma connaissance, d’explicites dans les cultures régionales), qu’est-ce qui le maintenait ? Qu’est-ce qui a rendu une terre aussi grande quasiment invisible alors que les Portugais au XVIe siècle puis les Français, les Anglais et les Hollandais au XVIIIe cartographiaient le moindre bout de caillou du genre Galapagos ?
Les éléments ne s’emboîtent pas encore de manière cohérente et toutes les pièces du puzzle ne sont pas encore sur la table mais on devine un paysage possible. Le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il semble plus exotique que ne le voudrait la frilosité intellectuelle de notre temps.

Une recherche sur l’amiral Byrd et l’Antarctique.



Ce texte de 2003 faisait partie d’une correspondance échangée avec un ami dont j’avais suivi les cours à la Sorbonne et que je retrouvais dans le cadre du Centre Européen des Mythes et Légendes. Il était resté sur un CD de sauvegarde, oublié… A le relire, il me semble s’inscrire dans les préoccupations de ce blog.

L’ensemble des papiers de Byrd a été donné par la famille à l’université de l’Ohio. La liste est disponible sur la toile mais il y a beaucoup de choses qui n’intéressent que les historiens stricto sensu. Dans tout cela, le plus intéressant, ce sont les cartes et, s’il y en a, des relevés géomagnétiques (c’est enregistré en bloc comme « relevés scientifiques »). Il serait intéressant de comparer point par point les cartes de Byrd à celles des atlas récents — et surtout aux impossibles portulans du XVe siècle ! Il serait encore plus intéressant de regarder les données géomagnétiques et d’établir des comparaisons avec les données plus récentes, de faire un diagramme du déplacement des pôles. En dehors de ce site et de quelques panégyriques ennuyeux, on trouve évidemment tout ce qui tourne autour du mythe de la terre creuse, les grands délirants et les grands sceptiques se partageant le domaine, comme de juste. Les grands délirants font d’ailleurs sans le savoir, puisqu’ils y croient au premier degré, de l’excellente mythopoièse. Tout y est, les gnomes et les Elfes, les étoiles et les souterrains, les vaisseaux de lumière et les cités de cristal… Je suis tombée toutefois sur un site assez intéressant, celui de Dennis Crenshaw, The Hollow Earth Insider. Il veut croire à la terre creuse et aux mondes souterrains mais aussi éliminer les contes pour présenter un dossier solide. Il en ressort que 1, le voyage allégué de Byrd en février 1947 vers le pôle nord, mentionné pour la première fois par Giannini en 1959, n’a jamais eu lieu (il préparait alors l’expédition vers le pôle sud) ; 2, le texte qui circule depuis les années 70 sous le titre « Journal perdu de l’amiral Byrd », est un faux grossier. Il a été publié par un groupe nommé The Society for a Complete Earth fondé par un Amérindien, le capitaine Tawani Wakawa Shush, au fin fond du Missouri et ce texte reprend pratiquement sans changement les dialogues du film de 1937, Horizons perdus. Mais on relève plusieurs choses importantes autour de ces faux. 
 
