Monday, January 02, 2012

RIP pour le cartel bancaire des USA

J'ai trouvé ça superbe :

Pourquoi une fin du monde le 21 décembre 2012 ?


Nous nous sommes posé la question de savoir pourquoi était véhiculée l’idée de fin du monde pour le 21 décembre 2012. Tout d’abord nous avons cru qu’il s’agissait d’une date issue du calendrier Maya. Manque de chance, la fin du calendrier Maya se situe le 28 octobre 2011. En somme, nous vivons déjà la nouvelle ère. Le 21 décembre 2012 correspond au solstice d’hiver, soit la nuit la plus longue de l’année. C’est une symbolique d’initié qui n’a rien à voir avec les Maya. Alors pourquoi cette date ?
Au lieu de rechercher des raisons ésotériques, il faut en revenir à plus de pragmatisme. Nous avions évoqué dans Morphéus l’usurpation en 1913 de la souveraineté monétaire US par le cartel bancaire. Fut établi alors un bail de 99 ans, qui remettait le destin de la Réserve Fédérale américaine entre les mains de ces faux-monnayeurs. Or, l’échéance de ce bail se termine le 22 décembre 2012. En clair, le 21 décembre 2012 quand minuit aura sonné, ce sera la fin du monde pour le cartel bancaire privé. Soit il aura mis en place un système mondialisé de contrôle total de la monnaie au-dessus de toutes les banques centrales (type BRI), soit il perdra le contrôle total, libérant enfin la souveraineté monétaire des peuples.
On peut comprendre que des banques à coût de milliards de dollars, lancent des films et séries hollywoodiennes de fin du monde. Sans doute pour rappeler à leurs agents du Nouvel Ordre Mondial que tout peut être perdu le 21 décembre 2012, s’ils ne font pas leur besogne.
Frédéric Morin
Morphéus n°48

Aux dernières nouvelles, ce bail serait un hoax. N'empêche ! On aura bien ri...

Tuesday, December 27, 2011

Les prophètes de la grande muraille 3


On trouve sur la Toile à cette adresse une vidéo particulièrement alarmiste.


Le thème : en 2013 – date qui serait celle du maximum du poussif cycle solaire 24 mais aussi le lendemain du 21 décembre 2012, tiens donc – une éjection coronale massive entraîne une tempête magnétique sur Terre, telle que toute alimentation électrique cesse, entraînant la fin de l’eau du robinet, de l’essence à la pompe, par ricochet la famine et le cataclysme final qui engloutit la civilisation si ce n’est carrément l’humanité.

Ah, je les adore, les prophètes de la grande muraille, ceux qui se gargarisent du "on va droit dans le mur" !
On nous a déjà sorti depuis un siècle ce scénario catastrophe avec comme cause :
1. dans les années 70, la future glaciation qui avançait masquée et le retournement des pôles géographiques qu'elle entraînerait.
2. dans les années 80, le peak oil qui devait arriver avant l'an 2000
3. dans les années 90, le bug de l'an 2000
4. dans les années 2000, le terrorisme allié au réchauffement climatique, juste au moment où les températures stagnaient
5. dans les années 2010, après le flop de la pandémie, c'est la tempête magnétique ou le retournement des pôles magnétiques, juste au moment où le cycle solaire est très peu actif au point qu'on évoque le minimum de Maunder ou celui de Dalton
Ne parlons pas des terreurs occasionnelles, mensuelles en somme, comme les prévisionnistes qui nous annonçaient en octobre un hiver glacial et neigeux avec des congères de plusieurs mètres... sans oublier la grippe aviaire, H1N1 et quelques autres.
A moins de 2 millions de morts, pour ces prophètes là, le compte n'y serait pas. Et encore, je suis radine.

C'est évidemment de l'irrationnel pur. On habille de science les vieilles peurs de la fin du monde, bien plus anciennes que le christianisme, la peur des déluges d'eau et de feu venue de vieux traumatismes locaux dont l'archéologie a retrouvé les traces. Sur le présent, oui, il a du y avoir localement des centaines ou des milliers de morts, comme dans toutes les catastrophes. Importance pour l'avenir : sensiblement égale à zéro.

Un des corollaires de ces vieux traumatismes, c'est la culpabilisation. Si on est "puni", c'est qu'on a déplu aux Puissances qui gèrent le monde, qu'on a fait quelque chose de mal, mais quoi ? Forcément quelque chose de nouveau, que nos ancêtres n'avaient pas fait, sinon les Puissances se seraient fâchées avant. Aujourd'hui, ce "nouveau" serait la révolution industrielle et la technologie -- la vieille peur de la faute greffée sur la mauvaise traduction de la Genèse ou "l'arbre de la connaissance du bon et du mauvais" (jugements de valeur) est souvent résumé en "arbre de la connaissance" tout court, contresens à hurler.

J'aime bien vivre en "sauvage", j'adore camper, faire mon jardin quand je peux en avoir un, mais c'est par goût, pas parce que je redouterais la technique.
Elle m'a sauvé la peau, la technique. Je ne vais pas cracher dans la soupe.

PS. J'ai déjà publié ces lignes sur une liste de discussion semi privée, ceux qui le retrouveront ici me pardonneront ce doublon. Ici, c'est tout public.

