Friday, September 26, 2014

Ce soir, des larmes...


Ce soir, des larmes intérieures coulent ; elles ne sont pas miennes mais celles de mon peuple. Et je ne m’en tirerai pas par le cynisme de façade de l’analyste géopolitique ; il y a des moments où l’émotion a sa propre force, sa propre nécessité dans le Grand Jeu. Les jihadistes auront au moins obtenu cela, qu’ils ne cherchaient ni ne voulaient : qu’un peuple aussi divisé, aussi fragmenté que le nôtre se ressoude immédiatement devant l’attaque. La mort d’Hervé Gourdel fait lever des essaims de colère du plus lourd de la tristesse et nous veillons tous un frère. Presque un frère d’armes.

Il y a quand même des choses qui ne collent pas dans toute cette histoire. Le message adressé par le Daech appelant à tuer les « sales et méchants Français » : un vocabulaire enfantin que n’emploierait même pas un logiciel de traduction automatique. Je ne suis même pas sûre qu’on l’entende encore dans les cours de récréation passée l’école maternelle. Un effet voulu de la part de celui qui leur a livré la version francophone de leur appel ? Puis cet ultimatum du Jund al-Khilafah, qui n’avait aucune chance d’aboutir, surtout en 24 heures. Le vrai destinataire n’était donc pas le gouvernement français mais plus probablement les chefs du Daech dont ce groupe africain imite les actions récentes.

Une interview d’un « expert en questions sécuritaires et lutte antiterroriste » algérien, comme le présente le chapeau de l’article, commence de circuler sur Internet. Le texte est publié sur le site Agence Info libre, titre qui suggère une rupture obligée avec l’orchestration des médias de la « grande » presse mais qui se prête évidemment à toutes les infiltrations ; en l’occurrence, il est repris d’un autre site tout aussi peu officiel, celui d’Algérie 360. Pour résumer, cet Ali Zaoui accuse les services français d’avoir « monté de toute pièce » cet enlèvement, d’avoir donc délibérément sacrifié un agent pour « resserrer l’étau sur l’Algérie et lui forcer la main pour entrer dans ces conflits, surtout après la création de la coalition pour lutter contre l’Etat islamique ». Il ajoute : « La France ainsi que d’autres pays ont besoin de cette force pour les aider à combattre le terrorisme qu’ils ont même soutenu et financé. Alors que l’un des principes indéfectibles du pays est celui de ne jamais s’ingérer dans les affaires internes des pays et encore loin de sortir son armée hors de ses frontières. » Pour lui, Hervé Gourdel était un agent en mission. Nos services sont aussi capables que d’autres de monter des opérations en fausse bannière mais sacrifier délibérément un homme dans de telles conditions est contraire à toutes nos traditions de combat. On demande certes de prendre des risques, mais avec au moins une chance d’en revenir. La conclusion, ici, est facile. Soit Ali Zaoui fantasme à partir d’indices qu’on pourrait interpréter autrement, sans exclure que ce soit une intox délibérée, soit les nullités qui nous « gouvernent[1] » ont même réussi à pourrir à cœur nos armes. A ce point, j’ai de gros doutes.

Il reste que les événements de ces dernières semaines, la montée en puissance du Daech ou Etat Islamique en Irak et au Levant, les retournements d’alliance qui s’en suivent, le retour des bombardiers américains en Mésopotamie laissent un sentiment d’absurdité totale. La politique américaine menée depuis la première guerre d’Afghanistan, celle qui opposait aux Russes des guerriers de l’islam venus d’Arabie et encore plus étrangers aux montagnes de ce pays, se répète inlassablement : armer et instrumenter des fondamentalistes qui haïssent le mode de vie et de pensée des Etats-Unis, qui à la première occasion se retournent contre leurs commanditaires et servent alors de casus belli pour une stratégie du chaos destinée à faire d’une pierre deux coups, contrôler le marché du pétrole afin d’en priver la Chine et empêcher la zone culturelle dominée par l’islam de parvenir au développement économique et scientifique dont les pays du BRIC donnent l’exemple.

Des larmes intérieures coulent, qui ne sont pas miennes mais celles de mon peuple. Elles coulent aussi pour les peuples dont une poignée de stratèges cyniques[2] a décidé que leur destin serait de sang, de sable et de feu. L’Orient était compliqué, comme disait quelqu’un. Il est devenu chaotique. Ce n’est pas la même chose.



[1] Rappelons que ce terme est parent de gouvernail, et signifie l’orientation du navire afin d’atteindre le port.
[2] Je n’ose croire qu’ils seraient sincères dans leur idéalisme « démocratique », ce serait le signe d’un crétinisme avancé !

Monday, September 01, 2014

Quatre âges


Poursuivons l’exploration des 4 âges traditionnels. Certains de mes amis guénoniens hurleront peut-être en me voyant confronter les enseignements du maître et ceux de la science, trouvant ma démarche vaine ou, pire, sacrilège mais je n’ai jamais pu me satisfaire de l’argument d’autorité et je ne vois pas ce qui en donnerait plus à Guénon qu’à saint Grégoire de Nysse par exemple. Et je sais par ailleurs des orthodoxes rigoureux qui tordront le nez à me voir citer Hésiode, les Upanishad ou maître René, encore que les 4 âges soient bibliques et figurent au Livre de Daniel. Quant à mes amis scientifiques, ils vont considérer comme incompréhensible lubie l’importance que j’accorde à la tradition, primordiale ou seulement védantiste. Au risque d’avoir tout le monde à dos, il me semble important de continuer pourtant la confrontation des deux ordres de données. L’exercice cette fois sera plus périlleux puisque le point de départ viendra des chronologies scientifiques, difficiles à établir et parfois remises en question selon les nouvelles découvertes.
Si nous lisons correctement la théorie des 4 âges, la phase de transition qui marque le passage d’un Kali yuga à un nouveau Krita yuga se fait par la dissolution des formes manifestées auparavant. On pourrait donc la situer au niveau des grandes ou petites extinctions repérables. D’autre part, si l’on en croit Guénon, chaque manvantara doit permettre le déploiement de toute la diversité de la manifestation possible ; personne n’a noté, semble-t-il, que ce déploiement est parfaitement compatible avec une forme d’évolution des espèces. On peut la considérer comme un éloignement des principes spirituels en œuvre, comme une descente de plus en plus accentuée dans la matière, mais il serait stupide de nier que cette matérialisation puisse être buissonnante et se traduire par la complexification de l’écosystème telle que nous l’observons entre deux extinctions.