Giannini ne croyait pas à la terre creuse mais à un corps fusoïde tel qu’il n’existe pas de solution de continuité entre la Terre et les autres planètes du système solaire. Il avait reçu cette révélation lors d’une randonnée dans une forêt de Nouvelle Angleterre, sous une forme visionnaire. Il semble avoir interprété de travers, ou plus exactement à travers l’inculture crasse de l’Américain moyen, une vision relativiste de l’univers — mais il aurait confondu la courbure de l’espace-temps avec une surface solide. A moins qu’il n’ait vu les lignes de force magnétiques du système solaire, vent solaire et Terre d’énergie. L’intéressant, c’est le lieu où se passe cette révélation : dans les forêts où Algonquins et Iroquois allaient chercher des visions de connaissance. Les Iroquois en particulier recevaient des arbres les visions et les grands rêves qui leur permettaient ensuite d’opérer des guérisons. Ils devaient alors tailler dans l’écorce d’un arbre vif, sans le faire périr, le masque de l’entité qui les avait enseignés, puis recevoir, toujours en vision, une danse et un chant de guérison. Après seulement venait l’apprentissage humain des autres danses et des autres chants. Giannini était un Blanc dont les actuels « chamans » se nommaient Einstein, Bose, Oppenheimer, etc. : il a reçu une vision adaptée aux problèmes des Blancs. S’il l’a compris de travers, ce n’est pas la faute des arbres qui, semble-t-il, l’ont retransmise. Ce Giannini a écrit en 1959 un livre intitulé Worlds beyond the Poles : Physical continuity of the Universe ; il affirme que ce titre lui vient d’une phrase de Byrd : « J’aimerais voir ce territoire au delà du pôle. La zone au delà du pôle est le centre du grand inconnu. » Problème. Sous la plume de Byrd, tout ce qu’on trouve qui ressemble à cette phrase, c’est un article du National Geographic Magazine d’octobre 1947 intitulé « Notre marine explore l’Antarctique » dans lequel Byrd parle à plusieurs reprises du « mystérieux territoire au delà du pôle ». 
 
Quant à la Société pour une Terre Complète (à tous les sens du terme, c’est très ambigu), elle reprend comme emblème celui de la Thule Gesellschaft et situe dans le monde intérieur, via le pseudo-journal de Byrd, une super-race aux cheveux blonds et aux yeux bleus, les Arianni, qui vivraient dans une cité de cristal… Outre que je ne serais pas rassurée de vivre dans des immeubles de cristal dont il faudrait éloigner toute musique, tout chant et même tout cri qui risquerait d’atteindre la fréquence de résonance et de tout briser, je trouve un peu bizarre cette référence aux Aryens blonds de la part d’un Amérindien du Missouri, probablement sioux. Je crois que, dans cette histoire, tout se passe dans le monde du Rêve et du symbole. Ou en terre de Gorre… mais aussi que, contrairement aux actuels délirants du Web, Tawani Wakawa Shush savait très bien ce qu’il faisait et qu’il reprenait les thèmes volkisch germaniques en connaissance de cause. Je précise d’ailleurs bien volkisch et pas forcément nazis. Cela ressemble encore à une tentative amérindienne pour fournir aux Blancs présents sur le territoire américain des mythes qui leur ressemblent.

Reste que les missions de Byrd ont tout de même été en partie couvertes par le secret militaire, comme d’ailleurs la mission allemande de 1938, celle du Schwabenland. Crenshaw fait remarquer à ce propos deux choses intéressantes. L’expédition américaine de 1939 était officiellement un prolongement de la doctrine Monroe, s’assurer de la partie de l’Antarctique qui fait directement suite à la Terre de feu, une riposte à l’expédition allemande — pourtant cette expédition ne s’est jamais préoccupée de ce que faisaient les Allemands, Byrd n’a même pas essayé de les espionner. Pourquoi ? Deuxième problème : le croiseur des neiges, le véhicule énorme, suréquipé, qui devait permettre à Byrd d’atteindre le pôle. Il débarque, il roule sur 1,6 km et — silence radio. Plus personne n’en parle et le pôle est atteint par les petits véhicules. La version officielle (?) reprise par je ne sais plus quel auteur de SF, c’est qu’il n’a pas pu rouler à cause d’un problème de lubrifiant, de carburant ou de circuit de refroidissement du moteur qui ne tenait pas les grands froids. Un doigt dans le nez et le derrière qui se tortille : « L’ingénieur, il avait pas prévu… » On se moque de qui ? Je pense pour ma part qu’il y avait deux expéditions en une et que le pôle qui intéressait le croiseur des neiges n’était pas le point géographique mais le point magnétique, pour des mesures dont la presse n’avait pas à connaître.

