Sunday, February 16, 2014

Je relaie cette pétition, merci pour les abeilles !


En prison pour avoir refusé de polluer !

Chère amie, cher ami,
Emmanuel Giboulot, viticulteur bio dans le département de la Côte-d'Or, exploite depuis plus de quarante ans 10 hectares de vignes en agriculture biologique.
Le 24 février 2014, il passera devant le tribunal correctionnel pour avoir refusé de déverser un dangereux pesticide sur sa vigne. Il encourt jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.
Par solidarité avec lui, je vous demande de signer la déclaration de soutien située en bas de ce message.

Un insecticide qui détruit les abeilles

En juin dernier, pour contrer un risque hypothétique d'épidémie de flavescence dorée, une maladie de la vigne, le préfet de Côte-d'Or a pris un arrêté radical : tous les vignerons devront traiter leur vigne contre la cicadelle, l'insecte qui répand la maladie.
Le problème est que même l'insecticide le moins polluant contre la cicadelle tue les abeilles et la faune auxiliaire.
Il détruit toutes sortes d'insectes nécessaires à la régulation de la vigne pour éviter les parasites. Or, Emmanuel Giboulot travaille justement depuis plus de 40 ans à préserver les équilibres biologiques de sa vigne.
Il décide donc, fort logiquement, de lutter contre la cicadelle en choisissant parmi les nombreux traitements naturels bien connus des agriculteurs bio.
Le 30 juillet dernier, un inspecteur de la direction régionale de l'Agriculture arrive chez lui. L'inspecteur s'aperçoit qu'il n'a pas déversé de pesticide.
Il décide aussitôt de le signaler au procureur. Emmanuel Giboulot est mis en examen, comme un délinquant.

Traîné en correctionnelle !!

Emmanuel Giboulot est convoqué le 24 décembre pour un arrangement amiable avec le procureur, mais celui-ci annule au dernier moment.
Au lieu de classer l'affaire, le procureur décide de le renvoyer devant le tribunal correctionnel, avec un procès le 24 février prochain !
Emmanuel Giboulot sera donc jugé aux côtés de délinquants sexuels et de cambrioleurs endurcis, qui forment la population habituelle des audiences correctionnelles.
Le problème est que, en dehors de quelques réactions isolées, personne ne s'est exprimé publiquement pour défendre Emmanuel Giboulot.
Aucune réaction massive n'a eu lieu dans la population, jusqu'à présent.
L'IPSN avait créé une page de soutien sur Facebook pour Emmanuel Giboulot, qui a récolté plus de 35 000 soutiens. Mais, vu le contexte, la mobilisation doit aujourd'hui être infiniment plus forte et plus officielle.

Les alternatives naturelles sont efficaces !

En effet, contrairement à ce qu'affirment les autorités, il existe plusieurs moyens de protéger les vignes contre la cicadelle tout en respectant l'environnement :
  • les vignes peuvent être protégées avec des fougères et de l'argile calciné ;
  • des pièges à cicadelle existent, et ils sont efficaces (la cicadelle est attirée par la couleur orange) ;
  • on peut également poser entre les pieds de vigne de la paille d'avoine ou du papier d'aluminium, dont la forte intensité lumineuse empêche l'insecte de se poser. Des expériences ont montré que cette simple mesure est tout aussi efficace que l'insecticide ;
  • mais surtout, surtout, c'est en préservant la biodiversité qu'on lutte le mieux contre la cicadelle, car c'est un insecte apprécié par de nombreux prédateurs dans la nature. Le problème est que ces prédateurs, les araignées, la mante religieuse et certains types de punaises, ont aujourd'hui été éradiqués dans les vignes non biologiques, où la faune est ravagée par les insecticides.
Ces solutions ne devraient pas être combattues mais au contraire encouragées par les autorités.
Les agriculteurs qui les utilisent devraient être félicités et donnés en exemple, non pas soumis à la terreur d'une répression judiciaire.
C'est pourquoi je vous demande de signer la déclaration officielle de soutien à Emmanuel Giboulot.

Signez la déclaration de soutien

Emmanuel Giboulot ne doit pas se rendre au tribunal abandonné de tous. Il doit savoir qu'il est soutenu par des centaines de milliers de personnes.
Oui, si vous signez la déclaration de soutien ci-dessous, et si vous passez ce message à tout votre carnet d'adresses, nous pouvons provoquer une vague de solidarité historique dans le pays.
Nous pouvons aussi changer l'issue de ce procès en rassemblant des centaines de milliers de signatures de soutien.
Car sans réaction massive de la population, ce viticulteur risque très probablement d’être condamné, pour l'exemple.
La plupart des agriculteurs qui verront cela se le tiendront pour dit. Ils comprendront qu'ils doivent obéir aveuglément aux injonctions des autorités, y compris si cela implique d'empoisonner leur propre terre et de décimer plus encore les abeilles et autres insectes pollinisateurs !!
Ne laissez pas se commettre une telle injustice, avec des conséquences aussi lourdes et contraires à l'intérêt de tous. Manifestons publiquement notre réprobation la plus totale contre les réglementations qui marchent à l'envers et qui nuisent autant à l'environnement qu'au bon sens.
L'Institut pour la Protection de la Santé Naturelle vous appelle donc solennellement à signer la déclaration officielle de soutien à Emmanuel Giboulot et à la faire signer par tout votre entourage.
Cela ne vous demandera qu'un instant, mais c'est un moyen concret d'empêcher qu'une grave injustice ne soit commise, doublée d'une grave atteinte à notre planète.
S'il vous plaît, ne fermez pas cet email pour l'envoyer aux oubliettes. Ce serait un énorme gâchis. Puisque vous avez investi du temps pour lire ce message jusqu'ici, faites un geste simple et signez la déclaration officielle de soutien à Emmanuel Giboulot.
Puis transmettez ce message à toutes vos connaissances.
Un grand merci,
Avec tout mon dévouement,
Augustin de Livois
Institut pour la Protection de la Santé Naturelle
Institut pour la Protection de la Santé Naturelle – Rue du Vieux Marché au Grain 48, 1000 Bruxelles
www.ipsn.eu
Association sans but lucratif conforme à la loi du 27 juin 1921.