La Terre s’est solidifiée vers 4,6 GA1 (1 GA = 1 giga année, soit 1 milliard d’années) ; la Lune est éjectée vers 4,5 GA ; vers 4,1 GA a lieu le grand bombardement tardif qui clôt la genèse planétaire. La vie, selon les découvertes actuelles, commence vers 3,9 GA et la première crise qui se traduit par une extinction massive a lieu vers 3,5 GA, lorsque l’oxygène rejetée par le vivant remplace le CO2 dans l’atmosphère terrestre. Cette crise débouche sur une glaciation et une lente maturation de la planète elle-même, l’apparition d’un premier continent vers 2,5 GA. Dès lors, la vie ne cessera pas de se complexifier, jusqu’à ce que nous rencontrions une nouvelle crise d’extinction vers 630 MA (MA = million d’années) lors de la fin du Précambrien et un réveil vers 580 MA, au début de l’ère primaire. Deux nouvelles extinctions massives vers 440 MA à 435 MA (Ordovicien/Silurien), puis une autre vers 365 MA (fin du Dévonien) s’opère en 7MA ; enfin, vers 250 MA, mais qui dure environ 20 MA, une des plus fortes puisque 95 % des espèces existantes disparaissent lors de la transition Permien/Trias. Puis nous rencontrons encore une extinction vers 203 MA, sur 17 MA. Les dinosaures, eux, s’éteignent vers 65 MA lors du passage Jurassique/Crétacé. Enfin, la quasi disparition de l’humanité lors de l’explosion du supervolcan Toba vers 73'000 ans BP. On a aussi quelques extinctions partielles, l’une vers 225 MA qui voit disparaître les reptiles mammaliens au profit des dinosaures et vers 195 MA, l'extinction du Trias-Jurassique qui tua 20 % des espèces marines, la plupart des diapsides et les derniers des grands amphibiens.

Outre ces crises dont nous essaierons de préciser la périodicité, nous connaissons un certain nombre de cycles d’une assez forte régularité, dont la variation de la trajectoire de la Terre autour du Soleil : cycles de Milankovitch de 125'000 ans qui semble régir les glaciations, précession des équinoxes (21 000 ans ou plutôt 19 000 et 23 0002), obliquité de l'axe de rotation de la Terre (41 000 ans), variation de l'excentricité de l'orbite elliptique terrestre (90 000 ans et 413 000 ans). A cela s'ajoutent les cycles solaires à court ou long terme : cycle de Schwabe de 11 ans, cycles de Gleissberg (90 ans) et de Suess (200 ans), ainsi que celui de 1500 ans. Rien n’interdit que des cycles plus longs agissent sur notre planète.

Les extinctions n’ont sans doute pas une cause unique mais on repère quasiment à chaque fois la chute d’un corps cosmique de bonne taille, petit astéroïde ou débris de comète, accompagné ou suivi d’événements volcaniques de grande ampleur et, parfois, d’épidémie ou de radiations ionisantes. Après la série cataclysmique et la disparition des espèces antérieures, la vie repart dans une nouvelle direction. Ces faits que l’on peut lire dans les traces fossiles et les strates géologiques s’accordent parfaitement avec la théorie des mahâyugas successifs, même s’il semble difficile de repérer à l’intérieur une division en 4 âges. 

Le premier cycle concerne la naissance de la Terre ou, plus exactement, du système Terre-Lune. Selon qu’on l’arrête à l’éjection de la matière lunaire ou lorsque commence le grand bombardement tardif, on obtient une durée de 0,1 ou 0,5 GA, soit 1 ou 5 MA. Ce bombardement lui-même, durant lequel notre planète s’enrichit de métaux lourds et solidifie sa croûte malgré les volcans omniprésents qui ne cessent de recycler sa matière, m’évoque à tort ou à raison le temps de latence entre deux manvantaras, le Sandhi Kala d'une durée de 1'728'000 années solaires durant lequel la terre entière serait submergée par l'eau. En effet, entre le début du bombardement vers 4,1 GA et l’apparition de la vie vers 3,9 GA, il se passe environ 2MA, ce qui serait du même ordre de grandeur que les 1,7 MA de la tradition védique. Ce fait indéniable pose quelques questions. Comment les rédacteurs des hymnes védiques et des Upanishad ont-ils pu tomber aussi juste ? Comme les auteurs du Poème biblique de la création ont eu l’intuition fulgurante d’un monde de lumière bien antérieur à l’apparition des astres, comme les Mayas du Yucatan redoutant ce qui peut tomber du ciel alors que le cratère de Chicxulub, un monstre de 180 km de diamètre témoignant d’un impact avec un caillou de 10 km de diamètre, lancé à près de 20 km/s – si l'angle d'impact n'avait pas été aussi rasant (entre 20 et 30°), nul ne sait si la Terre aurait gardé sa cohésion – est daté de 65 MA, les brahmanes gardiens de la tradition de l’Inde semblent puiser à une mémoire qui dépasse l’homme.

La première phase de la vie, formée seulement d’unicellulaires semble-t-il, s’étend de 3,9 à 2,4 GA, soit sur 1,5 GA ; il s’agit d’une vie qui baigne à l’aise dans des océans presque bouillants, dont on évalue la température à 70°C. Nous connaissons au moins une étape interne de ce cycle, celle qui va préparer à la fois l’extinction de cette première vie et l’apparition des formes ultérieures. Vers 3,4 GA apparaissent les cyanobactéries qui « inventent » la photosynthèse et rejettent de l’oxygène dans l’océan. Il faudra qu’elle s’accumule durant un GA pour empoisonner les archéobactéries et finalement amener la première extinction. Vers 2,4 GA, avec l'épuisement du fer ferreux marin qui jusqu’ici absorbait ce déchet, selon Wikipedia, « le dioxygène O2 s'est alors répandu dans la mer et l'atmosphère, déclenchant une crise écologique en raison de sa toxicité pour les organismes anaérobies de l'époque qui le produisent. De plus, l'oxygène libre réagit avec le méthane atmosphérique, déclenchant ainsi la glaciation huronienne entre 2,4 milliards et 2,1 milliards d'années, probablement le plus long épisode boule de neige de la Terre. » Nous avons donc là encore un temps de latence de 2 à 3 MA. L’apparition des cyanobactéries se place environ au tiers de la période globale. Or si nous reprenons les proportions que donnait Hadès, où les âges se distribuent comme 40, 30, 20, 10 par rapport à un total de 100, les 40 pour 100 que représentent l’âge d’or dépassent de peu le tiers de l’ensemble (100/3 = 33,3333….) Encore une coïncidence étonnante.

A la fin de la glaciation, il reste des cyanobactéries et la concentration en oxygène de l’air augmente rapidement pour atteindre vers 2,1 GA un seuil de 4 % qui voit l'émergence de la vie multicellulaire aérobie. De plus, selon Wikipedia, « cet oxygène libre est à l'origine de la formation de la couche d'ozone qui a pour effet d'absorber la plus grande partie du rayonnement solaire ultraviolet, autorisant l'accroissement de la biodiversité. » Nous entrons donc dans un nouveau cycle de la vie, qui va durer jusque vers 500 MA et qui va voir la naissance des organismes pluricellulaires. Nous avons donc une durée comparable à celle du cycle précédent, environ 1,55 GA. Elle commence par les eucaryotes ou cellules possédant un noyau, puis viennent vers 1,2 GA les algues pluricellulaires, vers 750 MA les premiers animaux puis vers 550 MA une phase de diversification rapide, appelée l’explosion du Cambrien. Quatre périodes donc, la première de 900 MA, la deuxième de 450 MA, la troisième de 200 MA et la dernière de 50 MA. Les proportions ne sont pas celles des 4 âges mais on remarque l’accélération et l’explosion finale de la diversité des formes. Tout à la fin surgissent les premiers vertébrés, poissons et proto-amphibiens. 