Je ne crois pas à la terre creuse. Cela ne colle pas avec les mesures géophysiques et encore moins avec les photos satellites. Par contre, il se passe aux alentours des pôles magnétiques des choses tout à fait singulières. Avant de les aborder, quelques remarques s’imposent. Primo, la physique quantique date de 1904, la relativité de 1905, le radar de 1900, la mécanique ondulatoire de 1924, la première tentative d’unification théorique de l’électromagnétisme et de la gravitation par Kaluza et Klein de 1921-26. Donc déjà en 1938, on était capable de penser antigravitation, interactions électromagnétiques sur l’espace-temps, etc. Voir la Philadelphia Experiment qui va suivre et sur laquelle tant de bêtises furent dites. A ce propos, la Navy est un arracheur de dents — pour la qualité des mensonges, évidemment. Ils ont fini par avouer du bout des lèvres qu’il y avait bien eu des expériences en 1942-43 mais qu’elles portaient seulement sur l’invisibilité radar, la furtivité, et qu’elles furent abandonnées à cause de mauvais résultats. C’est vrai — sauf les omissions qui en font un mensonge bien rond, bien chaud, bien fumant, à rallonger de 5 km le nez de Pinocchio. La seule façon d’obtenir la furtivité radar dans l’eau, c’est de disperser les ondes incidentes de manière à ce qu’elles ne reviennent pas sur le récepteur, donc de créer un champ électromagnétique bien calculé autour du navire, assez intense pour aller assez loin et que l’ennemi ne reçoive plus que l’écho habituel des vagues. Il semble que ces champs ont eu des effets secondaires tout à fait imprévus mais pleins d’enseignement pour les génies qui travaillaient alors pour la Navy avant de rejoindre le projet Manhattan. En particulier pour Rosen, l’assistant d’Einstein à l’époque. Un drôle de personnage qui pourrait fort bien avoir vendu lui-même la mèche sous le masque du fameux Carlos Allende qui lui ressemble plus qu’au matelot Allen. En 1947, les leçons de ces expériences avaient été tirées. 
 
Secundo, en 1947 encore, on a la fameuse recrudescence d’observations de phénomènes insolites — ceux que les journalistes vont appeler « soucoupes volantes ». Or chaque fois qu’on a pu faire des mesures lors d’une observation ou après, on s’est aperçu que les principaux effets des OVNI sont d’ordre électromagnétique. La toute première étude des OVNI réalisée par l’US Air Force, le fameux projet Sign, prenait le problème à la hussarde : nous savons que ce n’est pas nous ; donc, c’est les Russes ou les Martiens ? La réponse fut plus mitigée que ne l’auraient voulu les hauts gradés du Pentagone : ce n’est pas les Russes, mais ça ne ressemble pas non plus à des vaisseaux capables de traverser l’espace. Pas nous, pas les Russes, pas les Martiens ? Diantre ! Voilà qui nécessite une étude poussée, donc secrète, et de faire retomber l’intérêt du public. Ce dernier point étant un défi impossible et les étranges lumières ne faisant pas exploser prématurément les bombes H dans leurs silos douillets, les mêmes gradés ont fini par aider à construire un légendaire extraterrestre1 pour servir de couverture à leurs essais secrets, quitte à faire voler des drones munis de projecteurs colorés au dessus de l’area 51 pour détourner l’attention des F117 et autres B2 — mais sans cautionner ce mythe, bien sûr, d’où le rapport Condon et la politique systématique de démentis. Tout cet ensemble bipolaire, mythe ET manipulé + rationalisme de bon ton, n’empêche pas les étranges lumières de revenir, encore et encore, identiques à ce qu’elles furent de siècle en siècle, par vagues imprévisibles et dans certains lieux choisis où il serait plus qu’intéressant d’installer un magnétomètre à demeure. Les ufologues commençaient à dangereusement s’approcher de ces domaines réservés entre 1976 et 1979, quand les services secrets avec une touchante unanimité pour une fois ont réactivé le dipôle mythe ET (petits gris)/négation (hypothèse psychosociologique) pour casser la communauté de ces emmerdeurs de chercheurs indépendants et faire mettre au rancart le réseau de grossiers magnétomètres à beuglante qui commençait de couvrir le monde sous l’étiquette « détecteurs d’OVNI ». Le mien détectait surtout le démarrage du tracteur du voisin, mais passons… C’était l’époque héroïque !

