Friday, September 05, 2008

Actualité d'Aimé Michel

Il m'arrive souvent de citer Aimé Michel au fil de ce blog et mes lecteurs savent l'admiration que je porte à ce grand philosophe. Aussi est-ce avec joie que je peux annoncer la parution conjointe aux éditions Aldane de deux ouvrages essentiels pour la connaissance de sa pensée. Le premier rassemble les articles courts et denses qu'il écrivit pour le mensuel France Catholique entre 1970 et 1992. Réunis par Jean Pierre Rospars, ces textes forment un livre de presque 800 pages avec notes et index, le traité qu'Aimé Michel n'a jamais pris le temps d'écrire et qui, peut-être, l'aurait fait reconnaître par ses pairs – encore que, sur ce point, j'aie un doute : la philosophie ou nouvelle scolastique, en France, gangrenée par le marxisme et dominée, si l'on peut dire, par Jean Paul Sartre, ignorait superbement la science et se fourvoyait dans la politique à la petite semaine. Comme les mêmes illusions vidaient alors les églises au nom de Vatican II, souvenons nous de Maurice Clavel tonnant « mes pères ! Vous avez tellement peur d'être les derniers chrétiens que vous serez les derniers marxistes ! », France Catholique faisait figure de bulletin paroissial confidentiel, pauvre, souvent introuvable au banc de presse des paroisses, ce qui ne l'empêchait pas de réunir sur son mauvais papier des signatures parmi les plus intelligentes de l'époque.
Le second livre résulte d'une longue histoire. A la suite de nombreux échanges, Aimé Michel et Bertrand Meheust avaient caressé le projet d'un livre à deux voix, une correspondance philosophique dans laquelle le jeune philosophe permettrait à son aîné, par ses questions, d'approfondir sa réflexion. La correspondance eut lieu mais pour mille raisons, le projet de publication fut abandonné, repris, puis interrompu par la mort d'Aimé Michel et le temps de deuil nécessaire de sa famille, puis l'oubli qui s'installait autour de son œuvre. Il voit enfin le jour et je m'en réjouis d'autant plus que, dans cette correspondance, Aimé Michel n'était pas limité par le format standardisé d'un article de presse ni par la nécessité du style. Comme chez Flaubert, les écrits destinés à l'édition sont d'un classicisme ciselé tandis que la correspondance emploie l'argot, la gouaille, la verdeur qui n'est peut-être qu'une forme de pudeur. La pensée qu'il exprime n'en est paradoxalement que plus profonde.
Je reviendrai sur ces livres mais je tenais à signaler leur parution sans attendre.

Aimé Michel, La clarté au cœur du labyrinthe : chroniques sur la science et la religion, textes choisis, présentés et annotés par Jean Pierre Rospars, préface d'Olivier Costa de Beauregard, Aldane éditions, Cointrin, 2008

Aimé Michel, L'apocalypse molle, correspondance adressée à Bertrand Meheust de 1978 à 1990, précédé de Bertrand Meheust, Le Veilleur d'Ar Men, préface de Jacques Vallée, postfaces de Geneviève Beduneau et Marie Thérèse de Brosses, Aldane éditions, Cointrin, 2008

A quoi j'ajoute ce que je reçois aujourd'hui de l'éditeur :


Les Éditions Aldane ont le plaisir de vous faire part de la publication de ses deux derniers ouvrages:

Aimé Michel: L'apocalypse molle 
Correspondance adressée à Bertrand Méheust de 1978 à 1990 (textes inédits) 
Précédé du «Veilleur d'Ar Men» par Bertrand Méheust 
Préface de Jacques Vallée 
Postfaces de Geneviève Beduneau et Marie-Thérèse de Brosses

Aimé Michel, qui nous a quittés en 1992, ne fut pas seulement un des pères fondateurs de Planète et un pionnier de l'ufologie, il fut aussi, par la dimension prophétique de sa pensée et par la puissance de sa plume, un écrivain et un philosophe visionnaire, dont on trouvera difficilement l'équivalent dans la culture française contemporaine.
Mais une grande partie de son oeuvre reste dispersée et sa dimension épistolaire est encore à découvrir. C'est à cette tâche que ce livre souhaite contribuer. On y trouvera la correspondance que l'auteur de Mystérieux Objets Célestes a entretenue avec Bertrand Méheust entre 1978 et 1990. Ces textes devaient entrer dans la composition d'un livre qui n'a jamais vu le jour. Ils sont aujourd'hui disponibles dans leur intégralité.