Sunday, October 16, 2011

Humeur d’été



 En cette fin du mois d’août, tandis que les glands mûrs tombent des chênes avec un petit bruit métallique lorsqu’ils heurtent les tuiles, la façon dont va le monde me donne la nausée. Il a suffi d’une semaine sous la tente, loin des nouvelles et des rumeurs, loin des médias, loin des sondages et des élections à venir, des feuilletons obligés d’une actualité qui se n’est plus que ragots de cour et moralismes en tout genre, une seule petite semaine à m’emplir les yeux de la beauté des arbres, de la beauté des arts, à vider quelques verres avec de bons copains en discutant de l’essentiel, de l’écriture et de l’imaginaire. J’en suis sortie comme lavée des miasmes de ce temps et, revenant au quotidien, l’obscénité de ce qui se joue parmi les puissants de ce monde m’est apparue dans sa crudité.
Je ne comprenais rien à l’intervention en Libye, sinon qu’une fois de plus la machine à moudre de la propagande s’était remise en marche et qu’on nous jouait la guerre morale pour pouvoir la faire à outrance. Je ne comprenais plus rien à ce printemps arabe confisqué par l’islamisme, les militaires ou les anciens ministres, sinon que toutes les révolutions commencent dans la pureté d’une révolte pour finir confisquées par des émules d’Iznogoud puisqu’il s’agit toujours de devenir calife à la place du calife. Et je ne sais que trop qu’une révolution appartient, in fine, à ceux qui la financent, qui alimentent en armes, en argent et en autres impedimenta le camp qu’ils espèrent voir triompher. Certes, comme aurait dit ma belle-mère, « ils lancent la pierre et cachent la main » mais un peu d’entraînement permet de voir la trace de ce geste. Nihil novum sub sole !
Le pétrole, me disaient mes amis férus de géopolitique. On trouve toujours un contrat refusé, une concession trop vite attribuée à d’autres, qui servira d’explication. Pourtant Kadhafi n’était pas chiche de son or noir. Pourquoi diable fallait-il en urgence se séparer d’un dictateur – n’ayons pas peur des mots – que l’on supportait bon an mal an depuis un bon demi-siècle ? J’avais un temps pensé qu’il s’agissait d’un contre-feu pour désamorcer les événements de Tunisie mais cela n’a pas de sens.
Ce qui commence d’en prendre, du sens, c’est le paysage qui s’offre aux yeux d’un historien lorsqu’il se retourne sur les vingt ou les trente dernières années. Je ne suis pas la première à noter l’effarante continuité de la politique étrangère des USA depuis la fin du XIXe siècle, si l’on exclut les temps de repli ; cette continuité comporte depuis au moins 1947 et le début de la guerre froide le soutien systématique à l’islamisme. Pourquoi ?
On reconnaît un arbre à ses fruits, dit l’Evangile. Ceux de ce soutien sont simples : le sous-développement masqué par la richesse d’élites assises sur les puits de pétrole, tandis qu’au peuple n’est accessible au mieux qu’une formation technique sans remise en question idéologique. En d’autres termes, le soutien à ce qu’il y a dans ces pays de plus figé dans sa vision du monde et de plus agressif, c’est la certitude de pouvoir continuer à acheter le pétrole à relativement bas prix, de maintenir le dollar comme monnaie internationale et de n’avoir aucun rival dans le domaine de l’innovation scientifique et technologique. Et c’est pourquoi les subsides coulent vers les partis islamistes pour confisquer ce qu’il pouvait y avoir de démocratie réelle, c’est à dire directe et locale, dans les printemps arabes, pour s’assurer qu’ils resteront de simples vendeurs de pétrole ou de soleil et ne deviennent pas une force économique. Le tout au nom des « droits de l’homme ». Ce qui permet aussi, par ricochet, de s’assurer une supériorité « morale » et de maintenir chez les peuples occidentaux la peur du loup qui empêche de réfléchir. Nausée.
J’ai commencé ce mot d’humeur à la fin août, je le termine à la mi-octobre. Pour une part, c’était faute de temps ; pour une autre, je l’avoue, j’ai pris peur devant l’énormité de ce que je découvrais. Mais on ne peut pas vivre toujours dans la peur, surtout quand la nausée l’emporte.

Thursday, March 17, 2011

Un nouveau livre essentiel

Bertrand Méheust, Les miracles de l’esprit : Qu’est-ce que les voyants peuvent nous apprendre ?, Les empêcheurs de penser en rond, La Découverte, Paris, 2011.

Un nouveau livre de Bertrand Méheust est toujours un événement et celui-ci ne manque pas à la règle. En dépassant le problème de la preuve pour interroger les modes opératoires de la métagnomie, il nous offre une enquête passionnante, philosophique et psychologique, sur les plus grands voyants étudiés scientifiquement depuis deux siècles. Au fond, qu’est-ce que la voyance, quand on ne se crispe pas à justifier son existence face aux zététiciens de tout poil et quand admirer l’artiste ne suffit plus ? Bertrand Méheust répond : « un état limite de la mémoire ». Pour parvenir à cette formule qui a l’immense mérite de nous faire sortir de l’opposition entre normal et anormal[1] où l’on ne sait jamais si le premier terme désigne une médiété mathématique ou une règle sociale tacite, il lui fallait explorer non seulement les archives de la recherche métapsychique mais aussi les travaux des philosophes sur la mémoire la plus banale. Il revisite Proust au delà du littéraire, convoque Bergson et Gabriel Marcel et le lecteur découvrira sans doute comme moi les aventures de ce champion de l’introspection qu’est François Ellenberger dont, je l’avoue, j’ignorais jusqu’à l’existence. En remontant plus loin dans l’histoire, il interroge l’oracle grec et le mythe de Mnémosyne avant de revenir au laboratoire le plus moderne, celui des chercheurs américains financés dans leurs meilleures années par la CIA[2].

Mémoire, sœur obscure et que je vois de face – Autant que le permet une image qui passe, écrivait Supervielle. Au fil de l’ouvrage de Méheust, cette face se dégage de son obscurité constitutive et les ténèbres en lesquelles elle se drape s’illuminent. On chemine ainsi jusqu’au moment où surgit l’insidieuse question : si la voyance est un état limite de la mémoire, à quoi sert de les distinguer ? Toute mémoire ne serait-elle pas également voyance ? Il n’élude pas cette possibilité, tout en gardant une grande prudence méthodologique. Mnémosyne, dans le panthéon grec et particulièrement chez Homère connaît tout ce qui est, qui fut et qui sera, dépassant largement le simple (?) enregistrement de souvenirs individuels. Notons au passage, car la lecture suppose aussi les résonances que le texte induit chez le lecteur, que cette formule homérique qui unit passé, présent et futur en une seule conscience surplombante sera exactement reprise comme attribut divin dans la liturgie chrétienne. En d’autres termes, pour un Grec de l’empire, nourri de culture hellénistique, ayant forcément lu Homère et les grands tragiques, l’omniscience de Dieu est mémoire[3]. L’occident latin perdra hélas cette référence. Dans la liturgie grecque, reprise telle quelle par les Slaves, la glorification de la Trinité s’achève par maintenant et toujours et aux siècles des siècles. On part du présent et l’onde se répand sur le temps entier, toujours englobant à la fois le passé et le futur. Les clercs carolingiens rendirent la formule linéaire en explicitant le passé : comme il était au commencement, maintenant et toujours et aux siècles des siècles (sicut erat in principio et nunc et semper et in saecula saeculorum). Cela enfermera notre représentation du monde dans l’étroitesse du temps linéaire dont les chercheurs en sciences humaines ont du mal à se déprendre – et dont les physiciens ne se déprennent qu’à reculons. Mais le temps de Mnémosyne ne serait pas davantage cyclique et s’apparenterait plutôt à un éternel présent dans lequel s’inscrivent tous les événements de l’univers passant ainsi du fugace à l’éternel.