Donc, quand on parle du pôle et de bizarreries, oublions le pôle géographique ou écliptique, l’axe du monde, le mont Analogue et la dérive périodique des constellations. Même si c’est géographiquement proche, ce n’est pas le sujet. Il faut voir la Terre comme une bulle d’énergie, oublier la matière solide, oublier la localisation dans l’univers pour ressentir la danse de son champ magnétique. La perception du pôle se transforme radicalement. Ce n’est plus l’axe de rectitude autour duquel tourne la planète, mais les points de tension, complémentaires et antagonistes comme aurait dit Lupasco, qui ordonnent le chaos. Yin et Yang, ou du moins l’une de leurs expressions. Au nord, le pôle ne cesse de danser, quotidiennement autour de sa position moyenne, en dessinant une ellipse qui peut s’éloigner de 80 km du point idéal (il y a même parfois plusieurs pôles nord actifs sur cette ellipse) et séculairement par une lente dérive qui, de manière étonnante, le rapproche aujourd’hui du pôle géographique mais le long d’une sorte de spirale vers l’ouest. Au sud, il semble que ce soit plus ramassé, plus ponctuel, mais je n’ai pas encore trouvé de données précises. De plus ces pôles réels ne sont pas aux antipodes l’un de l’autre, il n’y a pas d’axe passant par le centre de la Terre. Pour simplifier le calcul, on utilise parfois des points moyens fictifs et un axe dont l’angle avec l’axe géographique est de 11°5, et c’est ce qu’on voit sur certaines cartes, mais l’aiguille de la boussole les ignore ! Enfin, le champ est plus intense au sud qu’au nord et de plus il varie avec les cycles diurne, saisonnier, sans doute aussi avec la Grande Année. Ces pôles ne sont que l’une des composantes du champ total, l’autre est un octopôle, donc un champ tournant ou pulsant, comme une sorte de cœur énergétique profond de la Terre. Un vortex naturel, permanent dans son impermanence. Enfin, certaines publications sur le web, celles d’Annick Chauvin de Géosciences Rennes, mise à jour 22 septembre 2003, évoquent la mise en évidence de « plusieurs secousses rapides dans l’évolution temporelle du champ magnétique » dont l’origine est interne (cela s’agite dans le magma).

Je cite encore Annick Chauvin : « Il paraît acquis que le champ magnétique existe à la surface de la terre depuis au moins 3,5 milliards d’années. » Or les premières traces de vie, les bactéries bleues unicellulaires apparaissent entre 3,8 et 3,4 milliards d’années. Et d’autres études montrent que le vivant, sans parler du cerveau, est extraordinairement sensible aux variations du magnétisme. Ce qui, entre parenthèses, pourrait amener un jour à réhabiliter Mesmer, mais passons.

Il faut vraiment voir la Terre d’énergie comme une danse, en perpétuel mouvement et transformation. Les pôles magnétiques se déplacent de 40 km par an environ en ce qui concerne le mouvement séculaire et de manière irrégulière, beaucoup plus lente, le dipôle s’affaiblit, l’octopôle prend le relais, puis les polarités s’inversent, le nord devient le sud et réciproquement. C’est comme une fleur qui s’ouvre avant de redonner un fruit. Et là, il n’y a plus de cycle régulier, calculable, mais une succession de « vagues » imprévisibles (comme les vagues d’OVNI, mais sur des durées de plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années). Enfin, pour ma part, je suis persuadée qu’en faisant une bonne analyse de Fourier on trouverait des cycles derrière cette succession irrégulière mais, pour l’instant, on ne les connaît pas. Tant que ce mouvement est « rapide », de l’ordre de 10 à 100 millénaires entre les renversements, il semble favoriser la vie. Mais lorsque une stase intervient et que, sur plusieurs millions d’années, les pôles ne changent pas, la reprise du mouvement est cataclysmique. Je me suis aperçue qu’elle correspondait aux grandes solutions de continuité où de nombreuses espèces s’éteignent et où la vie repart sur d’autres bases : fin de l’ère primaire, la vie jusque là confinée au milieu aquatique redémarre mais sur la terre ferme ; fin de l’ère secondaire, des dinosaures et des plantes à spores, la vie recommence avec les mammifères et les plantes à fleur. Mais même dans les cycles courts, l’inversion semble s’accompagner d’une forme de recréation, d’une aurore de la nature. Je n’ai pas encore pu le mettre en évidence de manière irréfutable, faute de précision suffisante dans les données2.