Saturday, February 01, 2014

Un con sommateur



L’homme peut tout supporter, à condition de pouvoir donner du sens à ses épreuves. Que ce sens puisse se révéler illusoire est une autre question mais l’absurdité engendre la révolte. L’une des erreurs de nos dirigeants est de croire qu’on gouvernera plus aisément des gens déculturés et réduits à la seule fonction de consommateurs, en pilotant leurs envies par la publicité ou par des formes plus insidieuses de contrôle mental1. Or cela ne fonctionne pas comme on le prévoyait depuis l’environnement douillet des instituts de recherche très spécialisés, qu’ils dépendent des agences de renseignement ou des multinationales. Fabriquer des crétins est moins facile qu’on ne pense. On peut certes abîmer une génération en la laissant dans l’ignorance, en ne lui fournissant pas les outils d’une pensée structurée ni les mots pour exprimer son ressenti, on peut déculturer des enfants de migrants et, par la même occasion, les enfants des couches pauvres du peuple de souche, mais les sauvageons qui en résultent ne deviennent pas de passifs imbéciles, de dociles consommateurs pour autant. Ils savent au tréfonds d’eux-mêmes qu’on leur charcute l’âme et ce qui les habite n’est pas l’envie, la passion de posséder mais la colère de ne pas être et de ne pouvoir le dire. Ou si la passion d’avoir, la seule qu’on encourage en eux, trouve son chemin, c’est sous forme d’exigence, d’arrogance dans le sentiment d’y avoir droit, de violence pour arracher les choses là où elles se trouvent. Au lieu d’un crétin docile et lobotomisé, on obtient un con sommateur, qui vous somme de lui donner sans contrepartie tout et le surplus. Bien joué, messieurs les manipulateurs !

Chez les loups ou dans un poulailler, les hiérarchies s’établissent vite, encore que les sociétés animales soient plus complexes qu’on ne l’avait cru dans les premiers temps de l’observation. Chez l’homme, des hiérarchies spontanées s’établissent dans les groupes restreints mais se voient concurrencées par celles qu’encadre le droit et tout un jeu subtil qui forme une bonne partie de la politique consiste à composer entre les qualités propres des dirigeants et leur statut légal. Durant des siècles, la vertu consistait à connaître ou trouver sa place dans une structure complexe de pouvoirs et de contre-pouvoirs où le principe de subsidiarité jouait pleinement. Cela n’empêchait pas chacun de se cultiver, d’épanouir son intelligence, ses dons artistiques ou ses qualités de cœur, bien au contraire. Faut-il rappeler qu’encore avant la seconde guerre mondiale des bergers, dans les Alpes de Haute Provence, gardaient leurs troupeaux en lisant Homère dans le texte – en grec ?

Notre société est plus simple, voire simpliste, que le monde paysan d’ancien régime, très hiérarchisée dans l’entreprise avec plus d’échelons que n’en a jamais connu la féodalité, anomique à la ville, de plus en plus séparée en deux castes – l’oligarchie et le peuple – sans contact l’une avec l’autre. Or qui s’ignore se fantasme et se redoute. Y compris qui s’ignore soi-même.

1 Comme le montre bien le Dr Dickès dans L’ultime transgression : refaçonner l’homme, éditions de Chiré, 2e éd., 2013. Qu’on soit d’accord ou non avec sa vision du monde, les faits qu’il dévoile donnent à réfléchir.

Quelques photos du Jour de colère, prises sous la pluie…


Colère désorganisée et pourtant présente. Des univers juxtaposés, à l’image d’un pays éclaté en « secteurs professionnels », en « communautés », en « quartiers » qui n’en sont plus. Et quand la non violence idéaliste croise le chemin des violents, que font les gens ordinaires ?







Ananas, quenelles, mais aussi drames autour de l’enfance et de la pédophilie des puissants. On passe sans transition de la dérision la plus délibérément vulgaire à la colère des larmes.
On a beaucoup marché, on a beaucoup parlé au départ comme à l’arrivée. Peu de slogans dans le cortège, finalement. Plus de rage que de mots. 

La presse est en cage – pour sa protection, mais quel symbole ! Et ceux qui l’attaquent ne s’y trompent pas.


La souricière se met en place avant l’ordre de dispersion. Personne ne sait comment sortir de la place Vauban. Nous finirons par le faire mais notre petit groupe se verra séparé par un mouvement de foule tandis que les ananas se transforment en battes de baseball, bâtons ou pétards fumigènes. Provocations policières ? On voyait depuis quelques minutes que ce groupuscule attendait l’ordre de dispersion pour se déchaîner.



 A mi cortège, des policiers parlaient de plus de 12 000 personnes ; ils annoncent 17 000 aujourd’hui. Possible. Mais la multiplication par 10 qui donnerait 120 000 me semble exagérée. Contrairement aux manifs pour tous de l’an dernier, ici pas de service d’ordre ni de comptage, c’est du pifomètre enivré. Toutefois 17 000 est forcément sous évalué. Bien malin qui donnera le vrai chiffre sans vidéos prises d’hélicoptère – tiens, au fait, où était-il, le moustique de fer ?

Saturday, January 11, 2014

Allez y, c'est superbe !



Le mardi 4 février 2014 à 21h00,
L’auguste Théâtre
présente la lecture de

TRISTAN
ET YSEULT

tragédie en vers de Jean HAUTEPIERRE (2012)

Avec :

Philippe BEAULANDE           Julia LEBLANC-LACOSTE
Régis BOCQUET                                        Moïra Dalant
Alain DIDIER                                     Jean HAUTEPIERRE


YSEULT

Je n’écoute plus que cet ivre chant
Depuis qu’est morte ma détresse !
Avec vous, mon cher et mon seul amant,
Dont je suis la chère et seule maîtresse
– Car ainsi en va-t-il de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous.

LE RÉCITANT

C’était sous la clarté brûlante des étoiles ;
Ils avaient contemplé longtemps le soir divin,
Mille feux qui brillaient pour eux au ciel lointain
– Et Vénus triomphante entrouvrit ses grands voiles.
(extrait de la pièce)


L’Auguste Théâtre : 6 impasse Lamier, Paris 11e
(M° Philippe Auguste ; 01.48.78.06.68 ; augustetheatre@gmail.com)
Entrée : 10 euros (8 euros pour étudiants, chômeurs et Rmistes).

Après la lecture, l’auteur dédicacera le texte de la pièce, en vente sur place et auprès des éditions Pardès (44 rue Wilson, B.P. 11, 77880 Grez-sur-Loing, sarl.pardes@orange.fr).

Saturday, December 14, 2013

Un livre essentiel d'Alain de Benoist

Alain de Benoist, Les Démons du Bien : Du nouvel ordre moral à l’idéologie du genre, Essai, éditions Pierre-Guillaume de Roux, Paris, 2013.