On ne sait pas très bien ce qui a causé l’extinction massive de la fin du Cambrien mais la période suivante qui commence vers 488 MA, soit une courte latence de 12MA, voit la colonisation de la terre ferme par la vie, d’abord par les plantes suivies d’une phase d’extinction vers 440 MA à 435 MA, due peut-être à un sursaut gamma cosmique entraînant l’amincissement de la couche d’ozone et une nouvelle glaciation. Il est toutefois difficile de séparer cette phase des suivantes, malgré cet accident de parcours, car les phases ultérieures s’inscrivent dans la même thématique de « conquête » de la terre ferme. Nous aurions alors un cycle compris entre 488 MA et 252 MA environ, lorsque commence la grande extinction Permien/Trias, cycle d’une durée de 236 MA, ponctué de plusieurs étapes qui voient apparaître tour à tour les insectes, les amphibiens, les reptiles et, dans le végétal, les plantes à graines et les conifères. De plus, durant le Permien, les 8 continents issus de la dislocation de la Rodinia s’étaient réunis de nouveau en une seule masse, la Pangée. 

L’extinction Permien/Trias est marquée par la disparition de 95% des espèces marines et 70% des espèces terrestres, ce qui en fait la plus grande extinction massive ayant affecté la biosphère. Durant 5 MA, la chaleur régnant à la surface de la terre avoisinait 60°C à l’équateur et près de 40°C en mer. On s’aperçoit aussi d’une coïncidence temporelle avec la chute d’une météorite de 11 km de long à Bedout en Australie, où l’on retrouve un cratère de 170 km de diamètre, sans oublier celle de 45 km qui a creusé dans l’Antarctique un cratère de 480 km de diamètre, ainsi qu’avec l’explosion de supervolcans en Chine puis en Sibérie, dont les laves – ce qu’on appelle les trapps – couvrent des milliers de km2. Enfin, une équipe de chercheurs du MIT vient de découvrit le rôle qu’a pu jouer un simple microbe, le Méthanosarcina, une sorte de bactérie qui convertit le carbone marin en méthane, lequel serait responsable de l’augmentation drastique de l’effet de serre et de la température.

Pourtant, la vie repart à partir des 5% d’espèces marines et des 30% d’espèces terrestres qui forment le petit reste. Elle repart pour un nouveau cycle dominé par les reptiles, les mammifères ovipares (ils allaitent mais pondent des œufs ; il n’en reste qu’un représentant, l’ornitorynx) et les oiseaux, cycle qui voit aussi l’apparition des plantes à fleurs et s’achève par une nouvelle extinction massive vers 65 MA. Ce cycle des dinosaures commence vers 245 MA, soit une période de latence de 7 MA par rapport au début de la grande extinction. Il dure donc en tout 180 MA.

Vient alors le dernier cycle, celui des mammifères et de l’homme, encore en cours. Si les écologistes qui crient à la sixième extinction massive ont raison, mais j’ai des doutes car les chiffres avancés ne sont pas tous fiables, il aura duré dans les 65 MA. On voit donc également s’opérer entre les cycles de la planète et de la vie une forme d’accélération. Lorsque l’on construit la courbe globale depuis l’apparition de la première cellule, on s’aperçoit étrangement qu’elle prend sans hiatus la suite de l’histoire du cosmos depuis le Big Bang et, plus étonnant encore, que l’histoire des connaissances scientifiques de l’humanité (nous ne parlons pas ici du sacré, de l’art ou des relations sociales mais du seul buissonnement interculturel cumulatif) garde la même forme, un faisceau d’ondes amorties que l’on peut lisser par une exponentielle très abrupte, presque une factorielle. Or la théorie des quatre âges peut aussi s’exprimer par une exponentielle. 

La tradition indienne parle de sept manvantaras, le dernier étant le nôtre, et les datent ainsi :
1. Svâyumbhuva Manvantara, 1973 à 1665 MA, soit une durée de 308 MA
2. Svârocisa M., 1665 à 1356 MA, soit 309 MA
3. Uttama M., 1356 à 1047 MA, soit 309 MA
4. Tâmasa M., 1047 à 738 MA, soit 309 MA
5. Raivata M., 738 à 429 MA, soit 309 MA
6. Câksusa M. 429 à 120 MA, soit 309 MA
7. Vaisvasvata M. 120 MA à nos jours.
Les dates ne correspondent pas à celles que nous avons dégagées des grandes extinctions mais le point de départ, vers 1,9 GA, est quasiment celui du début des eucaryotes après la crise de l’oxygène. De plus nous sommes loin des 309 MA dans l’actuel manvantara, donc loin de la fin de notre monde, même s’il faut envisager celle d’un mahâyuga.

1 Toutes les dates sont données BP, Before Present, le présent en question ayant été fixé arbitrairement en 1950. Quand on calcule en GA ou en MA, cela ne change pas grand chose.
2 C’est plus court que les 25920 ans de la Grande Année platonicienne, mais du même ordre de grandeur.

Wednesday, August 27, 2014

Tradition, tradition…


Enfin, je suis parvenue à lire jusqu’au bout deux ouvrages de Parvulesco, La spirale prophétique et Le retour des grands temps ; jusqu’ici, sa prose me tombait des mains tant son style grandiloquent si ce n’est ampoulé me repoussait. Quel contraste avec la sobriété d’un Guénon ou la phrase incisive d’un Julius Evola, pour ne citer que d’autres chantres de la tradition ! Ce qui m’a permis de passer outre, c’est de me souvenir que le français n’était pas sa langue maternelle, qu’il avait dans l’enfance parlé roumain, pensé en roumain ; or on retrouve cette même tentation des périodes et des effets de toge chez d’autres auteurs exilés comme Mircea Eliade, Ioan Couliano voire Cioran, même si Parvulesco la pousse à l’extrême. Puis j’ai retrouvé dans un recoin de ma bibliothèque un autre livre que je n’avais pas ouvert, L’astrologie et le destin de l’occident, de Didier Hadès. Saines lectures, diront certains de mes amis ; lectures, surtout, qui me ramènent à la question des cycles, de ces quatre âges que l’on trouve aussi bien dans les Upanishad que chez Hésiode ou dans le Livre de Daniel. A ma connaissance, ce sont les seules occurrences de cette doctrine quaternaire. Les Amérindiens comptent cinq étapes ou « soleils », le mythe germano-scandinave prédit une fin dramatique et une recréation du monde, tout comme l’eschatologie chrétienne et, dans ce dernier cadre, l’Apocalypse de Jean la rythme par septénaires calqués sur le Poème de la création en Genèse1. Mais ce soir, ce sont les quatre âges que j’aimerais explorer en dehors de toute polémique.