Y puiser est un autre problème. Méheust décrit très précisément la façon dont y parviennent les grands voyants – mais aussi le moindre cruciverbiste qui a un mot sur le bout de la langue sans parvenir à le trouver. Sœur obscure, Mnémosyne se dérobe et ne se livre qu’au bout d’un long et difficile voyage ponctué de carrefours où l’explorateur (le mnémonaute ?) a mille occasions de se perdre, de glisser soit vers l’imaginaire pur, soit vers des à-côté, des dérives vraies mais hors sujet.

Dans son recours aux Grecs, Méheust ne pouvait oblitérer Platon et sa théorie de la réminiscence. C’est la partie du livre où il s’adresse le plus directement aux tenants des sciences humaines, où il ferraille frontalement avec les préjugés philosophiques de notre temps. Il faudrait applaudir mais cela fait si longtemps que je reproche aux mêmes de s’accrocher avec l’énergie du désespoir à une vision du monde périmée depuis au moins 1904 si ce n’est depuis Maxwell que retrouver encore ces discussions d’arrière-garde me laisse le même sentiment d’inutilité que chercher sempiternellement à prouver l’existence du psi à des rationalistes qui la refusent de toute la force de leur croyance au dieu Hasard. Cela dit, c’est lui qui a raison. Si l’on veut montrer aux universitaires des sciences humaines toute la richesse drainée par la métagnomie, il faut bien partir de leurs préjugés pour les entraîner à faire un pas de plus. Heureusement, hors de France, cet enfermement dans la vision du monde de Laplace, Arago ou Berthelot commence à céder et d’aucuns à admettre que Planck, Louis de Broglie ou Feynman avaient aussi quelque chose à dire qui concerne l’homme[4]. Méheust cite un ouvrage collectif américain récent (2007) issu de l’Institut d’Esalen, qui bat en brèche « la conception matérialiste, causaliste, déterministe et localiste de la conscience qui domine la pensée actuelle ». Les auteurs reprennent la théorie de William James selon laquelle le cerveau ne représente pas un générateur de pensée mais un filtre et se collètent frontalement avec les neurosciences et l’hypothèse qui voit dans les souvenirs des traces atténuées de perceptions antérieures et se refusent à envisager une mémoire sans support matériel. De nombreux faits permettent de rejeter cette théorie des traces, des faits incontournables et concrets comme la régénération des fonctions cognitives après une lésion cérébrale. A ceux-ci, j’ajouterai que l’hypothèse du filtre fut reprise dans les années 80-90 par un physicien qui n’avait aucun rapport ni de près ni de loin avec les métapsychistes et qui la basait uniquement sur les équations relativistes, je veux parler de Régis Dutheil.

A partir de l’appui que lui fournissent les travaux de l’équipe d’Esalen, Méheust récuse la théorie physicaliste, cette vieille idée que le cerveau sécréterait la pensée comme la vésicule la bile, que tout prendrait naissance dans la matière au sens le plus compact et chimique de ce terme. Et il est vrai que, tributaires encore pour une large part de la mode du tout moléculaire que critiquait déjà Michel Jouvet, pourtant champion de l’expérimentation animale sur le sommeil et le rêve, nombre de chercheurs des neurosciences, tout en reconnaissant que le « parallélisme corps/esprit » (cache-pot du causalisme corps vers esprit) est un postulat improuvable s’accrochent à cet unique niveau, celui des échanges de neurotransmetteurs. Méheust reprend l’historique de la théorie du filtre et note l’apport des théoriciens des sciences psychiques comme Myers ou William James. Quant à l’équipe d’Esalen qui la revisite, c’est à la lumière de la physique la plus contemporaine et en admettant établie la réalité de la métagnomie. Sans rentrer dans le débat technique, Méheust note que ce filtre cérébral, cette membrane qui s’interpose entre le réel en soi et notre conscience locale n’est pas étanche et que ses frontières semblent mouvantes, fluides. Il ajoute qu’elle est, comme tout en nous, un produit de l’évolution mais peut-être aussi la condition de la montée vers la pensée. A cette théorie du filtre, Bertrand Méheust apporte une complexification. Le niveau physico-physiologique n’en forme pour lui qu’un niveau ; l’environnement culturel, historique voir psychologique démultiplierait les membranes, permettrait, interdirait ou régulerait l’émergence du psi.

Les enjeux sont immenses, rien de moins que notre nature et notre rapport au monde. Juste encore une remarque en passant, remarque de lectrice intéressée de longue date à la question des limites : accepter la métagnomie et ses conséquences donne une base solide à la psychogénéalogie aujourd’hui irréfutable quant aux faits mais impossible à comprendre dans les modèles anthropologiques hérités des Lumières.

Et surtout, surtout, cet ouvrage repose implicitement la question que même la physique, en le spatialisant, n’a fait que contourner : qu’est-ce que le temps ?



[1] Oublions le terme paranormal. Avec le mauvais esprit qui me caractérise, je soutiens que le para normal est celui qui se produit en chute libre sur le terrain de Saint-Yan lors du meeting annuel, sans oublier que, si le parapluie protège de la pluie, le paravent protège idéalement du vent, le paratonnerre de la foudre, on pourrait insinuer que le mérite du paranormal serait de nous protéger de la normalité normative !