Ce qu’il y a de bien, avec Alain de Benoist, c’est qu’il est puissamment intelligent. Donc, lorsqu’il fait paraître un nouveau livre, on y trouve toujours du grain à moudre, de quoi nourrir sa propre réflexion et le dernier paru n’y contrevient pas. La première partie de l’ouvrage, intitulée « Le nouvel ordre moral » montre comment la logique libérale et son processus universel de marchandisation a inversé l’ancienne morale mais pour aboutir à une emprise beaucoup plus puissante sur l’ensemble des comportements. La niaiserie et le psittacisme remplacent la pensée, le compassionnel et la victimisation généralisée remplacent l’attention concrète aux hommes concrets, sans oublier toutes les contradictions de tant de bonnes intentions (dont il ne faut jamais oublier qu’elles pavent l’enfer) qu’il croque avec verve : « On achète des voitures ‘écologiques’ sans s’interroger sur l’utilité même de la voiture (ou sur le fait qu’un million de voitures peu polluantes pollueront toujours plus que cent voitures traditionnelles). » Plus en profondeur, il s’interroge sur le refus de la discrimination, terme qui désignait à l’origine une opération intellectuelle visant à distinguer les uns des autres les êtres et les choses et devient aujourd’hui l’immoralité suprême, le mal en soi. Cela fait longtemps qu’Alain de Benoist monte au créneau contre le refus de l’altérité et la recherche effrénée du semblable, du même. Il introduit dans ce texte préliminaire un nouveau concept, celui de mêmeté. A défaut d’être euphonique, ce néologisme frappe l’esprit et, si l’on abrite comme moi les démons de la SF et de la BD, évoque les êtres quasi transparents ou mercuriels, interchangeables, foules où rien ne distingue l’un de l’autre qu’on trouve parfois associés aux déserts extraterrestres ou aux cavernes démoniaques. Reprenant le concept de Nouvelle Classe, il note qu’elle « entend domestiquer le peuple parce qu’elle en a peur, et elle en a peur parce que ses réactions sont imprévisibles et incontrôlables. Pour remédier à cette peur, elle cherche à en inculquer une autre au peuple : la peur de déroger aux normes, de penser par soi-même, de se rebeller contre le désordre établi. » La suprême habileté des nouveaux moralistes : faire appliquer la censure par les censurés eux-mêmes, qui l’intériorisent.
La seconde partie décrit ce qui pourrait être l’apogée de l’indifférenciation, la construction dans les milieux féministes américains de « L’idéologie du genre ». Cela commence par un assez bref historique du mouvement féministe tel qu’il s’exprime surtout en Amérique du nord (Etats-Unis et Canada) et en France. Alain de Benoist souligne les divergences internes entre féministes différentialistes et féministes égalitaires, les contradictions et les excès qui, comme toute hubris, aboutissent au ridicule. En écho, relire le vieux Blaise : « L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange » – par exemple en déclarant que toute forme d’hétérosexualité est une aliénation de la femme, sans même parler de la maternité – « fait la bête » ! Sans reprendre l’analyse très détaillée qu’il fait de ces mouvements et de leurs débats souvent assez âpres, mieux vaut laisser au lecteur le plaisir de les découvrir et d’en goûter tout le suc dans le livre, notons tout de même que, loin d’aboutir à une ligne politique claire et à un projet de société cohérent, le féminisme lorsqu’il se radicalise devient un haut lieu de la cacophonie. J’aurais parfois la dent plus dure que lui dont on sent qu’il se borne souvent à en rire mais c’est peut-être que, dans son adolescence de garçon, il n’a pas goûté la férocité des luttes entre filles, certes comme il le note le plus souvent verbales – il est rare qu’on aille jusqu’à la gifle – mais plus mortelles que les coups de poing.
En 1972, il le rappelle, une partie de ce mouvement féministe adopte la distinction établie par le psychanalyste Robert J. Stoller entre sexe biologique et genre à partir de l’étude clinique des transsexuels. Comme trop souvent en psychologie depuis Freud, on part donc de cas marginaux, voire pathologiques, pour généraliser à l’ensemble de la population et juger des usages et des cultures à cette aune. L’idéologie du genre va se traduire par des revendications politiques de plus en plus éloignées des luttes pour l’égalité des salaires ou l’accès aux postes de responsabilité ; ces revendications nouvelles serait plutôt d’ordre moral, intellectuel, linguistiques et toutes vont dans le sens d’une indifférenciation des êtres.
Après avoir rappelé de l’idéologie du genre qu’elle est volonté de séparer totalement le social du corps, de nier les déterminismes naturels et de considérer les déterminismes sociaux comme infiniment remodelables, Alain de Benoist passe à la critique de cette idéologie, s’appuyant aussi bien sur les données de l’ethnologie que sur celles de la recherche biologique la plus pointue. Les résultats de ces tests scientifiques lui permettent de démontrer que la part indéniable du social dans la distribution des rôles entre les sexes s’adosse bel et bien à une réalité biologique, ce qui d’ailleurs pose autant de questions que cela n’en résout mais peut-être n’était-ce pas le lieu de les approfondir dans un livre fait pour combattre une idéologie décollée du réel et, par là même, susceptible d’entraîner d’incalculables désastres. Ajoutons que la qualité des références s’accompagne souvent d’un humour ravageur, ce qui ne gâche rien.