Hadès fait remarquer une chose intéressante : « Si l’on représente l’ensemble du Manvantara par le nombre 100, nous avons : âge d’or 40 ; âge d’argent 30 ; âge d’airain 20 ; âge de fer 10. » En d’autres termes, chaque âge représente une fraction du précédent et si l’âge d’or valait 1, l’âge d’argent en serait les ¾ ; puis l’airain serait les 2/3 de l’argent, le fer ½ de l’airain. Il y a là comme l’amorce d’une gamme musicale pythagoricienne : par rapport à la fondamentale que serait l’âge d’or, l’airain représente l’octave, le fer l’octave encore supérieure. On pourrait même admettre un accord de quarte, 4/3, entre l’âge d’or et l’âge d’argent considéré à son tour comme fondamentale et une quinte (3/2) entre l’argent et la fondamentale de l’airain. Le fer, quoi qu’on fasse, ne vibrera qu’à l’octave de l’airain, à l’octave encore supérieur de l’or, sauf si on le rapporte à l’âge d’argent, où il apparaît comme Sol par rapport au Do de l’octave précédente – du précédent « Manvantara » ? Si on l’envisage ainsi comme musique cosmique, on voit que le jeu des résonances est plus complexe qu’il n’y paraissait au premier abord. Juste un point à rectifier, avant de continuer nos réflexions : Hadès confond le Manvantara avec le Mahâyuga ou ensemble des 4 âges qui vaut, nous dit-on, 4 320 000 années solaires ; il faut compter 71 de ces tours d’horloge cosmique pour obtenir un Manvantara de 306 720 000 années solaires. Même s’il s’agit d’années sidérales plutôt que tropiques, quand on jongle avec les millions d’années, on est vite rejoint par les incertitudes de la paléontologie. On trouve tout de même quelques coïncidences intéressantes. 8 mahâyugas font 34 560 000 ans, c’est le moment où, du fait de la dérive des continents, l’Eurasie apparaît sous la forme d’un croissant ; elle est totalement réunie il y a 4 mahâyugas ; et il y a 2 mahâyugas, l’Afrique vient la lester et les îles de l’ouest forment la péninsule ibérique ; mieux, c’est le début de l’émergence de l’Amérique centrale. Au début de notre mahâyuga, on voit selon les paléontologues la « radiation des australopithèques » qui couvrent l’Afrique avant de laisser place aux espèces proprement humaines dont on commence à voir qu’elles sont apparentées de plus près qu’on ne le croyait il y a encore dix ans. Ce qui, entre parenthèses, repose la question du Sphinx et des conciles réunis : qu’est-ce que l’homme ?

Si ces chiffres ont quelque pertinence, ils donnent pour les 4 âges des durées tout aussi intéressantes :
Or ou Krita yuga : 1 728 000 ans
Argent ou Trêta yuga : 1 296 000 ans
Airain ou Dvâpara yuga : 864 000 ans
Fer ou Kali yuga : 432 000 ans.
En d’autres termes, le Kali yuga aurait commencé avant l’apparition de l’homme moderne que les paléontologues fixent aux environs de 100 000 ans BP. Si nous sommes, comme le croient nombre de spiritualistes, à la fin de cet âge, il aurait commencé avec Néandertal, voire même avant. Or, la domestication du feu apparaît vers 500 000 ans BP. C’est dire que toute civilisation proprement humaine se placerait à l’intérieur du Kali yuga. De quoi conforter les écologistes radicaux qui voient dans l’homme le fléau de la planète ! L’âge d’airain nous mènerait vers 1 296 000 ans BP, soit à l’époque où coexistent Homo Ergaster et Homo Habilis. 
Il est impossible d’opérer une transposition exacte entre les nombres traditionnels indiens et les datations des paléontologues, ne serait-ce que parce que ces dernières sont approximatives et représentent surtout un ordre de grandeur, compte tenu des marges d’erreur des différentes mesures (C14, comparaison des strates géologiques, carottages, etc.) mais on voit que cette musique du temps garde sa pertinence lorsqu’on la confronte aux traces du lointain passé.
Il est tout aussi évident qu’Hésiode, en donnant à ses âges le nom des métaux dans l’ordre de leur découverte nous parle d’une période beaucoup plus réduite. Or les philosophes hindous ont toujours affirmé que ce schéma cyclique était fractal et que l’on retrouve en chacun des yugas la même division inégale en 4 temps. Alors tentons un calcul et une interprétation.

Ce Kali yuga qui aurait commencé avec la domestication du feu se subdiviserait en 4 âges civilisationnels dont les durées serait encore proportionnelles :
Petit Krita : 172 800 ans
Petit Trêta : 129 600 ans
Petit Dvâpara : 86 400 ans
Petit Kali : 43 200 ans
L’homme dit moderne, biologiquement s’entend, commence à s’exprimer culturellement au début du petit Dvâpara, mais nous ne disposons encore que d’ossements et de silex taillés. Mais cela correspond, vers 100 000 ans BP, date très approximative, à une extinction massive puisqu’il n’a du rester que 2000 hommes sur toute la planète, selon Lynn Jorde, généticien à l'Ecole de Médecine et Henry Harpending, anthropologue, tous deux à l'Université d'Utah. Stanley Ambrose, paléoanthropologue à l'Université de l'Illinois, a mis en relation ce phénomène avec l'explosion du supervolcan Toba de Sumatra, qui développa autant d'énergie que l'éruption simultanée de 1000 volcans comme le St. Helens, ce qui correspond à une éruption VEI8. Bien que la date exacte de cette catastrophe soit encore largement débattue, on estime que le super volcan Toba explosa voici 74000 ans. C'est la plus importante éruption volcanique que connut la Terre au cours des deux derniers millions d'années. Elle couvrit le continent indien de 15 cm de cendres volcaniques.
C’est dans le petit Kali que prennent place toutes les manifestations artistiques et religieuses reconnaissables, grottes peintes dont l’une des plus anciennes serait la grotte Chauvet, flûtes d’os, pierres sonores et rhombes ou le site de Wandjina Man en Australie, que certains datent de 50 000 ans BP avec ses êtres humains dont la tête est nimbée de rayons quasiment solaires. Et nous sommes encore loin des métaux d’Hésiode alors continuons. Durées du cycle dans le cycle :
Or ou Kr :17 280 ans soit pour le commencement 43200 BP
Argent ou T : 12 960 ans soit 25920 ans BP – une grande année platonicienne
Airain ou D : 8640 ans soit 12960 BP
Fer ou Ka : 4320 ans soit 4320 BP
Là, nous avons des repères précis pour les deux derniers âges puisque nous datons les débuts du néolithique aux alentours de 12000 BP et que chaque nouvelle fouille en remonte la date et que 4320 ans BP, soit -2300 environ BC, correspond à la généralisation du bronze, au début des royaumes et des guerres. De plus, 12900 ans BP correspondrait à l’impact sur la Terre d’une météorite amenant un retour de la glaciation et une large extinction d’espèces vivantes dont mammouths, mastodontes, paresseux, chevaux et chameaux, ainsi que des oiseaux et des mammifères plus petits1. C’est l’unique extinction de masse repérée dans le pléistocène. 