[2] A ce propos, le programme Stargate a peut-être été abandonné mais au profit d’un autre qui le continue. En cherchant sur Internet, on s’aperçoit que la CIA recrute toujours des volontaires pour des expériences de voyance amusante, avec une annonce fort alléchante pour de jeunes gens. De quoi se rêver quelques heures en disciple du professeur Xavier… On ne voit pas à quoi leur servirait de financer un tel vivier si ce n’était pour y pêcher quelques gros poissons.

[3] Merci, Bertrand, de m’en avoir fait prendre conscience. Par ce rappel d’Homère, tu m’ouvres des horizons assez vertigineux et qui renvoient définitivement au dépotoir des idées fausses celle qui veut que le judéo-christianisme aurait substitué le temps linéaire au temps cyclique. Cela fait des années que je ferraille contre cette vision superficielle et finalement fausse, là tu me forges une épée de choix pour porter l’estocade.

[4] Volontairement, je ne cite pas Einstein, trop médiatisé et trop investi par les rationalistes là où sa théorie sert leur fermeture du monde.

Saturday, December 04, 2010

Le Big Bang a-t-il pleuré l’univers ?

Le 27 novembre, les physiciens de la collaboration Alice (A Large Ion Collider Experiment), deux semaines à peine après la première expérience de collision d’ions de plomb, présentaient les premiers résultats sur le site arxiv. Il s’agit toujours de reconstituer des conditions analogues à celle du Big Bang, d’explorer ainsi les premiers millionièmes de seconde de l’univers. Il y a encore 5 ans, on pensait qu’à cette très haute époque, l’univers était un gaz et plus exactement un plasma de gluons et de quarks mais en 2005, les observations et mesures d’ellipticité de la boule de feu effectuées au RHIC suggéraient, à la surprise générale, que l’ensemble de gluons et de quarks libres se comportait non comme un gaz mais comme un liquide. Un gaz entre en expansion de manière sphérique, un liquide en quelque sorte goutte. Alice confirme cette liquidité dans les conditions à plus haute énergie, donc plus proches des tous débuts de l’univers. Les partisans de la théorie des cordes se frottent les mains : leur modèle l’avait prévu. L’article de Futura-Sciences qui rend compte à la fois des résultats et de leur satisfaction légitime (pour une fois que le réel ne répond pas par le mot de Cambronne lorsqu’on teste un modèle, c’est à marquer d’une pierre blanche !) se termine ainsi : « Ce résultat est d'une grande importance. On pense que si l'on remonte dans le passé, lorsque l'univers observable était âgé de moins de 10-6 s, et bien après l'hypothétique phase d'inflation, ce liquide de quarks-gluons devait être l'état de la matière dans l'univers. » A 10-6 s, nous sommes encore loin du temps de Planck mais l’idée que, presque à l’origine, le cosmos soit une goutte ou une larme de feu parle à la conscience mythique que nous portons tous en nous.

Si l’une des fonctions de la pensée mythique est d’étayer ce que Pierre Chaunu nommait « l’obscure mémoire[1] » de l’inconscient collectif tout comme le rêve nocturne auquel j’ai pu montrer qu’il s’apparente[2] favorise la mémoire individuelle et peut-être en permet l’assimilation, nous devrions trouver dans les mythes d’origine une kyrielle d’images liquides. Mais ici, la question se complique du fait que chaque enfant, chaque vivant croît au sein d’un liquide au stade embryonnaire. On ne devrait donc prendre en compte que les mythes cosmogoniques, ceux qui racontent l’apparition de l’univers et non simplement celle de l’homme ou d’une tribu particulière. Or ce sont les plus rares, les plus allusifs, souvent résumés d’une phrase au début d’une récitation rituelle.

J’aime en poète qu’un Dieu ait pleuré l’univers d’une larme de feu, si la poésie est, comme me l’écrivit Jean Cocteau, « science exacte mais sans preuve ».



[1] Expression tirée d’un poème de Supervielle :

Mémoire, sœur obscure et que je vois de face

Autant que le permet une image qui passe

[2] Voir mes articles analysant le corpus du Rêve planétaire de 1992 dans Oniros (« L’arbre-monde, essai de mythanalyse ») puis dans Rêver .


Saturday, November 27, 2010

A quoi joue Act up ?

Dieu sait que je ne suis pas une fanatique de l’Eglise romaine mais voir en gros titre dans tous les journaux des expressions comme « le pas en avant » ou « le revirement » de Benoît XVI pour une phrase dans un livre d’entretiens dont la sortie en France n’est pas encore annoncée, il y a de quoi se gratter la tête comme un émoticône ! Il est vrai qu’il s’agit d’une phrase sur le préservatif mais on aimerait tout de même savoir ce que le pape a dit d’autre dans ce dialogue avec on ne sait qui (puisque les journaux ne nous précisent pas le nom de son interlocuteur ni quelle question fut posée). Bref, ce brave B16 aurait autorisé comme un moindre mal l’usage de la capote anglaise dans les cas où un risque d’infection par le SIDA serait possible. Pas un commentateur de la presse populaire pour s’apercevoir que la casuistique du moindre mal est une constante romaine depuis au moins le concile de Trente et que son application à ce morceau de latex n’a rien de révolutionnaire !