Autre chose, essentielle. La Terre matérielle, le plancher des vaches et l’océan réunis, et même l’air respirable n’occupent qu’un tout petit espace au centre de la Terre d’énergie. En gros, le rayon de la Terre est de 6370 km ; mais pour obtenir celui de la Terre d’énergie, il faut rajouter 63 000 km environ. Au delà, le vent solaire l’emporte. Nous vivons sur un grain de poussière au cœur d’une immense rose de moins en moins matérielle et de plus en plus énergétique, plus on va vers le bord des pétales. Tout cela est très structuré, avec diverses couches — mais aussi très intense, avec des courants, des tourbillons, des foudres. Tout de même, les trois pôles, ceux de la Terre matérielle, ceux de l’écliptique ou de la Terre entre les étoiles et ceux de la Terre d’énergie sont géographiquement proches, plus resserrés au nord, plus écartés au sud pour l’instant. Et les lignes de force du champ magnétique convergent dans ces régions polaires et plongent vers le centre de la planète.

Que se passe-t-il lors du renversement des pôles magnétiques ? Le dipôle s’affaiblit, il reste un champ octopolaire et donc pulsant. On connaît partiellement les effets d’un tel champ sur le vivant et surtout sur le cerveau. On sait que cela favorise des états à la fois visionnaires et hyperlucides. On connaît moins les effets sur le climat, sur les séismes, sur les volcans, sur l’ionosphère et les ceintures de van Allen protectrices de la vie, sur la couche d’ozone et autres composantes de la chimie de la haute atmosphère, etc. Mais on sait que taquiner le champ magnétique terrestre a des effets à tous ces niveaux.

Officiellement depuis les années 50, les militaires américains et russes se sont intéressés à ces questions, chacun à leur manière. Les Américains, comme d’hab, ont travaillé avec la grosse artillerie, à savoir la Bombe ; les Russes, comme d’hab aussi, ont travaillé avec les ondes et les mathématiques de pointe — le régime soviétique n’avait rien changé à leur génie profond. Les Américains aiment vaincre sans péril et si possible s’attaquer à plus faible qu’eux ou, du moins, affaiblir considérablement l’adversaire à distance avant de l’affronter directement. Leur stratégie a toujours été la préparation par un déluge de feu, cela commence avec l’artillerie de la guerre de Sécession et culmine avec la bombe d’Hiroshima. On en a vu encore quelques exemples récents. Donc les questions qu’ils se posent et depuis longtemps, c’est comment utiliser la Terre d’énergie pour (liste non exhaustive) :
  • Paralyser les moyens énergétiques, les capacités de guidage et de repérage de l’adversaire, sa radio puis son électronique (guerre électromagnétique)
  • Détruire ses moyens de subsistance et affaiblir à la fois ses capacités et son moral (guerre climatique)
  • Détruire ses bases même souterraines et ses villes pour faire bonne mesure (guerre sismique, guerre par infra et ultrasons)
  • Détruire sa capacité de compréhension et de décision, bref abêtir sa population, la rendre infrahumaine (guerre par modulation d’ondes)
Les Russes, eux, ont surtout travaillé dans l’idée de prendre secrètement la maîtrise des climats, des psychismes, etc., d’en retourner la puissance à leur profit plutôt que de tout casser. En l’analysant à la chinoise, on pourrait dire que les Américains font du karaté basique, yang contre yang ; au mieux, mais c’est rare, de l’aïkido, yang contre yin ; alors que les Russes pratiquent le judo et le tai ji, yin contre yin et yin contre yang. C’est un constat, pas un jugement. Sauf qu’un guerrier ou un chevalier au sens traditionnel travaille avec les deux polarités et les quatre oppositions. 
 