Si réellement, comme l’affirme Guénon, nous sommes à la fin d’un Manvantara, cela signifie que convergent l’humanité depuis les premières expressions artistiques, l’humanité depuis l’usage du feu et la vie depuis 4,3 MA soit depuis la radiation des australopithèques, plus loin encore depuis 306 720 000 années solaires BP, bien avant la fin des dinosaures. Or, il y a 250 MA, un autre supervolcan « a failli détruire la vie2 » : « L'équipe de Lindy Elkins-Tanton avance des chiffres effarants: 9000 milliards de tonnes (Mt) de sulfure, 8500 Mt de fluor et 5000 Mt de chlore, se seraient échappées dans l'atmosphère au cours de cette méga-éruption. Ces gaz toxiques pourraient donc avoir été beaucoup plus abondants et meurtriers qu'on ne le pensait jusqu'alors. » On constate effectivement vers cette date l’extinction de 90% des espèces vivantes, extinction qui marque la fin du permien. Nous serions là devant une fin de Kali yuga à peu près parfaite pour l’ampleur des destructions et le petit reste à partir duquel tout repart. Ce décalage, comme celui que l’on observe avec l’explosion du Toba et l’absence de l’extinction des dinosaures vers 73 MA dans le comput me fait douter que nous soyons réellement à la fin des fins, même si la thématique de la fin du monde se fait pressante sur Internet. 

Hadès affirme que l’âge de fer a commencé il y a 16000 ans et tend à s’achever de nos jours. Avec ses proportions, cela donnerait un âge d’airain vers 48000 ans BP, un âge d’argent vers 96000 ans BP, soit pratiquement l’apparition de l’homme moderne, et un âge d’or vers 160'000 ans BP. Ces dates ne correspondent pas à grand chose en préhistoire. Mais s’il avait raison, comment pourrait-il avoir la moindre notion de la tradition primordiale ? De la période comprise entre 160'000 ans et 96'000 ans, nous ne savons rien. Nous n’avons que quelques outils de pierre et des traces ténues de campement, pas assez pour reconstituer l’organisation sociale ou les idéaux des hommes de ce temps. Lorsque, ensuite, Hadès nous décrit le monde traditionnel en simplifiant à outrance les hiérarchies du moyen-âge, j’ai envie de lui rappeler que dans les textes des Pyramides déjà, ce qui ne rajeunit personne, certains nous expliquaient qu’il n’y avait plus de jeunesse, plus de saisons et plus de bons petits gâteaux secs comme avant-guerre. On a toujours cru le monde au bord de l’abîme.

Nous sommes sans aucun doute à la fin d’une civilisation. Peut-être, mais c’est moins net car l’épreuve pourrait se surmonter, à la fin de notre humanité dans la mesure où les biologistes, comme l’explique parfaitement le Dr. Dickès, sont à deux doigts de créer de nouvelles espèces y compris de nouvelles humanités par manipulation génétique3. Déjà Craig Venter, en mai 2010, a inventé de toutes pièces un unicellulaire, une bactérie baptisée Synthia pour « vie synthétique », en démontant et remontant autrement l’ADN, celui du noyau comme celui des mitochondries, comme on joue avec un meccano ou les figures du Tangram. Il n’a pas créé les molécules de base mais bel et bien une nouvelle espèce vivante, capable de se nourrir, de se reproduire, de conserver son existence. La prochaine étape pourrait être un pluricellulaire. Dans le règne minéral, les nanotechnologies nous ont déjà permis de synthétiser des matériaux stables qui n’existent pas dans la nature. Et l’utérus artificiel est en bonne voie, inventé pour sauver les grands prématurés, avec un liquide amniotique de synthèse, lui aussi.
Imaginons… Imaginons une humanité née sur mesure, avec tous les canons de l’eugénisme – ou de la mode ; des hommes sans père ni mère, issus du seul génie génétique, peut-être asexués, peut-être androgynes ; des chimères ou des cybrides qui matérialiseraient les sabots et les cornes de chèvre de Pan, des centaures, des sphinx… ou même des formes plus exotiques, moins animales, destinées à la conquête spatiale. Tout a déjà été exploré par la SF, si l’on se souvient de L’île sous cloche de Xavier de Langlais ou du merveilleux et terrible Demain, les chiens de Clifford Simak. Les rêves adolescents des transhumanistes ont toutes les chances de se réaliser dans quelques années, à condition que nous ne soyons pas balayés auparavant par les hordes des grands déserts ou l’explosion de quelques mégatonnes. Je ne crains pas l’Afrique ; ce sont gens qui aiment la vie. Je redoute la culture de mort, pour reprendre l’expression de Jean-Paul II et, aujourd’hui, ceux qui la propagent se trouvent à la fois chez les fanatiques islamistes et chez les idéologues fortunés de notre occident. 

Sommes nous à la fin du Kali yuga – ou d’un Kali yuga ? Et que seraient alors les regermées d’un nouvel âge d’or, d’une nouvelle ère des Hamsas ? Une nouvelle humanité ? Autre chose me frappe. La déréliction des temps de la fin et l’aube des Hamsas se ressemblent sur un point dans le mythe hindou : dans les deux cas, il n’y a plus de caste héréditaire. Mais la nuit finale efface les repères pour une déshumanisation qui ne laisse surgir que les passions nerveuses, les plus mortifères, le mélange de l’égoïsme, du sexe, des drogues et de la haine ; tandis que l’aube serait synergique, orientée vers l’exaltation de la vie.
1 R.B. Firestone et al., « Evidence for an extraterrestrial impact 12,900 years ago that contributed to the megafaunal extinctions and the Younger Dryas cooling », PNAS, 9 octobre 2007, vol. 104, n°41, pp. 16016-16021, www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.0706977104
2 Yves Miserey, « Une éruption volcanique en Sibérie a failli détruire la vie », Le Figaro, 16 décembre 2010.
3 Jean-Pierre Dickès, L’ultime transgression : refaçonner l’homme, Editions de Chiré, 2013

Wednesday, August 13, 2014

Une approximation de la question des cycles à partir du I Jing





De Pascal Pastor, avec un peu de ma collaboration. 