J’aurais plus de réticences quant au chapitre intitulé « une nouvelle guerre des sexes ». Pour l’essentiel, Alain de Benoist y reprend la critique très juste d’un monde en voie de féminisation dans lequel disparaît la masculinité, critique qu’ont pu déjà énoncer des auteurs comme Michéa qu’il cite beaucoup, Alain Soral ou Eric Zemmour. Mais où a-t-il pris par exemple l’entrée massive des femmes dans le monde professionnel à partir des années 1970 ? Les femmes ont toujours travaillé, sauf les grandes bourgeoises de la Belle Epoque qui pouvaient s’ennuyer dans leurs intérieurs parce que gouvernantes, cuisinières et petites bonnes entretenaient la maison. Et les femmes du peuple, ouvrières ou dactylos, ne s’arrêtaient que pendant les quelques années où tous leurs enfants étaient en bas âge. Dans le monde paysan qui fut celui de la France jusqu’à la seconde guerre mondiale, les femmes avaient en charge la maison et son espace proche, potager, verger, basse-cour, animaux de garde et en tiraient leurs propres revenus. Dans les villes depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, on trouve des commerçantes, des tisserandes, d’autres artisanats où les femmes tenaient leur place. Et si certains métiers leur furent interdits au XIVe siècle finissant, cette interdiction même prouve qu’elles les exerçaient auparavant ; d’autre part, ces interdictions s’inscrivent dans la nécessité de reconstruire le monde détruit par la grande peste, de reconstituer des savoirs et des savoir-faire et de protéger celles par qui passait forcément la régénération démographique. Le « monde professionnel », mon cher Alain de Benoist, commencerait-il avec les cadres ?
Il cite beaucoup Darwin et Freud dans ce chapitre, Darwin et Freud qui se sont certes appuyés sur la science de leur temps mais nous avons avancé depuis la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, trois ou quatre grandes théories tentent d’expliquer la complexification croissante de l’écosystème depuis l’apparition de la vie et les découvertes se succèdent à un tel rythme qu’on ne peut plus tout ramener à quelque avantage « adaptatif » ou reproductif. Par exemple, alors que le néo-darwinisme de stricte obédience implique des mutations génétiques s’opérant au hasard, les études les plus récentes montrent que ce n’est pas le cas, qu’elles se produisent le plus souvent en réponse à une altération du milieu et que, d’autre part, la transformation se fait beaucoup plus vite que ne le prévoyait la théorie. Cela passe évidemment par la reproduction mais ce n’est pas par une quelconque sélection naturelle. Les processus semblent beaucoup plus complexes. Quant à la psychanalyse, pratiquement toutes les bases neurologiques sur lesquelles s’appuyait Freud ont été revues et largement corrigées au point que, privée de son ancrage biologique, elle n’est plus qu’une idéologie sans racines. S’y référer comme à un acquis indépassable ne peut qu’affaiblir le raisonnement. Dommage, car il faudrait aller plus loin dans l’analyse de cette dévirilisation qui se traduit aussi par une perte de fécondité biologique masculine qu’on attribue à de nombreuses causes, en général à la pollution chimique ou électromagnétique. Il serait intéressant d’étudier les liens entre cette altération du sperme et la dévirilisation idéologique. Il faudrait aussi noter que cela ne vaut que pour ce qu’il est convenu d’appeler l’occident, Europe et Amérique du nord. En Inde, le déséquilibre démographique le plus inquiétant est au contraire une sur-virilisation, avec l’avortement sélectif des filles et l’augmentation corrélative des violences.
Peut-on parler de féminisation de la société ? En Amérique du nord, sans aucun doute mais elle ne date pas d’hier. Une de mes amies qui a longtemps vécu aux Etats-Unis me faisait remarquer il y a quelques années que, sans le savoir, les WASP alors dominants se soumettaient aux fonctions que les Amérindiens avaient attribuées aux divers lieux. Ainsi Manhattan restait un sas, une porte d’entrée. Ainsi Los Angeles, où les Amérindiens allaient déposer leurs maladies en particulier mentales, s’en débarrasser, est-elle devenue à la fois le lieu de prolifération de toutes les folies et d’obsession de la psychothérapie. Or chez les sédentaires cultivateurs de maïs, Hopis ou Navajos, le système de parenté est matrilinéaire et matrilocal. L’homme va vivre chez son épouse. Pour les effets psychologiques sur les mâles, je renverrais à l’un des classiques de l’ethnologie, Soleil hopi*. D’autre part, chez les Indiens des plaines, on trouve toute une tradition de l’inversion, du changement social de sexe, ritualisée dans ces cultures traditionnelles. L’actuelle féminisation d’une partie des USA correspond assez bien, dans ses revendications comme dans ses effets, à un retour vers ce mode sociétal amérindien. Le plus étonnant, d’ailleurs, c’est que les anciens conquérants puritains marqués par le patriarcat biblique ou venus de cultures machistes comme en Italie se soient transformés comme s’ils étaient imprégnés à leur insu de l’inconscient collectif des peuples autochtones qu’ils avaient largement exterminés. Il y a là un phénomène qui mériterait une étude plus poussée. En Europe, les choses me semblent plus complexes et plus lentes à bouger en dehors de la mince pellicule de journalistes, de politiciens et d’universitaires de l’EHESS qui parle très fort et imagine des lois dans une indifférence de plus en plus coléreuse de « la France d’en bas ». Elisabeth Badinter a le verbe haut, mais qui l’écoute ?
En dehors de ces quelques réserves, je ne saurais trop recommander la lecture de ce livre, une des meilleures et des plus intelligentes synthèses sur l’idéologie du genre. Et surtout Alain de Benoist a su relier les dernières folies de nos ministricules, comme le « mariage pour tous », à l’hédonisme narcissique requis par le libéralisme financier et la marchandisation de tous les échanges, de tous les aspects de l’existence sous sa férule. A méditer longuement.