Mais destruction ou maîtrise secrète des climats, des cerveaux, des communications exigent de produire, moduler et diriger deux types d’ondes électromagnétiques, des micro-ondes d’une part et des ondes à extrêmement basse fréquence d’autre part (ELF en acronyme anglais, il fallait oser !). En fait, la meilleure façon de produire des ELF, c’est de bombarder l’ionosphère avec des micro-ondes et, pour cela, le meilleur emplacement, c’est d’installer l’émetteur à proximité des pôles magnétiques. Celui (avoué) des Américains, le fameux projet HAARP, se trouve en Alaska. Les Russes en avaient un vers Riga mais, depuis l’indépendance des pays baltes, il doit se trouver quelque part en Sibérie. Celui de l’Europe est en Norvège. Tous à proximité du Nord.

Revenons à l’Antarctique et à ses énigmes. Que cherchait-on vers le pôle sud en 1938-39 alors que la guerre était proche et que les gens bien informés la sentaient venir ? Plusieurs aspects3 font de la seconde guerre mondiale un événement singulier. Tout d’abord, l’accent mis sur la science et sur la recherche d’une arme absolue qui soit une forme de foudre, de feu purificateur. Avant que cela ne culmine dans la bombe atomique, il y aura eu les fusées de von Braun et le napalm. Les seul précurseurs historiques, ce sont les miroirs d’Archimède, le feu grégeois et la poudre à canon. C’est la thématique du déluge de feu, tel que le pressentaient les occultistes de toute obédience depuis 1860 environ. Et puis, toujours dans la course scientifique, l’accent mis sur les ondes : radar pour la détection, radio pour la communication.
C’est étrange, d’ailleurs, si l’on regarde le XXe siècle en son ensemble. 14-18, c’est la terre, la boue des tranchées, la guerre immobile, la thématique du Golem. 39-45, c’est le feu, le mouvement rapide, les foudres venant du ciel avec Hiroshima comme point d’orgue. Le Vietnam, c’est l’eau et le végétal, avec l’agent orange et d’autres diableries du même ordre. La guerre du Golfe de 1991 ainsi que les Balkans, c’est l’air, l’avion furtif à 7000 pieds, les frappes guidées par laser, la première mise en œuvre d’obstacles climatiques (on ne l’a pas dit publiquement, mais c’était lisible sur les cartes météo). Et depuis 2001, c’est l’information et tout ce qui concerne les ondes, l’électronique, etc. : on peut le voir comme une forme de quintessence. Alchimiquement, l’étape suivante devrait voir un retour à l’élément terre pour un nouveau tour de roue, peut-être par un conflit sismique4
 
Il y a deux problèmes distincts dans l’Antarctique. Le premier, c’est sa position polaire et le fait que le pôle magnétique sud ne se comporte pas exactement, semble-t-il, comme son homologue du nord. Le second, c’est le continent sous la glace, un continent qui, du fait de la dérive, n’a pas toujours été le support de la banquise. A mon avis, il est polaire depuis trop longtemps pour qu’on y trouve des traces humaines — mais d’éventuelles traces ET, car le mythe fabriqué n’empêche pas la vie ailleurs dans l’univers, pourquoi pas ? D’autre part, si quelque chose de type « porte des étoiles » devait voir le jour, un continent en position polaire du point de vue magnétique serait sans doute le meilleur endroit où l’installer.