Une remarque d’Act up dans ce concert d’inepties me laisse rêveuse : « Il faut qu’il reconnaisse que les politiques d’abstinence et de fidélité sont des échecs et sont directement responsables de la mort et de la contamination de centaines de milliers de personnes. » C’est moi qui souligne. Là, je demande à ce qu’on m’explique ! Comment l’abstinence et la fidélité à un partenaire sain pourraient-elles avoir favorisé et directement en plus la transmission des IST ? Il y a comme un parfum d’absurdité qui plane… Ce que veut sans doute dire Act up, c’est que l’homme moderne n’est pas capable de maîtriser sa sexualité et qu’il ne sert à rien de le lui proposer[1]. Mais un tel postulat me semble plus grave que le débat sur la moralité ou l’immoralité, l’efficacité ou l’inefficacité médicale du tube de caoutchouc. Car enfin l’appel à la fidélité conjugale y compris dans les cultures polygamiques ou polyandriques est au fondement de toutes les structures familiales et donc sociales, des Borobos aux Bambaras, des Inuits aux Arabes, de la Chine à la France des années 50. Est-ce sa perte qui entraine la multiplication des viols ? Notons tout de même qu’une famille à peu près stable est la seule assurance que l’éducation des enfants sera menée à terme et qu’on ne retrouvera pas de hordes de gamins errants sans toit ni nourriture comme aux pires temps des guerres civiles. Quant à l’abstinence, il ne s’agit pas d’une exigence catholique romaine, pas même d’une recommandation chrétienne : on la retrouve prônée par toutes les traditions spirituelles de l’humanité, au moins de manière temporaire. C’est vrai de Platon, des Stoïciens, des Epicuriens, de l’hindouisme, du bouddhisme, du taoïsme, de l’enseignement druidique et de bien d’autres.

L’homme est le seul animal qui ne soit pas soumis au rut et qui puisse moduler et maîtriser sa sexualité. C’est aussi le seul qui puisse choisir la fidélité, qui ne soit contraint par les gènes ni à la monogamie, ni à la polygamie, ni au renouvellement périodique de ses partenaires. Cette liberté fait à mes yeux partie de sa grandeur. Tout ce qui nous libère nous grandit.

Et cela n’empêche pas d’espérer un Dieu qui danse…



[1] A moins qu’il ne s’agisse des seuls Africains, auquel cas cette affirmation aurait comme des relents de racisme que j’espère inconscient.

Monday, October 25, 2010

Qu’arrive-t-il au CNRS ?

Jamais deux sans trois, dit-on, mais les deux premières occurrences sont assez désagréables pour qu’on n’en souhaite pas une troisième. Le CNRS et, plus généralement, la recherche d’Etat est-elle devenue le nouveau temple d’une idéologie « rationnelle » et les diverses théories standard un dogme indépassable ? La dénonciation des hérétiques remplacerait-elle le débat entre pairs ?
Il y a quelques mois, une lettre adressée au ministre en charge de la recherche scientifique dénonçait Claude Allègre et Vincent Courtillot, adversaires des thèses du GIEC attribuant à l’homme et à ses rejets de CO2 la responsabilité « à 90% » du réchauffement climatique. Les termes employés assimilaient deux chercheurs reconnus à des charlatans de foire. Et la semaine dernière, un article signé simplement CNRS paraissait dans Marianne pour attaquer les frères Bogdanoff et remettre en cause la validité de leurs doctorats.
Peu importe qui a tort ou raison sur le fond. On avait connu de ces diatribes dans la presse à la fin du XIXe siècle mais c’était alors le lieu habituel du débat scientifique et l’insulte le ton normal de toutes les controverses, à commencer par la politique. Puis les choses étaient devenues plus feutrées, la science s’était retirée dans le jardin secret de ses revues spécialisées et les querelles ne se vidaient qu’entre pairs dans un langage d’une vipérine courtoisie à l’occasion de colloques ou de correspondance privée. Quant aux trublions, ceux qui se permettaient d’avoir des idées neuves qui secouaient quelque peu les mandarins en place, il suffisait de rejeter leurs articles des revues à modérateurs. Internet n’a que peu changé la donne, permettant surtout aux novateurs rejetés de proposer directement leurs recherches à la lecture de leurs pairs. Comme la ménagère de moins de 50 ans n’allait que rarement se passionner pour les quaternions, le code génétique ou les supercordes, les échanges restaient encore dans le giron universitaire.
Les dénonciations de ces derniers mois ramènent le débat scientifique sur des terrains où il a peu à faire. La demande d’un arbitrage politique ou, pire, par l’opinion publique semble oublier allègrement que le seul juge de la vérité ou de la fausseté d’une théorie, c’est le réel lui-même et que l’observation et la mesure doivent toujours avoir la primauté sur les modèles. Dans la dénonciation d’Allègre et Courtillot, les chercheurs donnaient le spectacle plutôt affligeant de gamins d’école maternelle allant se plaindre à la maîtresse ; du moins avaient-ils pour les yeux avertis l’excuse fragile d’une crainte pour leurs crédits. En temps de vaches maigres, il s’agit de réduire le nombre de parts en quoi l’on divise le gâteau. Le procédé manquait singulièrement d’élégance mais le malthusianisme sous-jacent transparaissait assez vite. Il reste que le reproche fait aux trublions de remettre en cause les travaux d’un groupe d’experts, fût-il international, est irrecevable en sciences où chaque avancée opère justement par remise en question des certitudes précédentes. Avec l’appel à la vigilance vis-à-vis des frères Bogdanoff, on franchit carrément la ligne rouge. Il est aisé de voir derrière les affirmations vertueuses de ce CNRS là (ils sont combien à se prendre ainsi pour l’institution toute entière ? 5 ou 6 chercheurs ?) la jalousie féroce de ceux qui ne passeront jamais à la télévision et ne publieront jamais de best-seller.
Mais dans les deux cas, l’argumentaire utilisé est le même et peut ainsi se résumer : ces gars là n’ont pas les compétences requises dans la maison car ils rejettent la théorie standard. Allègre et Courtillot voient dans le réchauffement climatique qui d’ailleurs fait une pause certaine le résultat de cycles naturels plus que de l’activité industrielle humaine ; les frères Bogdanoff suggèrent que le temps de Planck n’est pas un mur opaque et que l’on peut « voir » l’état de l’univers en deçà du Big Bang. Une vision toute mathématique s’entend, mais qui renvoie les supercordes et leur complication croissante dans la corbeille aux épicycles. Notons que, dans les deux cas, les dénonciateurs d’hérétiques ne redoutent pas trop le verdict du réel : il faut trente ans pour juger d’une évolution climatique et l’expérience cruciale en ce qui concerne le temps de Planck n’est pas encore à la portée de nos collisionneurs de hadrons.
Encore une fois, peu importe qui a raison ou tort sur le fond. Ce qui me semble gravissime, c’est que l’on transforme des hypothèses, des modèles ou des théories en dogmes intangibles et l’ensemble université/CNRS en clergé autorisé refusant le droit de prêche (pardon, de vulgarisation) en dehors de coteries.