Les Chinois ont donné un sens très spécial à la causalité puisqu’ils s’intéressent au processus de transformation lui-même beaucoup plus qu’à la nature propre des “entrées” et des “sorties”. Dans la science contemporaine, on ne peut aborder cette question sans référence à l’expérience d’Aspect, qui fait émerger au laboratoire, et non plus par de simples expériences de pensée, une rétroaction du temps et une causalité complexe. Cette causalité complexe prend la forme de coïncidences porteuses de sens et mathématiquement prédictibles.
La rétroaction du temps est sans doute ce qui choque le plus le sens commun. Depuis le XVIIe siècle, une grande part de l’effort technique des occidentaux a été consacré à la mise au point d’horloges régulières. Comme se développe à notre époque un véritable “culte” des images, à partir tout d’abord de la généralisation du cinéma, puis de la prégnance de la télévision dans tous les foyers, et maintenant des progrès de l’informatique et de la mise au point des images de synthèse, un phénomène du même ordre à entouré entre le XVIIe et le XIXe siècle les progrès de l’horlogerie. Les découvertes de Galilée sur le pendule ont permis aux artisans hollandais la mise au point d’horloges au mouvement régulier. D’abord énormes machineries réservées aux monuments publics, aux beffrois urbains en particulier, ces mécaniques à mesurer le temps se sont progressivement miniaturisées. Elles ont d’abord trôné chez les puissants, rois et seigneurs, puis gagné les foyers particuliers. L’horloge à balancier dans le salon bourgeois ou la grande salle de ferme devint un élément du décor familier. Enfin, au XVIIIe, la montre à gousset permettait d’emporter l’heure avec soi, même en dehors des demeures. Cette miniaturisation et cette vulgarisation équivalaient à un apprentissage collectif du repérage du temps par intervalles réguliers et successifs et de son lien avec une mécanique. Le temps, de ce fait, n’était plus lié dans la conscience collective à un rythme cosmique, diurne ou saisonnier, mais au mouvement “sans fin” d’une série d’engrenages dépendant d’un ressort. On remontait la montre de façon à ce que ce mouvement ne s’arrête jamais. De ce fait, la conception d’un temps linéaire s’imposait à tous. Elle devait amener une notion nouvelle de la causalité, dont la puissance semblait s’exercer en raison inverse du temps écoulé. Plus une cause était proche, temporellement parlant, et plus elle provoquait des effets mesurables. Plus elle s’éloignait dans le passé, et plus on supposait son action insensible ou négligeable. La pensée collective s’était rendue esclave du temps linéaire. Toute la physique classique s’est construite à partir de là.
Nous savons désormais que la réalité n’est pas descriptible entièrement comme linéaire, mais pas davantage comme non linéaire. Prenons l’exemple des théories de la lumière. A l’époque de Pascal et de Newton, et de leurs travaux sur l’optique, la propagation de la lumière était conçue comme émission de corpuscules le long de rayons, c’est à dire à partir de la géométrie euclidienne des droites. Cette conception a prévalu jusqu’aux expériences de Young, mettant en évidence des phénomènes d’interférence. On en est alors arrivé à une théorie ondulatoire où la lumière se manifestait en halo autour d’un point. Un rayon, vu en coupe transversale (par exemple en interposant un écran), montre une zone circulaire intense au centre, puis des cercles alternativement sombres et clairs, de plus en plus mal décelables, comme les rides à la surface d’une mare dans laquelle on vient de jeter un caillou. Avec la physique quantique, il a fallu admettre que la lumière combinait onde et corpuscule. Ces théories correspondent à une approximation de plus en plus fine du réel. Le rayon droit décrivait l’expérience immédiate de l’optique. Les conceptions ondulatoire pure, puis corpusculo-ondulatoire correspondent à des phénomènes de moins en moins perceptibles par l’expérience quotidienne.
Il en va de même du temps et de la causalité. La perception immédiate engendrée par l’habitude de l’horloge serait celle d’une droite, d’une dimension linéaire euclidienne. Une approche plus subtile montrerait des récurrences, des cyclicités de nature ondulatoire et suggérerait une “propagation” différente de la simple linéarité. Si l’on considère ainsi l’évolution temporelle de chaque élément du réel, on peut mettre en évidence des phénomènes d’interférence et des nœuds de possibilités. A ces nœuds, le choix de l’orientation du comportement futur, du destin si l’on veut, serait possible, mais pas de manière continue sur un temps linéaire. L’image la plus parlante serait celle d’une autoroute. On peut bifurquer aux sorties mais, si l’on rate une porte, il faut attendre la suivante. La causalité linéaire et le déterminisme correspondraient au trajet entre deux portes. Au moins le vivant, et donc a fortiori le psychisme, disposerait aux portes d’un certain degré de liberté. Cette conception du temps n’en fait plus une simple dimension, d’ailleurs, mais une réalité physique opérant par quanta et connue comme théorie du chronon. Elle a été complétée dans les années 60-70 par une théorie corpusculaire de l’espace-temps afin de la rendre cohérente avec la Relativité et la mécanique quantique.
Comment concevoir le comportement du vivant (et du psychisme) dans les états que nous avons comparés à des portes ou des sorties d’autoroute temporelle ? Si nous envisageons alors que se présentent des possibilités, des “lignes de temps” différentes, chacune à son tour en engendre d’autres au “nœud” suivant. On aboutit à une notion fractale des temps potentiels. Certains physiciens en ont conclu à la formation, à chacun de ces nœuds, d’univers divergents bien que coexistants, notion qui a d’ailleurs inspiré plusieurs écrivains de science-fiction.
Si, par contre, nous restons dans une perspective linéaire et triviale du temps, alors l’avenir est entièrement déterminé, et cela signifie que tout est écrit, mektoub, sous la tyrannie des horloges. Ce fut d’ailleurs un des arguments de la querelle entre les premiers physiciens des quanta et Einstein, auquel ils reprochaient une vision hyperdéterministe de l’univers, évacuant trop aisément l’indéterminé au niveau de la particule, l’accidentel dans le monde macroscopique et la liberté chez l’homme. Même un physicien attaché théoriquement au déterminisme strict doit, de fait, constater que tout n’est pas prévisible, que des événements peuvent survenir sans se faire annoncer, en invités surprises. Mais tout ce qu’on oppose d’ordinaire au déterminisme absolu se borne à une autre façon de garder la linéarité du temps, penser tout en termes d’aléatoire, de hasard et de probabilités générant parfois des structures stables. Au niveau du psychisme, cette hypostasiation du hasard dans le temps linéaire engendrera les philosophies existentialistes, dans lesquelles la liberté, absolue à l’origine, se pose à elle-même des contraintes en s’exerçant, jusqu’à la définition finale d’une “essence” totalement déterministe et figée.
Aucune de ces dernières théories ne décrit complètement ce que l’on peut appeler le croisement de la liberté et de la ou des destinées. Il faut prendre en compte d’une part la fractalité du temps, que confirment les théories grand unifiées les plus récentes, d’autre part les degrés de liberté de chaque élément du réel, qui sont fonction de sa complexité systémique propre. Un chimpanzé dispose de plus de choix potentiels de comportement qu’un annélide, et l’homme de bien davantage qu’un chimpanzé, mais cette liberté n’est jamais absolue autrement qu’en abstraction. Concrètement, même l’homme ne pourra pas devenir pilote de ligne à trois mois, en admettant qu’il le désire !