Pour les présenter au lecteur, Bertrand Méheust s'attache, dans Le Veilleur d'Ar Men, à introduire la pensée d'Aimé Michel, à dégager ses grands thèmes et leur articulation.
Aux yeux d'Aimé Michel, la question des soucoupes volantes s'intégrait dans un projet grandiose: réfléchir à l'évolution cosmique de la vie et de la pensée en considérant l'espèce humaine comme un cas particulier et transitoire. C'est autour de cette idée-mère que s'organisent les textes donnés dans cet ouvrage, dont le titre posthume est inspiré d'une expression favorite d'Aimé Michel. L'univers est une «apocalypse» dans les deux sens du terme, c'est-à-dire qu'il est une catastrophe continuée, et qu'un projet s'y dévoile. Et cette apocalypse est 'molle' en ce sens qu'elle se déroule à une échelle temporelle qui n'est pas la nôtre.
 
Un texte terrible et envoûtant qui complète les chroniques de France catholique publiées par Jean-Pierre Rospars chez le même éditeur et qui permet une écoute stéréoscopique de la pensée de l'écrivain visionnaire.

La préface de Jacques Vallée, les postfaces de Geneviève Beduneau et de Marie-Thérèse de Brosses insistent sur la haute figure d'Aimé Michel, sur la dimension de l'homme et du penseur.

Aimé Michel: La clarté au coeur du labyrinthe 
Chroniques sur la science et la religion 
Textes choisis, présentés et annotés par Jean-Pierre Rospars 
Préface de Olivier Costa de Beauregard
 
Entre 1970 et sa mort, Aimé Michel a donné à la revue France catholique plus de 500 chroniques, dont certaines sont des merveilles de concision et de profondeur. Réunies par thèmes dans cet ouvrage, elles dessinent une image nouvelle de la trajectoire d'un philosophe dont la pensée reste largement à découvrir. Leur auteur n'a pas été seulement le «prophète des ovnis». Toute sa vie il s'est interrogé sur les «vrais problèmes de l'homme»: ce qu'ils sont, d'où ils viennent, où ils vont, et il en dégage l'idée qui commande toutes les autres: la réalité n'est pas triste, le monde n'est pas un «petit machin», il va quelque part et nous avec.

L'examen des données scientifiques n'interdit pas cette vue, au contraire. Aimé Michel nous entraîne des origines animales de la pensée humaine à un futur matériel et spirituel potentiellement sans limite; du coeur de la matière, dont il souligne les déconcertantes propriétés, aux profondeurs de l'espace où s'inscrira notre devenir parmi nos semblables et nos maîtres; du secret de notre conscience à la Pensée cachée qui se dévoile parfois au coeur de l'homme et court dans la «rumeur chrétienne», dont il montre la centralité et la modernité.
 
Cette vision du monde à contre-courant n'est ni un système, ni un prêt-à-penser, mais un questionnement dont la première vertu est de faire circuler de l'air dans l'espace confiné où nous enferment notre propre petitesse et des vieilleries philosophiques datant du XIXe siècle. Concret sans renoncer au lyrisme, enjoué sans s'interdire des critiques acerbes, empli d'espérance sans ignorer la férocité du monde, Aimé Michel
annonce certains des grands thèmes de réflexion d'aujourd'hui, préfigure ceux de demain et fait entendre l'appel du large pour mieux nous aider à vivre sur cette étrange planète.
 
Jean-Pierre Rospars, neurobiologiste, directeur de recherche, a rassemblé et annoté ces chroniques et les a fait précéder d'un avant-propos qui les replace dans la vie et l'oeuvre d'Aimé Michel.

Le physicien Olivier Costa de Beauregard, récemment disparu, a écrit la préface.

Pour compléter cet "événement" Aimé Michel, les Éditions JMG 
rééditent le livre de

Michel Picard: Aimé Michel ou la Quête du Surhumain

2 comments:

Franck Boitte said...