Monday, August 02, 2010

Le Big Bang et ce qui s’en suivit 2

Dans le dernier numéro de Ciel et Espace (juillet 2010), Alain Giraud-Ruby suggère que l’astronomie « est redevenue productrice de mythes pour l’humanité » et rappelle que Claude Lévi-Strauss remarquait que « big bang, univers en expansion ou trous noirs avaient tous les caractères du mythe ». De la part du structuraliste rigoureux qu’était Lévi-Strauss, une telle affirmation ne saurait désigner une simple incitation à la rêverie. Mais s’il a raison, il faut lire aussi les travaux de Maximo Banados, de Pedro Ferreira, d’Eric Verlinde et de leurs émules comme relevant du muthos autant que du logos. Deux visions s’affrontent, l’une dynamique, anisotrope, infiniment muable, inscrite dans l’intuition du temps, l’autre statique, homogène, isotrope et immuable qui relève de celle de l’espace. René Thom disait en substance qu’il n’y a de science que lorsque l’on peut spatialiser les données ne serait-ce que dans un espace de Hilbert[1] et il est vrai que, dans notre langage mathématique, le temps doit être traité comme une dimension d’un espace abstrait sans quoi il nous échappe et avec lui l’analyse du mouvement. Les taoïstes anonymes qui élaborèrent les trigrammes et les règles géniales du I Jing[2] auraient sans doute dit à l’inverse qu’il n’est de science que si l’on peut saisir les mutations temporelles de l’univers. On songe à l’intuition de Kant voyant espace et temps comme les formes a priori de la sensibilité, terme à prendre avec quelques pincettes comme d’ailleurs celui de forme si l’on ne veut pas accumuler les contresens. Matrices de la perception conviendrait mieux dans la langue d’aujourd’hui. Mais sans que Kant en ait conscience, le choix métaphorique de la forme du cordonnier sur laquelle il tend le cuir pour fabriquer la chaussure donnait comme René Thom la préséance à l’espace. Comme si le temps était l’impensable même.

Si le Big Bang, l’expansion de l’univers et les trous noirs relèvent du muthos, on doit pouvoir les relier à des figures archétypales ou à des récits mythiques. Il n’est pas indifférent à notre propos que l’un des reproches qui furent adressés à Gamow et déjà à l’abbé Lemaître soit celui de ramener Dieu dans la science en proposant un univers né de rien, né d’un point, tout comme l’on reprochait à Newton de ramener la magie et l’action à distance avec la gravitation. Mais c’est dans l’autre sens qu’il faut prendre la question. L’auteur juif du Poème de la Création qui ouvre le livre de la Genèse fait commencer le monde par une lumière née d’une parole ou, plus exactement, de l’injonction d’un nom : « Que la lumière soit ! » L’hébreu le dit en deux mots : IHI AUR, l’impératif du verbe être et le nom de la lumière. Littéralement, si j’ai compris comment se conjugue un verbe : « Tu es, lumière ! » Affirmation conjointe de l’être et du nom toujours consubstantiel à la chose dans les langues sémitiques. Dieu informe la lumière qu’elle est et, ainsi, la fait advenir comme autre que Lui-même..

Comment les scribes de l’époque davidique ou plus probablement de celle d’Esdras ont-ils pu avoir pareille intuition ? Si je traduis le Poème en termes modernes, j’obtiens une information (parole) qui génère les photons (lumière). C’est exactement ce que racontent les équations de la physique. Ils hurlent tous : les rationalistes pour qui citer la Bible est une obscénité, les théologiens qui tremblent devant la science et redoutent le concordisme. Et pourtant, qu’on le veuille ou non, l’intuition poétique d’un chantre du Ve ou IVe siècle avant notre ère rejoint les plus rigoureuses équations de notre temps. On peut évidemment botter en touche et considérer, version rationaliste, que c’est là pure coïncidence sans intérêt ou, version fondamentaliste, que Dieu a dicté le texte au mot à mot. La version rationaliste n’est qu’une forme de point Godwin qui stoppe toute discussion : circulez, y a rien à voir ! La version fondamentaliste m’intéresse davantage car, dans la suite du Poème, Dieu se serait trompé en dictant. La Terre n’est pas apparue avant les astres et surtout pas avant le Soleil. Et l’idée d’un Dieu qui dicte des carabistouilles entraîne dans de fort joyeuses méditations théologiques, surtout si l’on a le sens de l’humour. Relire le Dictionnaire philosophique de Voltaire, prince du sarcasme.

Malgré ce raté du quatrième jour, l’auteur du Poème accumule tout de même les intuitions troublantes, comme la séparation de la Pangée et de l’océan ou la succession des êtres vivants, produits par la Terre et que vient couronner l’homme. Il serait intéressant de voir si l’on en trouve de la même eau dans d’autres traditions que judéo-chaldéenne, d’autres récits mythiques d’autant que, jusqu’ici, nous n’avons pas croisé l’analogon du trou noir. La première image qui nous vient est sans doute celle de l’ogre, du dévoreur. Or on la retrouve dans les mythes cosmogoniques avec la figure du loup associé à la mort, Mormôlykè dans les contes grecs, louve nourrice de l’Achéron, Sköll et Hali ou Fenrir et Managamr qui pourchassent dans les Eddas le Soleil et la Lune et les dévoreront lors du ragnarök. Ce loup devient jaguar dans les mythologies amérindiennes. Plus curieusement, ces animaux dévoreurs d’astres, à moins qu’il ne s’agisse comme avec Savitri en Inde ou Ho en Chine d’un Soleil devenu noir et qui engloutit l’univers, se résument en l’ogre, l’Orcus gallo-romain, le géant dont la gueule ouverte à l’occident avale le Soleil chaque soir. Les enlumineurs médiévaux n’omettaient pas de représenter béante la gueule de l’enfer, sans oublier de lui dessiner un œil qui soulignait son aspect d’animal dévorant. On peut n’y voir que l’expérience traumatisante de la nuit et des éclipses mais il faut tout de même souligner que toutes ces mythologies comportent une annonce eschatologique de destruction finale de l’univers avalé, dévoré et suggèrent que la menace se tapit déjà au sein du monde. Comment ne pas songer au trou noir supermassif qui occupe le centre des galaxies ?