Réflexions sur la soucoupe volante 2



Celui-ci, je le concocte à partir de plusieurs pièces et morceaux retrouvés sur le même CD de 2003 ou 2004.
Je me suis fait avoir exactement comme Jacques Vallée avec la machine de Turing. Quand il a fait ses études et commencé à aborder l’informatique, c’était encore l’époque héroïque des cartes perforées et la version officielle, répercutée par l’université, voulait que Turing n’ait fait que des expériences sur le papier. Il a fallu attendre le bouquin d’Anthony Cave Brown, Bodygard of lies (La guerre secrète : le rempart des mensonges), en 1975 pour entendre parler d’Enigma et apprendre que Turing avait mis en pratique ses théories sur l’information. Le document confidentiel qui a circulé en 77 sur les essais russes de 76 ne parlait pas de tentatives antérieures. J’ai cru, Chauvin a cru, Michel a cru, Guérin a cru, sans doute Vallée aussi, sans parler de Marie Thérèse de Brosses et de Meessen, etc., etc., que c’était le premier essai en vraie grandeur, même si les Russes avaient du passer quelques années auparavant à déchiffrer les notes assez sibyllines laissées par Tesla et tâché d’élaborer une théorie fiable. Je me souviens même d’une lettre d’Aimé Michel où il me faisait part de ses doutes, affirmant que les Russes avaient 10 ans de retard sur les Américains et qu’il ne les croyait donc pas capables de manipuler les climats comme l’affirmait le document. Il a fallu la fin du régime communiste et l’ouverture des archives du KGB pour que quelqu’un mette dernièrement sur Internet un historique de ces recherches montrant que les premiers essais dataient des années 50, ce qui rendaient plus crédibles des résultats même non maîtrisés vingt ans plus tard. Cela fait partie des choses que j’ai récupérées ces derniers mois. A partir de là, je me suis demandé ce qui était vraiment nécessaire pour « fabriquer » une SV modèle standard, puis modèle élaboré jusqu’à la RR3 ou 4, un machin susceptible d’engendrer le schéma d’enlèvement de Betty et Barney Hill, donc quelque chose qui puisse non seulement catapulter en l’air un disque argenté ou lumineux mais surtout avoir des effets électromagnétiques puissants en dehors des labos, agir sur le cerveau, etc.  Plus les outils de calcul et de modélisation. Et c’est là que… ô horreur… mais dès la fin de la guerre, peut-être même avant…
Un exemple. Je me suis intéressée très fortement dès mes premières années de fac au rêve nocturne et à ses prolongements dans le psychisme à l’état de veille. J’ai toujours appris en ce domaine que les premières découvertes sur le sommeil paradoxal venaient de travaux réalisés dans les années 50 par Kleitman et Dement aux USA et Jouvet en France à partir de l’électroencéphalogramme, technique toute nouvelle, blabla, patin, couffin. C’est dans tous les manuels universitaires de la fin des années 60 (et j’ai passé mon bac en 65, donc…), sauf qu’aujourd’hui on remonte la date de découverte de l’EEG à 1929, Berger, Allemagne. Mais à partir du moment où on possède l’EEG en 1929, on peut découvrir les rythmes cérébraux de la veille et du sommeil bien avant les années 50. On sait donc au moins en gros quelle gamme de fréquences utiliser pour agir sur les cerveaux en modulant des ondes électromagnétiques à partir d’un champ pulsant, champ qu’on sait obtenir depuis qu’on connaît la bobine à induction (Ruhmkorff 1851). Kleitman et Dement auraient du y penser lors de leurs recherches sur le sommeil et le rêve — ils en ont fait subir d’autres à leurs cobayes volontaires, et de plus dangereuses ! — ils n’y ont pas touché, du moins officiellement. Pourquoi ? A-t-on utilisé la découverte de Berger avant les recherches américaines des années 50 ? A-t-on cherché à en tirer des techniques de manipulation mentale ?
Le problème, c’est que les recherches militaires ou des services secrets échappent totalement au jeu normal de la recherche scientifique. Il n’y a pas d’évaluation par les pairs, pas de débat théorique, pas de reprise des expériences par des labos indépendants, bref aucun des outils nécessaires à l’élaboration d’une vision cohérente du réel. C’est normal : ils s’en foutent. Tout ce qu’ils veulent, ce sont des armes, des recettes de destruction ou d’asservissement qu’on puisse cacher à l’adversaire, des savoir-faire et non des savoirs. En France, quand un universitaire s’inquiète, comme on le respecte encore un peu, on lui fait faire une visite de lieux bien proprets où il ne se passe rien. Il va donc répercuter aux chers collègues, à ses assistants et ses étudiants des propos lénifiants. Aux USA et en Angleterre, on lui brandit sous le nez la loi sur le secret défense et, de toute manière, on le considère comme un tâcheron remplaçable. Ce qui m’a frappée et profondément choquée dans le scandale qui entoure le suicide du Dr Kelly, c’est le mépris des politiques et des militaires pour les hommes de science. Des guignols comme le directeur de l’office de presse du ministère anglais de la défense, interrogés dans le cadre de l’enquête Hutton, traitent Kelly de « fonctionnaire relativement subalterne ». Bon sang, entre le background de journaliste ou de publicitaire qu’il faut pour diriger un office de presse et les études et travaux nécessaires pour former un expert mondialement reconnu des armes biologiques et chimiques, y a pourtant pas photo !
Aucun scientifique ne détient la science infuse. Mais il faut tenir compte de deux faits dont le premier est incontournable quel que soit le régime politique : 1, la somme des connaissances humaines est telle aujourd’hui qu’elle dépasse les capacités d’apprentissage et d’analyse d’un cerveau individuel ; 2, la recherche coûte cher et, désormais, les chercheurs à de très rares exceptions près ne travaillent plus grâce à leur fortune personnelle mais sur des fonds publics ou grâce à des fondations. Conséquences : 1, il n’y a pratiquement plus de généralistes de la science, il faut se spécialiser et cela ne fait guère que 10 ans qu’on commence à reconnaître les bienfaits du travail transdisciplinaire ; 2, les recherches font l’objet de contrats assez cadrés avec soit une autorité de tutelle, soit une fondation, soit une branche industrielle ; en d’autres termes, ceux qui payent décident et décident en particulier de ce qui sera publié, dans quel support et quand. Si tu mets ensemble l’intérêt économique, la lourdeur bureaucratique et le secret défense…