* Don C. Talayesva, Soleil Hopi. L'autobiographie d'un Indien Hopi, Librairie Plon, Collection Terre Humaine, Paris, 1959

Friday, November 29, 2013

Il y a toujours un dernier des Mohicans



Quand une idéologie se délite ou qu’une civilisation bascule, il y a toujours quelqu’un pour leur rester fidèle et, de ce tison mal éteint, une flamme peut rejaillir plus tard, ailleurs, sous d’autres formes. Parfois, je me sens la dernière des Mohicanes de la révolution néolithique, de ce monde paysan fait de champs, de troupeaux, de clans familiaux dans lesquels tout macère, la tendresse et la frustration, la générosité et la méchanceté, l’alcool de fruits, de grains ou de miel, l’honneur conforté du regard des autres. En un siècle et demi, ce monde s’est peu à peu effacé. Aujourd’hui, peu de jeunes des villes ont encore un grand-père vivant à la campagne et les vieilles demeures familiales sont devenues résidences secondaires des cadres de l’industrie ou de la finance. La perception de l’espace a changé. Lors de la sédentarisation, dès le néolithique précéramique, l’humanité était passée de l’itinéraire de nomadisation qui suivait une ligne sinueuse au travers des repères du paysage à la surface du champ délimitée par des pierres de bornage, à la cité enclose en ses murailles, à la nation dont le territoire s’étend entre des frontières. Dans cet univers paysan, la spatialisation du pouvoir et de l’identité collective va de soi. Il n’y a de géopolitique actuellement que parce que les entités politiques, les cités, les Etats quel que soit leur régime et finalement les ensembles culturels s’inscrivent dans un espace continu. Une partie du malaise et des diverses crises identitaires qui accompagnent la mondialisation vient peut-être d’une remise en question dans les faits, mais impensée, de cette spatialisation du pouvoir, de l’identité et de la culture.
Dans la sphère économique, le regroupement des entreprises et sociétés en entités multinationales avec leurs propres hiérarchies, leurs propres logiques, les met de fait hors du droit, lequel est toujours attaché aux structures étatiques territorialisées, les place donc hors de toute autre régulation externe que le marché. Un salarié se trouve de facto confronté à une double appartenance, une double exigence de loyauté qui peut aller jusqu’à une double identité. La presse en témoignait sans même s’en apercevoir lorsqu’elle disait « les Moulinex » au moment de la cessation d’activité de la société. Les Moulinex, comme on aurait pu écrire les Parisiens ou… les Français. Il faut tout de même souligner le caractère éminemment schizophrénique d’une identité multiple, fût-elle collective, et se demander aussi ce qui peut se passer en cas de conflit entre les deux structures. Les gesticulations médiatiques autour de certaines fusions de sociétés mettent en lumière les contradictions des deux modèles, le modèle spatial de l’Etat-nation et le modèle institutionnel non-local du groupe de sociétés cotées.
Par ailleurs, on observe un brassage de populations, un mouvement migratoire mondial d’une ampleur rare dans l’histoire. Aucune région du monde ne semble épargnée. Ce mouvement a dépassé le stade où l’on pouvait encore le contrôler, l’enrayer ou inverser les flux et nous sommes encore incapables de savoir s’il va aboutir à de nouvelles sédentarisations, la dernière couche de population arrivée fusionnant progressivement avec les précédentes, ou s’il s’agit d’une nouvelle forme de nomadisme qui remet en cause tout l’héritage de la sédentarité. Je me souviens d’avoir posé dans les années 70 la question de savoir si les premières filières d’immigration qui se mettaient en place, surtout de l’Afrique vers l’Europe, ne préludaient pas à une nouvelle vague de migration des peuples. Mais non, que vas-tu penser là ! me répliquaient mes amis en chœur avec les « spécialistes ». Aujourd’hui, alors que les faits obligent tout un chacun à ouvrir les yeux sur la réalité des mouvements migratoires, cette question me semble dépassée. Le véritable problème, c’est de savoir si l’enracinement géographique, la sédentarisation, possède encore un sens dans l’avenir. Mais que le brassage humain auquel nous assistons soit temporaire ou débouche sur un nomadisme à long terme, voire une errance, cela n’ira pas sans transformer profondément les cultures – toutes les cultures, tous les peuples. Tout suggère aujourd’hui que cette transformation n’ira pas sans souffrance, sans massacres, sans pertes profondes.
Le troisième phénomène qui vient contredire la géopolitique, c’est Internet. Aux yeux d’un observateur superficiel, la Toile peut apparaître comme chaotique, cacophonique même. Mais le chaos n’est ici qu’apparence. Fondamentalement, le Web est un univers structuré. Il l’est par la rigueur des logiciels et des protocoles d’échange entre machines sans lesquels il serait tout simplement impossible de se connecter mais il l’est aussi par les regroupements spontanés qui s’opèrent et se manifestent au travers des commentaires d’articles, des blogs, des listes de correspondances ou des fora. Il tresse intimement absolutisme (l’admin’ d’un forum ou d’un blog possède seul les codes, roi dans son royaume), acratisme, néo-tribalisme maffesolien – Goethe aurait parlé d’affinités électives – et pur économisme. Il résonne de toutes les voix, des propagandes et des oracles, des rumeurs et des canulars, des analyses fouillées et des vulgarisations, abrite les contestataires et les chantres de la pensée unique, le logos et le muthos. Mais tout s’y passe dans un espace de Hilbert totalement délocalisé par rapport à l’espace réel qu’il abolit. Un Coréen peut y discuter en temps réel avec un Serbe, un Africain, un Canadien, on peut même ignorer sur quel coin de la planète son correspondant a posé sa chaise et son clavier. Il pourrait se trouver en mer, la liaison satellitaire le permet, à la portée de toutes les bourses. Un des premiers internautes a déjà lancé voici une bonne dizaine d’années une Déclaration d’indépendance du Cyberespace qui souligne la contradiction entre l’Etat (ses lois, sa police et son armée) lié à un territoire précis et le Net qui échappe à toute limitation de cet ordre :
Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d'acier, je viens du cyberespace, la nouvelle demeure de l'esprit. Au nom de l'avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser en paix. Vous n'êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n'avez aucun droit de souveraineté sur le territoire où nous nous rassemblons.
Nous n'avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d'en avoir un, aussi je m'adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu'elle s'exprime. Je déclare que l'espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n'avez pas le droit moral de nous gouverner, pas plus que vous ne disposez de moyens de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.
Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l'avez pas demandé et nous ne vous l'avons pas donné. Vous n'avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace ne se situe pas à l'intérieur de vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez diriger sa construction, comme s'il s'agissait d'un de vos grands travaux. Vous ne le pouvez pas. C'est un phénomène naturel et il se développe grâce à nos actions collectives.
Vous n'avez pas pris part à notre grand débat fédérateur, et vous n'avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir, quelques soient les règles que vous imposeriez.
Vous prétendez qu'il existe chez nous des problèmes et qu'il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte comme excuse pour envahir notre territoire. Beaucoup de ces problèmes n'existent pas. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront effectivement commises, nous les identifierons et nous les traiterons avec nos propres moyens. Nous sommes en train d'établir notre propre contrat social. Nous nous gouvernerons en fonction des conditions de notre monde et non du vôtre. Car notre monde est différent.
Le cyberespace est constitué par des transactions, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une onde stationnaire dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n'est pas là où vivent les corps.
Nous sommes en train de créer un monde ouvert à tous, sans privilège ni préjugé qui dépende de la race, du pouvoir économique, de la puissance militaire ou du rang de naissance.
Nous sommes en train de créer un monde où chacun, où qu'il soit, peut exprimer ses convictions, aussi singulières qu'elles puissent être, sans craindre d'être réduit au silence ou contraint de se conformer à une norme.
Vos notions juridiques de propriété, d'expression, d'identité, de mouvement et de circonstance ne s'appliquent pas à nous. Elles sont fondées sur la matière, et il n'y a pas de matière ici.
Nos identités n'ont pas de corps, ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons pas faire régner l'ordre par la contrainte physique. Nous croyons que c'est à travers l'éthique, l'intérêt individuel éclairé et le bien collectif, qu'émergera la conduite de notre communauté. Nos identités sont probablement réparties à travers un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s'accordent généralement à reconnaître est la règle d'or de l'éthique. Nous espérons que nous serons capables d'élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous vous efforcez d'imposer.
Aux États-Unis, vous venez aujourd'hui de créer une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et insulte les rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. C'est à travers nous que ces rêves doivent désormais renaître.
Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, car ils sont nés dans un monde où vous serez à jamais immigrants. Parce que vous avez peur d'eux, vous confiez à vos bureaucraties, la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour exercer vous-mêmes. Dans notre monde, tous les sentiments et toutes les expressions de l'humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d'un ensemble inséparable, l'échange global informatique. Nous ne pouvons pas séparer l'air qui suffoque de l'air qui permet de battre des ailes pour voler.
En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous essayez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Peut être qu'ils pourront vous préserver de la contagion quelques temps, mais ils n'auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.
Vos industries de l'information toujours plus obsolètes, voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui ont la prétention de confisquer à leur profit jusqu'à la parole elle-même à travers le monde. Ces lois cherchent à transformer les idées en un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu'un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l'esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l'infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n'a plus besoin de vos usines pour s'accomplir.
Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu'ont connue autrefois les amoureux de la liberté et de l'autodétermination, qui ont dû rejeter l'autorité de pouvoirs distants et mal informés. Il nous faut déclarer que nos identités virtuelles ne sont pas soumises à votre souveraineté, quand bien même nous continuons à tolérer votre domination sur nos corps. Nous allons nous répandre sur toute la planète, afin que personne ne puisse arrêter nos idées.
Nous allons créer une civilisation de l'esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créer auparavant.
Davos (Suisse), le 8 février 1996.
John Perry Barlow, dissident cognitif