Toutefois le concordisme, si l’on tient vraiment à ce terme, y est moins évident. C’est une constellation d’images qui nous suggère que quelque chose en nous est profondément accordé à l’univers, comme une mémoire ou une connaissance obscure qui s’exprime aussi bien par le muthos que par le logos. A ce niveau caché dans les replis du subconscient ou de l’inconscient collectif, il semblerait que l’homme capte une information originelle, une mémoire de l’univers plutôt que de sa propre espèce. Du moins peut-on le poser comme une hypothèse qu’il faudrait affiner et préciser.



[1] On me pardonnera de ne pas rechercher le bouquin disparu dans les profondeurs de ma bibliothèque pour référencer plus exactement. Pour mes lecteurs non mathématiciens, un espace de Hilbert est un espace abstrait, métaphorique, qui permet de traiter de n’importe quelles grandeurs comme s’il s’agissait de mouvement ordinaire. C’est une généralisation d’Euclide.

[2] Pauvres anthropologues des débuts du XXe siècle qui n’y voyaient qu’une pensée primitive sexualisant la nature !



Wednesday, July 21, 2010

Le Big Bang et ce qui s’en suivit

Je lis le dernier bouquin des frères Bogdanov, Le visage de Dieu, sympathique rappel d’histoire des sciences, de la découverte du Big Bang. Ils notent en particulier les réticences des cosmologistes à accepter que l’univers, comme tout ce qui est en son sein, ait une histoire : un début, une croissance et probablement une fin. Une série d’articles parus sur la Toile, pour la plupart en anglais, font état du dernier avatar de ces réticences. PhysOrg.com publie le 12 juillet 2010 un article intitulé Revised theory of gravity doesn't predict a Big Bang faisant écho à Physical Review Letters où l’on apprend que deux astrophysiciens, Maximo Banados et Pedro Ferreira, ont réussi à remettre le diable dans sa boîte en s’appuyant sur les travaux d’Eddington qui trouvait « répugnante » l’idée d’un univers né d’un point initial ou d’une singularité. Eddington avait proposé une théorie de la gravitation différente de celle d’Einstein et Hilbert mais incomplète puisqu’elle ne rendait pas compte de l’action gravitationnelle due à la masse (matière). Banados et Ferreira, à la suite de beaucoup d’autres, ont tenté d’inclure la matière dans cette théorie, sauvant ainsi la notion d’un univers parménidien. « Dans leur analyse, écrit PhysOrg.com (l’auteur réel restant anonyme), ces chercheurs ont trouvé qu’une clé caractéristique de la théorie d’Eddington révisée de la gravitation est qu’elle reproduit exactement celle d’Einstein dans le vide (sans nulle matière) mais donne d’autres résultats si l’on ajoute la matière. A cause de cette caractéristique, la théorie révisée a des implications surtout pour les régions à haute densité comme l’univers à son tout début ou l’intérieur d’un trou noir. La théorie prédit ainsi une densité maximum d’espace-temps homogène et isotrope qui pourrait avoir des conséquences pour la formation d’un trou noir. » Homogène et isotrope ! C’est exactement ainsi que l’on peut traduire en langage moderne le Sphairos de Parménide.

A l’origine, il n’y aurait donc plus de singularité quasi ponctuelle[1] car la théorie d’Eddington implique une certaine étendue de départ pour éliminer la singularité, à partir de quoi la croissance et l’histoire de l’univers peuvent se dérouler dans les mêmes termes qu’avec le Big Bang. Tout dépendrait de la densité de ce monde encore au berceau. On peut aussi penser notre actuel univers comme le résultat de l’effondrement d’un autre plus ancien. Pourquoi éliminer la singularité ? Tout simplement parce qu’un tel objet n’est pas mathématiquement défini, n’est donc pas descriptible par le langage de la physique. Or la Relativité Générale en présente au moins deux : l’état de l’univers à l’origine et la vitesse de la lumière dans le vide. On sait d’ailleurs qu’Einstein avait inclus dans ses équations une constante ad hoc afin d’éliminer la singularité originelle et l’obscénité que représentait pour lui un univers en expansion, ayant un début et une histoire. Pour la vitesse de la lumière, il faut atteindre les études supérieures pour apprendre qu’il ne s’agit pas d’une limite absolue, que les équations fonctionnent au delà mais qu’elle agit comme un séparateur entre l’ici et l’ailleurs. Ferreira, professeur d’astrophysique à la prestigieuse université d’Oxford, envisage d’ailleurs de reprendre la question de la constante cosmologique.

Nihil novum sub sole, pourrait-on simplement penser ; il y a toujours eu des réfractaires comme il y en avait à l’héliocentrisme de Copernic. Et cela vient encore d’Oxford où travailla sir Eddington, où l’on rencontre un outsider comme Hoyle qui s’oppose depuis toujours à l’idée même d’une origine de l’univers. Mais cette nouvelle tentative pour éliminer le Big Bang vient alors que les données d’observation des satellites COBE et WMAP suivis aujourd’hui de PLANCK semblaient le confirmer sans défaillir depuis vingt ans. Certes, je peux comprendre qu’une singularité agace : tous les calculs s’affolent, on obtient des résultats infinis donc aberrants, on ne peut en tirer ni élégante architecture du monde ni technologie mais derrière cet agacement, on peut lire en filigrane un soubassement de la pensée occidentale depuis au moins Parménide. Le chantre du changement qu’était Héraclite, assez proche des notions taoïstes, n’a guère inspiré ni les philosophes ni les hommes de science alors qu’un Zénon d’Elée ratant à un poil philosophique près le calcul différentiel et intégral parce qu’il ne cherchait à démontrer que l’impossibilité du mouvement est encore enseigné dans nos écoles sans que son paradoxe émeuve plus que ça. Notons au passage que la Relativité Générale avec ses lignes d’univers déterministes comble ses vœux !