Bonjour,
De son vivant, j'ai moi aussi correspondu avec A. Michel. Après sa mort, j'ai lu les trois ouvrages, en commençant par celui, publié bien avant les deux autres, de M. Picard, qui lui ont été consacrés. J'achève la lecture du 3e - le plus copieux, remarquablement commenté - d'entre eux

Je regrette d'avoir à dire que je ne partage pas entièrement l'encensement devenu icôniquement obligé dont Michel fait désormais l'objet.
Et ceci pour quatre raisons :

1/ La première et la plus grave est d'avoir mené en bateau tout un tas de "bons esprits" et non des moindres que par charité j'éviterai d'énumérer ici en étant, à propos des ovnis, l'inventeur d'une théorie qui ne reposait que sur du sable. Donc pas, contrairement à ce qu'il a voulu faire croire, sur des enquêtes de terrain, mais sur une collection ... de coupures de journaux dont on sait aujourd'hui les immondices (aff. Dominici, Grégory, d'Outreau, ..) qu'ils peuvent colporter dès que la passion (ce qui est la cas) s'en mêle.

2/ La seconde est d'avoir choisi la fuite en avant vers des domaines encore plus scientifiquement discutables (mysticisme, ph. paranormaux)lorsqu'à la suite d'une de ses rares véritables enquêtes (affaire Dr. "X"), il s'est enfin aperçu combien il avait précédemment fait fausse route.
En d'autres termes, d'avoir sans le dire mélangé approche scientifique et spiritualité et chapeauté la première de la seconde (voir 4).

3/ La troisième, de n'avoir pas clairement annoncé à ceux qui l'avaient pris en modèle, qu'il avait constaté qu'il avait précédemment fait fausse route. Il s'est à ce moment prudemment retiré dans le silence, chose qu'il aurait dû faire depuis le début.

4/ La quatrième, d'avoir dissimulé sa longue collaboration avec une revue religieuse semi-confidentielle dont l'un des premiers fondateurs se trouvait être un fervent admirateur du Maréchal Nousvoicinousvoilà dont le culte de la personnalité continue hélas toujours à être entretenu dans certains milieux de la région où j'habite.

Apprendre cette trahison plus de 10 ans après sa mort fut pour l'authentique libre penseur que je suis - contrairement à lui qui était inféodé à l'autorité papale, comme il l'écrit à plusieurs reprises fans les chroniques rassemblées par Mr. Rospars -un choc dont je ne suis toujours pas entièrement remis.

Je ne désire pas me prononcer sur les engagements philosophiques de Michel. Peut-être sont-ils valables et justifiés. Ils ne m'intéressent pas.

En tant qu'ufologue, ce que je n'ai jamais cessé de revendiquer être, je constate seulement combien décevant et contourné, finalement vide, est le leg qu'il nous a laissé en ce domaine.

Cordialement,
F. Boitte
Ufologue.

Geneviève said...

J'admets qu'en tant qu'ufologue vous ayez des réticences vis-à-vis d'Aimé Michel. Lui ne se considérait pas comme tel, il l'a dit et redit. Mais même quand il a publié en ce domaine, ce n'était qu'un à-côté de sa pensée et de sa recherche. C'est ce que les ufologues n'ont jamais compris.

Il a écrit davantage dans France Catholique que dans Planète ou dans les revues soucoupiques. En quoi est-ce une trahison ? Pour ce qui est de la Résistance, la vraie, les armes à la main quand il l'a fallu, il a fait ce qu'il devait et chacun s'en souvient dans son village. Avec ses séquelles de polio, il aurait pu se donner bonne conscience à ne rien faire, non ? Mais cette façon de « dépétainiser » avec arrogance à une génération d'écart et avec plus de hargne que n'en ont mis les Allemands à dénazifier m'agace profondément. Qu'un homme se soit trompé de camp pendant trois ou quatre ans doit-il être le seul critère pour juger de sa vie et de son œuvre ? De plus, au départ, il y avait de tout chez le Maréchal, même François Mitterrand, même Maurice Clavel qui y a trouvé le déclic pour rejoindre ensuite la Résistance.

Moi qui ne suis pas ufologue même si je me suis intéressée de près à la question pendant des années, c'est sa pensée philosophique qui m'importe. Et c'est pourquoi j'ai écrit cette postface. En plus de dix ans de correspondance suivie sans parler de nos rencontres, nous avons du aborder la soucoupe deux fois, pas plus. Le reste était consacré à l'évolution, à l'histoire, à la physique quantique, à la théorie des jeux, à la théologie mystique, au mythe, enfin bref aux domaines que la plupart des ufologues ignorent superbement. J'aimerais quand même que vous m'expliquiez comment vous avez pu correspondre avec Aimé Michel et ne pas aborder autre chose que les histoires d'OVNI.