Il fallait relire ce texte fondateur à bien des égards. Il pose tous les problèmes y compris, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette transition vers l’inconnu, la survie des notions d’espace et de territoire dans un univers qui transcende les frontières géographiques, y compris le retour d’une forme de dualisme que n’auraient pas renié Zoroastre ou Mani mais qui exige pour permettre l’éclosion de la « civilisation de l’esprit » le support on ne peut plus industriel et matériel de l’ordinateur et du courant électrique.
Dix années plus tôt, avant l’essor d’Internet, Aimé Michel voyait dans l’ordinateur un pas évolutif majeur : « Depuis trente-cinq ans nous avons entrepris d’extérioriser toutes les fonctions encombrantes de la pensée : la logique, le calcul et la mémoire. Nous sommes en train de rejeter dans le monde extérieur cette toison cérébrale qui nous assura la domination du monde, mais qui, le monde dominé, ne nous sert plus qu’à dissimuler à notre regard intérieur l’essence de notre être, qui est esprit.
Inexorablement, sans le besoin de notre assentiment, en des milliers de lieux divers, des hommes travaillent à mettre dans la machine, ici la langue homérique, là les syndromes du diabète, ailleurs les actes notariés de la Basse-Saxe du XIVe siècle, ailleurs encore les fonctions mathématiques les plus récentes et les plus complexes, bref tout le savoir humain. […] Mais, inexorablement, le temps vient, je le répète, où tout le savoir et tout le savoir-faire de l’homme deviendront, par la nature particulière du monde minéral qui fait la machine, un seul savoir, immortel, et en expansion naturelle. » Pour lui, cette extériorisation des fonctions mentales avait quelque chose d’eschatologique : « La dénudation de la pensée, en train de se réaliser de notre vivant, nous délivrera de toute pensée formalisable, de l’obsession du mental que les ascèses anciennes n’ont jamais pu réaliser qu’exceptionnellement.
Voilà où nous allons, et cette prédiction, je peux la faire parce qu’elle est négative. La machine va nous décharger de ce que les ascèses appellent le ‘mental’, et je suis bien incapable de dire ce qu’est un homme délivré du mental, eussé-je parfois entrevu cette oasis au fond de notre désert saturé de discours: Pas davantage, quand notre ancêtre commença de maîtriser l’usage du vêtement, ne pouvait-il imaginer le nord du tropique que lui ouvrait son invention. […] C’est un continent inexploré de nous-mêmes, le plus haut, qui sortira de notre ombre comme la crête des montagnes quand nous aurons dépouillé ce que le mystique auteur de l’Imitation appelle le Vieil Homme. Je ne dis pas que l’ordinateur est une voie spirituelle, non plus que la fourrure ! Mais qu’il nous a fallu dépouiller notre toison animale pour conquérir la terre et devenir Sapiens. Et que la machine est en train de nous soulager de la pensée servile, pour le bien ou le mal, mais pour une nouvelle montée vers l’esprit1. »
Ce que prédisait Aimé Michel d’abandon à la machine d’une partie de nos facultés intellectuelles se produit effectivement sous nos yeux. Aucun jeune homme aujourd’hui ne serait capable de calcul mental quelque peu poussé. Quant à la mémoire2… Tous savent trouver en quelques clics l’information dont ils ont besoin, souvent sur leur téléphone. Si je ne partage pas totalement l’optimisme évolutionniste d’Aimé Michel, je le rejoins sur un point de son analyse, l’importance de l’informatique et de ses réseaux dans la phase de transition rapide que traverse l’humanité depuis deux ou trois siècles, ce qui n’est rien à l’échelle géologique.
Le champ et le navire apparus presque ensemble vers -10'000, porteurs de l’opposition terre/mer si classique en géopolitique, nous avaient ouvert la seconde dimension, obligés à penser en termes de surface plutôt que d’itinéraire ; la montgolfière nous a donné la troisième, le volume et, par delà, l’espace – et nous avons marché sur la Lune. Même si l’expansion de l’homme dans le système solaire marque le pas, nous savons au fond de nous qu’il sera nôtre, ce qui rend d’autant plus tangible la démesure des distances interstellaires et d’autant plus aigu le désir de les franchir au moins par l’observation. Internet nous introduit concrètement dans le non-local et, même si c’est aujourd’hui de manière balbutiante, dans ce qui transcende l’espace et le temps qui cessent peut-être d’être les « formes a priori de l’entendement » que postulait Kant.
Une vision courte de cette transition justifierait le « nomadisme intégral » cher à Jacques Attali, voire les rêves d’immortalité par le cyborg ou le transfert total dans le monde virtuel que caressent les transhumanistes. Les frontières géographiques s’estomperaient, les échanges se multiplieraient dans un monde globalisé qui s’enrichirait de ce brassage. On rêve d’un monde en paix où chaque personne manifesterait ce qu’elle a d’unique tandis que les marchandises seraient standardisées. Mais chaque fois qu’on a tenté de réaliser ce rêve, on n’a atteint que l’ennui et l’anomie née de la déculturation. Quant au mélange de populations, il se traduit surtout par la juxtaposition en mosaïque de communautés d’autant plus arc-boutées sur leurs différences et leur identité qu’elles ne jouissent plus que de l’espace restreint d’un quartier, d’une tour, d’une courée, un espace insuffisant à faire s’épanouir une culture. La vie n’est pas un jeu de Tangram dont on pourrait varier les figures de façon mécanique.
Pourtant, on ne remettra pas le poussin dans l’œuf. Pour le meilleur ou pour le pire, nous sommes sortis du néolithique. Je ne crois pas à la décroissance, même si l’on ne peut permettre aux économistes de croire la planète Terre inépuisable, même s’il semble judicieux de passer d’une croissance anarchique à une forme de jardinage des ressources. Quelque chose nous pousse, une dynamique de l’univers qui suit la même loi mathématique de complexification de l’écosystème global depuis 15 milliards d’années, depuis l’explosion d’une singularité d’où jaillirent à la fois l’espace, le temps et la proto-matière. La courbe est identique, qu’on regarde l’évolution du cosmos de ce point vers la diversité des galaxies et des étoiles, l’évolution de la vie sur la planète Terre et l’évolution des connaissances scientifiques de l’humanité, une succession de courbes en S qu’on peut lisser par une exponentielle très abrupte, proche d’une factorielle, ce qui signifie que nous ne sommes pas maîtres du rythme de notre savoir, que tout cela nous traverse et s’exprime à travers nous plus que nous ne l’exprimons. Il y a de grandes chances, comme le démontrait aussi Aimé Michel, que cette dynamique soit banale, que la vie (ou une forme de vie) ait évolué selon la même loi cosmique sur les milliards de planètes qui peuvent l’abriter, que l’intelligence ait évolué selon la même loi partout où elle a pu apparaître.
Cela ne signifie pas que tous les coups soient gagnants. Le visionnaire qui écrivit l’Apocalypse nous dit que le tiers des étoiles est sur la queue du dragon, ce qui n’a pas de sens astronomique mais correspond à la rythmique des catastrophes qu’il décrit dans tout son poème : il y a toujours destruction d’un tiers des choses et des êtres. C’est dans ce mystérieux choix spirituel que réside la plus profonde liberté de l’homme et, en ce sens, l’histoire n’est jamais écrite, ni à la surface des choses sans réelle importance, ni dans ce nœud ultime qui gît au tréfonds de l’inconscient collectif.
Nous ne réaliserons pas l’étape à venir en niant les précédentes. Lorsque le champ nous a donné la conscience de la surface, nous n’avons pas aboli les routes ; au contraire, les itinéraires se sont multipliés, lieux d’échange et de partages. La montgolfière qui nous ouvrait les cieux, le scaphandre qui nous ouvrait les profondeurs marines n’ont pas aboli les haies ni les frontières. Internet et son ouverture sur le non-local n’abolit pas le réel ancré dans l’espace-temps. A chaque fois, nous gagnons un degré de liberté mais l’erreur serait de croire l’acquis antérieur dépassé et ringard.
(à suivre)
1 Aimé Michel, « Le sein ou l’œuf », Troisième millénaire, ancienne série, no 2. Mai-Juin 1982.
2 Cela n’excuse pas la faillite de l’Education Nationale dans la transmission des savoirs ni le postulat erroné selon lequel des ignorants gavés de jeux seraient plus faciles à gouverner que des peuples instruits. La « fabrique du crétin » ne fabrique que de la crétinerie sans avenir. Il y eut dans nos campagnes des bergers qui lisaient Homère dans le texte, des paysans capables de composer des épopées et qui, leur vie intérieure assurée par les livres de colportage, se trouvaient heureux de soigner les bêtes et de labourer les champs, même pour un maître.