De Barjavel à la série Star Gate en passant par Edgar Poe, toute la mythopoièse moderne tend à faire de l’Antarctique le conservatoire des énigmes oubliées, comme l’Australie semble le conservatoire des espèces ailleurs éteintes. Deux mémoires, celle de la Terre et celle de l’interface avec l’Ailleurs magique. Je ne sais pas si l’on trouvera sous les glaces une trace de dieux oubliés — pour tout dire, je suis sceptique car que je crois que ces dieux oubliés sont dans les étoiles (Céphée et Cassiopée) et qu’il s’agit d’abord d’influences, de puissances relayées par les lignes de force du cosmos — mais autre chose est à prendre en compte : le cerveau semble ne pas se comporter exactement de la même manière selon qu’il est proche d’un pôle ou d’un autre. Si une inversion a lieu, le moteur d’une civilisation future et peut-être de l’envol vers les étoiles se trouvera sans doute dans l’hémisphère sud. Auquel cas le Chili, l’Argentine, l’Australie, la Nouvelle Zélande et l’Afrique du Sud se trouveraient en bonne posture. Même si la prochaine inversion prend encore un millénaire ou deux ou dix, personne ne le sait.

1 Même au cas où de vrais ET seraient en cause, il y a peu de chances qu’ils ressemblent au portrait qu’on a fait d’eux, successivement en grands frères de l’espace venus nous sauver de la bombe atomique puis en affreux petits gris mutilant le bétail et enlevant les humains avec l’accord du gouvernement.
2 Appel à mes lecteurs biologistes ou mathématiciens…
3 En dehors du conflit idéologique auquel on trouverait aisément des ancêtres.
4 J’ai écrit ces lignes en 2003. Nous y sommes. Les derniers conflits, en particulier au Mali, en Centrafrique, en Ukraine, mettent des fantassins en première ligne. Mais au lieu de la boue, c’est le sable du désert ou le béton des villes.

Friday, August 08, 2014

Louis Dalmas de Polignac





Je viens de l’apprendre : Louis Dalmas est mort ce dimanche matin, à l’heure où je rentrais d’une longue balade nocturne dans Paris, à pied, avec quelques amis. Nous avions vu le jour se lever depuis les escaliers du Sacré-Cœur, tandis que les maigres bêtes de la nuit s’agitaient à nos pieds et que s’entassaient les canettes de bière vide des noceurs que nous remplacions.
J’avais rencontré Louis grâce à sœur Iéléna qui m’avait fait lire Balkans-Infos presque à sa création, lorsque la guerre de Bosnie puis les bombardements de la Serbie par l’OTAN nous confrontaient au couple démoniaque désinformation-propagande avec une intensité que nous n’avions même pas connue en France lors de la guerre d’Algérie où, pourtant, la censure s’en était donné à cœur joie. Et j’avais apprécié que se réunissent des hommes de vérité venus de tous les horizons politiques, simplement écœurés par l’orchestration de la presse française, afin de rétablir les faits et l’équilibre de l’information. Quand je dis tous les horizons, Louis, ancien résistant (de la première heure et non de la dernière),  ancien trotskyste, accueillait dans le comité de rédaction le chantre de la Sainte Russie qu’était Vladimir Volkoff. Les autres s’étageaient entre ces deux pôles et cet éventail ne s’est jamais refermé. J’ai rejoint plus tardivement l’équipe de rédaction : sur les Balkans, j’avais plus à apprendre qu’à dire ; je n’y ai trouvé ma place qu’en 2004, lorsque le journal s’est ouvert aux questions géopolitiques plus globales.
D’autres, qui l’ont connu plus tôt, lorsqu’il dirigeait une agence de photographies de presse, retraceront mieux que moi sa vie et sa carrière. Aujourd’hui, je perds plus qu’un directeur de publication qui, à 94 ans, nous communiquait lucidité, enthousiasme et énergie, je perds un ami. On me pardonnera de ne pas faire une nécro selon les règles de l’art. La vigueur et la clarté d’esprit de cet homme qui recommençait une vie de journaliste alors qu’il était en retraite depuis plus de vingt ans, simplement parce que l’honneur, la justice et la vérité l’exigeaient, m’ont d’emblée scotchée, comme disent les jeunes. Sans parler de son humour, qui faisait mouche presque à tout coup. Nous avons eu des désaccords ; ils se sont toujours réglés dans le respect mutuel et le respect du pluralisme de B.I. C’est devenu tellement rare dans la presse française qu’il fallait le souligner. Bref, Louis était un vrai patron de presse, de la vieille école qui n’était pas si mauvaise.