D’autres articles aux titres provocateurs (« A scientist takes on gravity » pour le New York Times ; « Newton s’est trompé, la gravitation n’existe pas et c’est une immense révolution ! » sur Agora Vox) font état des travaux d’Eric Verlinde de l’université d’Amsterdam. Ils reprennent l’essentiel de son article paru sur arXiv, le site le plus professionnel de la physique sur la Toile sous le titre On the origin of gravity and the laws of Newton[2] . Verlinde revisite toute l’histoire de la gravitation de Newton à Einstein et les conséquences de ces lois du point de vue d’une collection de particules quelconques. Cette relecture l’amène à remettre en cause la gravitation en tant que force fondamentale, ce qui n’est pas rien. Sa conclusion laisse rêveur : « Les résultats de cet article suggèrent que la gravitation surgit comme une force entropique, une fois que l’espace et le temps eux-mêmes aient émergé. Si la gravitation et l’espace temps peuvent être expliqués comme un phénomène émergent, cela entraîne d’importantes implications dans plusieurs domaines où la gravitation joue un rôle central. Il serait spécialement intéressant d’examiner les conséquences en cosmologie. » Il souligne que d’autres auteurs ont proposé une origine entropique et thermodynamique de la gravitation mais que son apport propre consiste à poser ce problème dans les conditions d’émergence de l’espace. Nous voici encore aux origines de l’univers. « Nous avons identifié, écrit Verlinde, une cause, un mécanisme pour la gravitation. Elle découle de différences dans l’entropie, quelle que soit la façon de la définir, et est une conséquence de la dynamique moyenne statistique aléatoire au niveau microscopique. La raison pour laquelle la gravitation doit suivre la trace des énergies ainsi que les différences d’entropie est désormais clair. Elle le doit car c’est ce qui cause le mouvement ! »

Si l’origine de l’univers est encore au delà de nos possibilités de vérification expérimentale – encore que l’on puisse se demander jusqu’à quand, entre les données des satellites dédiés à l’observation des premières traces du Big Bang et le nouvel accélérateur de particules du CERN – il n’en va pas de même des trous noirs. Verlinde reprend ainsi les travaux de Hawking et Bekenstein et sans doute mes lecteurs ne hurleront pas d’enthousiasme en lisant que l’entropie d’un trou noir peut dépasser la limite de Bekenstein. Peut-être, avec de vagues réminiscences des travaux de Karl Pribram et de David Bohm, seront-ils plus sensibles à cette dernière assertion : « Ce que Newton ne savait pas, et sans doute Hooke non plus, c’est que l’univers est holographique. L’holographie est aussi une hypothèse, certes, et peut sembler aussi absurde que l’action à distance. Un des points essentiels de cet article, c’est que l’hypothèse holographique offre un mécanisme naturel pour l’émergence de la gravitation. »

L’article de Bernard Dugué sur Agora Vox, « Newton s’est trompé, la gravitation n’existe pas et c’est une immense révolution ! » donne des travaux de Verlinde un résumé qui se veut compréhensible par un élève de terminale, simplicité trompeuse. Après avoir rappelé que « la fameuse formule de l’entropie du trou noir, désignée comme formule de Bekenstein-Hawking, présente l’incroyable particularité d’inclure G, c et h, c’est-à-dire trois des constances les plus fondamentales de la physique, la première étant celle de Newton, auquel on ajoute la vitesse de la lumière et le quantum d’énergie », il reprend pas à pas les publications qui ont mené Verlinde à l’hypothèse holographique. L’étape décisive est celle de Ted Jacobson en 1995, le premier[3] à proposer le principe holographique comme explication des trous noirs, principe tel que « l’information « engloutie » par le trou noir serait restituée sur ses bords ». Verlinde pousse à l’extrême les conséquences de ces travaux mais, selon Dugué, « il reconnaît néanmoins que son analyse est vague, péchant par déficiences théoriques et qu’il faut persévérer dans l’aventure dont le terme final sera d’établir que la gravitation n’est pas une force particulière mais une force entropique découlant des variations d’informations liées aux déplacements des objets et à leur localisation ». Dans cette dernière phrase, il faut remplacer particulière par fondamentale et je crains que le vulgarisateur ne se soit laissé abuser par l’humour d’Eric Verlinde qui pratique une forme d’autodérision pour désarmer les contradicteurs. Il n’y a rien de vague dans les équations que l’on peut lire dans on article !

Apparemment, le pont-aux-ânes de la physique qu’est l’existence de quatre forces ou interactions fondamentales que l’on cherche à unifier depuis des décennies n’a pas frappé Bernard Dugué. Rappelons qu’il s’agit de la force forte qui soude les noyaux des atomes, de la force faible, de la force électromagnétique et de la gravitation. Déjà, les trois premières ont été unifiées et l’histoire de leur émergence bien décrite. Reste la gravitation qui nargue son monde depuis plus de trente ans. En faire une conséquence de variations locales de l’entropie rejoint la conclusion à laquelle parviennent les frères Bogdanov par un autre biais : notre univers n’est pas né de rien comme le voulait la première approche du Big Bang, il jaillit d’un ailleurs que l’on peut concevoir comme un océan d’information. Or rappelons que l’entropie ne mesure pas, comme on le lit encore un peu partout, le désordre d’un système, c’est plus mystérieux que cela car le désordre dépend du point de vue et de l’échelle de l’observation, mais aussi que l’information est l’autre nom de la néguentropie.

(à suivre)



[1] Quasi ponctuelle car rien n’est descriptible en deçà du temps de Planck, pas plus l’étendue de l’univers que toute autre caractéristique.

[3] Si l’on oublie Pribram et Bohm dans les années 70, mais ces derniers n’ont pas travaillé sur les trous noirs.