Sunday, May 26, 2013

Hommage à Dominique Venner 2




Après le très beau texte d'Athos, qu'on me permette quelques lignes.
Depuis quelques jours, je retiens mon clavier comme on bride un cheval, trop consciente de la phrase de Cocteau : « Mon sang est devenu de l’encre. Il fallait empêcher cette dégoûtation à tout prix. » Avec le sang d’un autre, la métamorphose est encore plus écœurante. Pourtant l’actualité galope, les médias ont déjà gommé et renvoyé au néant la mort volontaire de Dominique Venner et se taire trop longtemps serait se faire complice de ce linceul d’oubli vorace qui tend à ronger d’insignifiance ce qu’il voulait un acte fort et symbolique, une diane sonnant le réveil de l’Europe en dormition. Nombre de ses amis ont évoqué la droiture et la lumière à propos de son geste. Mais il ne s’agit pas d’éclat solaire, c’est la radiance d’une épée nue.
Dans les mythes celtiques ou germano-scandinaves, l’homme se grandit en allant au devant de son destin ; il atteint à l’héroïsme s’il l’affronte pour qu’advienne plus grand que lui. Les Stoïciens disaient : vouloir ce qui arrive, aimer ce qui vient. Parfois, ce qui vient et qu’il s’agit d’épouser de tout son être n’est autre que le sacrifice au combat. Je ne connaissais Dominique Venner que par ses textes, qu’il s’agisse des éditoriaux de la NRH ou de son blog mais, au travers de ses écrits, transparaissait à mes yeux un type d’homme dont le moins qu’on puisse dire est que notre époque ne le cultive pas. Ma génération, comme la sienne, le découvrait encore avec l’idéalisation des Hommes illustres de la république romaine proposés comme modèle de comportement ; celles qui nous suivent n’auront pas eu cette empreinte. Le christianisme tel qu’on l’enseignait à sa génération – ce n’était plus le cas à la mienne – ne pouvait qu’apparaître infantile et niais face à tant de grandeur. Pourquoi alors avoir choisi Notre-Dame de Paris pour un sacrifice suprêmement païen ?
Ce qu’il en a dit laisse une interrogation ouverte. Jean Yves le Gallou, dans Polémia, tente de le comprendre : « Voilà sans doute pourquoi Dominique Venner a choisi "un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre-Dame de Paris, que je respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de culte plus anciens, rappelant des origines immémoriales". Dès le premier siècle, les Gallo-Romains y honoraient Jupiter, Mars, Vénus et Cernunnos comme on peut le voir au Musée de Cluny. Depuis 850 ans, Notre-Dame de Paris, théologie de la lumière et quête de verticalité, est devenue le vaisseau du roman national. C’est le lieu de l’histoire et même de la très longue histoire de la France et de l’Europe. » Certes la cathédrale fut édifiée sur l’ancien autel des nautes de Lutèce mais il me semble qu’il faut creuser plus loin et plus proche à la fois. L’hommage que lui ont rendu les jeunes de la mouvance identitaire eut lieu au pied de la statue équestre de Charlemagne, plus en accord avec l’Europe et la fonction de souveraineté.
Notre-Dame de Paris ou, plus exactement, son parvis actuellement recouvert d’une structure provisoire est aussi le point zéro, le centre officiel des distances géographiques en France. Elle représente donc la sacralisation de l’Omphalos, le Centre autour duquel chaque cité antique se bâtissait, le croisement du cardo polaire et du décumanus solaire ici matérialisé par la Seine. Tous les lecteurs de Guénon et d’Evola reconnaîtront la symbolique du Centre, cœur vivant d’une civilisation, dont Guénon écrivait qu’il est, « avant tout, l’origine, le point de départ de toutes choses ; c’est le point principiel, sans forme et sans dimensions, donc indivisible, et, par suite, la seule image qui puisse être donnée de l’Unité primordiale. De lui, par son irradiation, toutes choses sont produites[1] ». Le sacrifice opéré au Centre même ne peut manquer d’agir invisiblement sur le monde.
Or cet Omphalos que représente Notre-Dame de Paris condense en lui toutes les composantes de notre civilisation et tous les germes de sa dissolution : bâtie sur une île, ce qui en renforce la centralité, la cathédrale l’est aussi dans une ville qui s’est nommée Lutecia, la boueuse, la marécageuse, le lieu des formes indifférenciées, du chaos primordial. L’ordre que génère le centre s’impose au plus désordonné des milieux. Mais Strabon la désigne comme Λoυκoτοκία / Loukotokía et Ptolémée comme Λευκοτεκία / Leukotekía, ce qui signifie Celle qui enfante la lumière, si ce n’est le loup selon le jeu de mots classique en grec. Le caractère alchimique de cette lumière enfantée par la dissolution même n’échappera à personne. Le Centre, ici, se présente comme le « bouton de retour » qui permet à une forme plus parfaite de renaître de la dissolution de l’ancienne. C’est exactement le sens du réveil qu’appelait Dominique Venner et pour lequel il a donné volontairement sa vie.
Retenons aussi que Notre-Dame a pris la place du pilier des nautes érigé pour l’empereur Tibère, entassement de quatre autels qui verticalise et axialise ce qui devrait qualifier les directions de l’espace et des saisons du temps, synthèse des puissances civilisatrices tant de Rome que des Gaules puisque on y reconnaît Jupiter, la souveraineté ; Mars, la fonction guerrière ; Vulcain, l’artisan au service du guerrier ; Castor et Pollux ; et pour la troisième fonction Mercure accompagné de Vénus et de Fortuna ; enfin Esus le puissant, Smertrios le guerrier, Tarvos trigaranus et Cernunnos garants de la fécondité sauvage[2]. C’est en ce lieu de fécondité féminine par excellence l’affirmation de la force virile, de la tension complémentaire des sexes seule capable d’engendrer une cité.
La christianisation n’a pas détruit la symbolique profonde de ce lieu, elle en a fait une autre lecture mais il s’agit toujours de rassembler au cœur, de laisser rayonner du Centre les directions ordonnatrices de la civilisation, de favoriser l’alchimie humaine. Même Viollet-le-Duc en rajoutant sur la balustrade des démons de pacotille s’est plié à la vocation essentielle de ce lieu et ses figures faussement médiévales en ont acquis sens et fonction.
Il fallait le rappeler dans cet hommage à Dominique Venner car nous ne sommes pas en face d’un suicide psychologique mais dans le registre de l’impersonnalité active.