Un autre effet pervers, c’est le fossé qui se creuse de plus en plus entre les chercheurs confinés dans leurs laboratoires et le reste du peuple. Ce fossé, c’est la mort de la démocratie, car il ne peut y avoir de démocratie réelle que si chaque citoyen est suffisamment informé — il n’y en a plus si on distingue une France d’en haut et une France d’en bas. Et le pire, c’est que dès que tu sors un chercheur de sa spécialité, il se retrouve dans la France d’en bas, avec les mêmes ignorances et les mêmes doutes que tout un chacun. Or ce fossé vient largement du manque de vulgarisation correcte. On ne trouve pratiquement pas de manuels de base, dans aucune discipline. Il y a un hiatus immense aujourd’hui entre les ouvrages de vulgarisation conçus en général pour des enfants de 12 ans et à partir desquels il est impossible d’aller plus loin, et les articles ou études spécialisés, pointus, écrits pour ceux qui ont déjà les bases et un peu plus. Et les bases, on les trouve où ? Uniquement dans les cours de Deug, à condition de pouvoir les suivre.
Mais revenons à nos coquecigrues.
Il y a quelque chose de démentiel dans la soucoupe, c’est que tout pourrait être un montage scientifique des petits génies ressortis du projet Manhattan, des gens de Princeton ou du MIT et des récupérés de Peenemünde, tout depuis Arnold en tout cas. L’autre jour, pour tout autre chose, je vérifiais sur le Quid les dates de certaines inventions touchant à l’électromagnétisme et à l’informatique. Je me suis aperçue qu’elles remontaient toutes plus haut que je ne le pensais, toutes aux années 30 et 40 en fait et que donc les militaires américains auraient pu jouer à la soucoupe depuis le début de la guerre froide. Douche de la même température sur mes neurones. On a pu nous mentir par omission sur beaucoup de choses, sur des observations classées comme OVNI et qui relevaient d’expériences secrètes, même des cas classiques. On a pu construire en 1952 l’HET comme une couverture commode. Tout est possible dès le départ, alors que je croyais que ce cirque n’avait débuté qu’en 76. Sauf que le phénomène d’aujourd’hui ressemble à ceux des époques non industrielles où les expériences militaires et la CIA n’expliquent rien, sauf aussi que certains phénomènes connexes nous renvoient à un jeu de balancier sur le temps que ces inventions n’expliquent pas non plus. Et voilà qui nous renvoie à la case départ ? Pas tout à fait.
Nous pouvons enfin aborder les faits en étant débarrassés de l’image a priori du vaisseau spatial instillée depuis 1952 au moins. Maintenant il va falloir nous débarrasser de la même façon de l’image a priori du folklore et du mythe. Il va falloir faire ce par quoi on aurait du commencer : des mesures ou tout au moins des estimations quantitatives. Ce qui démolit l’ufologie ou, du moins, la fait stagner et l’empêche de se constituer vraiment comme science depuis plus de 50 ans, c’est qu’on a mis le plus souvent la charrue avant les bœufs. On a cherché des hypothèses globales (HET, HPS) au lieu d’étudier patiemment et humblement ce qui pouvait l’être. A de rares exceptions près dont Vallée, Hynek, Poher, Bounias et Meessen. Leur travail n’était pas parfait ? La belle affaire ! Depuis quand un travail scientifique est-il parfait du premier coup ? Il a fallu deux siècles pour passer du phlogistique à la physique des plasmas. Et alors ? Seulement, si on n’avait pas persévéré dans la mesure et l’estimation quand le phlogistique ne permettait plus d’expliquer les faits, on n’aurait jamais abouti aux plasmas.
Oui, il faut douter, oui, il faut se poser des questions. Il faut aussi reprendre ce qu’on sait déjà pour cerner les questions à poser ensuite. Si Meessen a découvert que le flou dans les photos de la vague belge ne vient pas de l’émotion des photographes mais d’un rayonnement à une fréquence bien précise dans l’infrarouge, c’est parce qu’il est physicien et qu’il a pensé à faire des mesures et des simulations. Admettons qu’un petit futé parvienne à reconnaître un objet connu, un avion par exemple, sur une de ces photos. Cela ne signifierait pas que Meessen est un « krank », cela signifierait que l’avion en question émet des infrarouges bien précis — ce qui pourrait intéresser un espion industriel, d’ailleurs. Vallée proposait en 1966 d’étudier les photos d’OVNI certes pour éliminer les trucages mais aussi, quand trucage il n’y avait pas, pour établir des profils de luminosité et des isophotes pour savoir s’il y avait ou non objet matériel. En fait, c’est ce qu’on fait pour savoir s’il n’y a pas un montage du genre enjoliveur de roue jeté en l’air. Mais a-t-on comparé les profils obtenus ? A-t-on fait ne serait-ce qu’une étude statistique des photos non truquées ? Là je peux répondre : non, parce que pour les partisans de l’HET, ce serait du blasphème et pour les partisans purs et durs de l’HPS, ce serait inutile puisque chaque cas ne vaut que pour lui-même.  Je pense à la critique des stats de Poher par Maugé. Poher s’est planté dans le catalogue ? Fort bien. Cela invalide ses résultats ? Pas sûr, cela dépend si l’erreur est systématique ou pas. On peut avoir le même type de courbe avec 710 cas qu’avec 825. Le phénomène obéit-il aux lois de l’optique ? Maugé ne peut pas le dire mais ne peut pas le nier non plus, puisqu’il a négligé de refaire le travail, qu’il s’est contenté de le critiquer d’un point de vue méthodologique. Cela, c’est effectivement un travail démolisseur, mais pourquoi ? Parce que Maugé a remplacé un préjugé (HET) par un autre (HPS). Je l’avais assez engueulé en direct à l’époque pour pouvoir le redire.
Quand je disais que je croyais que tout avait débuté en 1976, je parlais de l’utilisation de la soucoupe volante et de la mythologie ET comme cache-pot pour les expériences militaires. Les diableries elles-mêmes, on pourrait les faire remonter à l’origine de l’homme, voir les silhouettes humaines lardées d’épieux retrouvées gravées sur certaines grottes magdaléniennes. Pour ce qui est du nucléaire, de la chimie, etc., et surtout l’électromagnétisme et l’informatique, les années 40 et 50, oui, c’est ce qu’on nous dit — mais ce qui m’a mise sur le cul l’autre jour, c’est de m’apercevoir que les principales découvertes, sauf le maser/laser et encore, remontent en fait aux années 30 et parfois aux années 20, soit dix à quinze ans avant ce qui est officiellement et officieusement raconté. Et là, ça change complètement la donne parce que des machins dont nos parents et grands-parents ne disposaient pas dans leur vie quotidienne pouvaient très bien exister déjà à quelques exemplaires chez un milliardaire comme Rockefeller ou dans les hangars des armées.