[1] René Guénon, « L’idée du Centre dans les traditions antiques », Regnabit, mai 1926 ; repris dans la compilation de Michel Vâlsan, Symboles fondamentaux de la science sacrée, Gallimard, Paris, 1962, p.84.
[2] http://www.cairn.info/revue-archeologique-2005-2-page-315.htm

Saturday, May 25, 2013

Hommage à Dominique Venner

Comme chacun le sait désormais, Dominique Venner s'est donné la mort le 21 mai 2013 devant l'autel principal de la cathédrale Notre Dame de Paris. Voici l'hommage que lui rend Athos :



Pour moi, Dominique Venner a donné sa vie en sacrifice sur l’autel de la patrie, de la grande patrie française et européenne que symbolise Notre-Dame de Paris. Ce suicide sacrificiel a aussitôt été suivi d’un « meurtre dans la cathédrale », d’un meurtre médiatique s’efforçant de réduire l’auteur de cet acte tragique en « essayiste d’extrême-droite ». L’orchestration des médias officiels va faire en sorte que, aux yeux du grand public, cet acte de résistance soit réduit à un fait divers comparable aux suicides en public qui se multiplient, hélas, dans des écoles et sur des lieux de travail.

Le sens véritable de l’acte de Dominique Venner ressort très nettement au fil de la lecture des écrits qu’il a laissé sur son site personnel, depuis le début de l’année 2013, que j’ai relu en guise d’hommage personnel le soir même de sa disparition. Il y est question du printemps français, de ses limites et de ses perspectives, de la façon dont naissent les révolutions, des « glorieuses défaites » qui traversent l’histoire européenne, de l’héritage multi-centenaire de de Machiavel  - qui « préfère sa patrie à son âme » - et du Chevalier  de Dürer qui affronte le Diable et la Mort, ce rebelle chevalier auquel s’identifiait Dominique Venner. On y trouive également une référence à l’engagement héroïque de Jean Bastien-Thiry, une autre à la renonciation de Benoît XVI, « qui est « parti en beauté », une autre à l’archiduc François-Ferdinand, qui incarne la transformation d’un malheur en manifestation héroïque de la beauté pure. 

L’acte héroïque de Dominique Venner a été préparé de longue main et avec le plus grand soin, et il a été parfaitement exécuté, avec une minutie et une lucidité traduisant une volonté inexorable : une seule balle dans le revolver, un déjeuner avec des amis non mis au courant de ce qui allait se passer. On a peine à imaginer l’extrême tension intérieure qui a porté cet homme dont l’acte suprême a, définitivement, changé la vie en destin, un destin hautement assumé.

L’espérance renfermée dans ce sacrifice est de contribuer à réveiller la conscience des Français et des Européens et à centrer leur réflexion sur le péril majeur qu’est le « grand remplacement » des populations opéré en Europe par le mondialisme sous la forme d’une politique d’immigration-invasion suicidaire. Péril majeur qui constitue la menace la plus grave que l’Europe ait connue, sur ce plan, depuis les invasions du Xe siècle, sous la triple pression des Avars, des Arabes et des Vikings.

On peut songer au suicide sacrificiel par le feu de Jan Palakh, dans les jours qui ont suivi l’invasion de la Tchécoslovaquie, le 21 août 1968, par les forces soviétiques du Pacte de Varsovie. Mais alors, le peuple tchèque tout entier était parfaitement conscient de subir une agression brutale et potentiellement mortelle, alors qu’aujourd’hui, en France et dans une grande partie de l’Europe occidentale, les populations sont rendues somnolentes et anesthésiées par le matraquage médiatique quotidien. 

La mort de Dominique Venner est celle d’un Kshatriya, d’un guerrier, qui reflète l’héroïsme tragique de cette caste, tel que l’exprime l’œuvre de Julius Evola. La référence « traditionniste » de Dominique Venner à la mémoire longue des Européens qui trouverait son fondement chez Homère s’allie à une sourde et tenace opposition au christianisme - un christianisme perçu essentiellement dans sa dimension politique, comme le « ver rongeur » des vertus viriles de la romanité antique. C’est un point sur lequel, depuis bien longtemps, je mène un débat intérieur avec la pensée de Dominique Venner, que je respecte et comprends, mais sans la partager. S’il est aujourd’hui un espoir de renaissance européenne, il pourrait peut-être s’inspirer du Légendaire de Tolkien, synthèse des traditions mythologiques de l’Europe du Nord, baignant dans la clarté du message évangélique.

Dominique Venner sentait la nécessité de poser un geste « nouveau et spectaculaire », et il a choisi pour ce faire un lieu hautement symbolique : la cathédrale Notre-Dame de Paris. Un lieu qui représentait sans doute, dans son esprit, le cœur non seulement de l’histoire de France, mais aussi de la civilisation européenne. Ce lieu a été choisi aussi, peut-être, du fait de l’écho qu’il donnerait à son acte à travers toute l’Europe, du fait de la présence de nombreux touristes dans le sanctuaire. S’il a pris le risque de profaner un lieu saint - en répandant son sang devant le maître-autel - ce n’est sans doute pas par provocation envers les chrétiens ; c’est néanmoins un défi lancé à une Église conciliaire qui prône et soutient une politique d’immigration mortellement dangereuse pour le peuple de France et pour la « fille aînée de l’Église ». 

Athos.