Sunday, March 29, 2009

Des bandes d'adolescents et de leur bon usage

Après les violences du lycée de Gagny, notre présidenticule eut une idée aussi géniale que médiatique : une loi qui punirait de trois ans de prison l'appartenance à une bande créée dans l'intention de nuire aux biens et aux personnes. Bravo ! Mes amis avocats apprécieront les belles occasions de plaidoirie que cette mesure ne manquera pas de leur offrir. La preuve juridique de l'appartenance à un groupe informel et celle des buts qu'une telle association poursuit promet de superbes empoignades juridiques et l'on peut déjà subodorer qu'une institution au moins en France ne sera pas touchée par le chômage : la cour de cassation. Je commente peu l'actualité dans ce blog mais il arrive qu'un excès de bêtise me fasse sortir de mes gonds. Que Nicolas Sarkozy compense sa petite taille par une enflure d'égo qui confine au gigantisme, qu'il se ridiculise autant qu'il communique, c'est son problème et la France en a supporté d'autres sans se disloquer ; ce n'est pas ce qui provoque mon ire. Pour la politique quotidienne, voilà bien longtemps que je ne me reconnais que dans le Parti d'en rire fondé par l'immortel Pierre Dac. Non, c'est sur le fond que le bât blesse, la criminalisation de l'appartenance à une bande. Il existait déjà tout un arsenal législatif visant le crime organisé, arsenal que l'on pouvait ressortir du placard pour les mafias contemporaines. Un nouveau texte ne s'imposait guère dans la lutte contre les violences urbaines.

Les bandes de jeunes mâles semblent un phénomène universel, transculturel en tout cas, attesté dès la plus haute antiquité. Sans doute remonte-t-il à l'invention de la chasse en groupe par homo erectus, précédant même notre humanité. La plupart des civilisations l'ont reconnu, encadré, lui ont trouvé quelque utilité en général guerrière, parfois idéologique comme les gardes rouges de Mao, en ont fait un rite de passage ou lui ont donné une structure éducative, pensons au scoutisme de Baden Powell. Cela dure quelques années jusqu'à ce que les jeunes gens se marient et prennent leur place dans le monde adulte. Le phénomène, de plus, semble exclusivement mâle. Si une fille se mêle à une bande, c'est qu'elle la commande. Mâle et hiérarchisé. On retrouve toujours une structure de type militaire : un chef, ses adjoints et la piétaille. A se demander si ce n'est pas un vieux reste de socialisation animale qui revient temporairement avec la puberté des garçons.
Une de ces bandes de jeunes mâles trouve place dans la mythologie de l'Inde védique : ce sont les Marut dont le nom signifie « brillants, immortels », fils du taureau Rudra, puissance de la tempête qui rugit et dévaste le monde, et de la vache Prishni selon la plupart des variantes, compagnons d'Indra. Dans une version du Mahâbhârata, leurs noms témoignent d'un humour certain, peut-être aussi d'une bonne connaissance des sobriquets que se donnent les jeunes puisqu'ils se nomment Mrigavyadha, Tueur de Biches, Sarpa, Serpent, Nirriti, Malchance, Ajaekapada, Bouc à un seul pied, Ahirbhudnya, Serpent de mer, Pinakin, Archer, Dahana, Incendiaire, Ishvara, Seigneur, Kapali, Porteur de crânes, Sthanum, Arbre sec et Bhaga, Fortuné. Lucien Febvre, dans un compte-rendu pour les Annales (1951, vol 6 n°3) d'un article de Dumézil, « Les Archanges de Zoroastre et les rois romains de Cicéron », décrit Indra comme la force brute « d'où résulte victoire, butin, puissance » et poursuit : « Un brillant et bruyant cortège, celui des Marut, est la projection mythique dans l'atmosphère de ces sociétés de jeunes guerriers dont nous connaissons l'existence réelle dans le monde indo-iranien. »
On retrouve ces sociétés de jeunes guerriers chez les Burnyas de Nouvelle-Guinée où ils deviennent les « chiens » d'un héros magique, l'aoulatta, comme chez les Indiens des Plaines, Cheyennes, Arapahos, Lakotas ou Pieds-Noirs. Curieusement, chez les Cheyennes, la plus célèbre des sociétés de jeunes guerriers était celle des Hotaminio, ce qui signifie soldats chiens. Et comment ne pas penser alors à Cuchulain, le Chien de Culan, héros par excellence de la mythologie irlandaise ? Pourquoi les chiens, même si nous comprenons bien qu'il s'agit de ces bêtes hargneuses qui montent la garde et que l'on peut lancer contre des agresseurs ? Le chien, tout comme le loup, autre canidé, chasse en meute.
Sans même parler des classes d'âge africaines, toutes les civilisations semblent avoir prévu et encadré par des rites et des appels à l'excellence la grégarité de l'adolescence des garçons. Même la Grèce antique les regroupait dans des chœurs et des équipes de gymnastes. La constitution de bandes « sauvages » que nous observons tant aux Etats-Unis qu'en Europe aujourd'hui témoigne d'un manque criant, celui de rites de passage entre l'enfance et l'âge adulte, d'initiations réelles que les adolescents pourraient reconnaître comme telles. Jusqu'à son abolition, le service militaire a joué ce rôle en France républicaine, bien que son institution ait répondu à de tout autres préoccupations, ce qui a d'ailleurs empêché de reconnaître officiellement son importance réelle. On pourrait gloser à l'infini sur les illusions idéologiques et les intérêts financiers à courte vue qui nous ont amenés là. Il me semble surtout urgent de combler ce manque.

Sunday, March 15, 2009

Naissance d'un mythe

Puisque ce n'est plus la saison et que je n'ai pas envie de donner dans le marronnier de printemps qui occupe deux de nos hebdomadaires, à savoir l'influence des « frangins » sur la politique française, il me semble temps de m'interroger sur le Père Noël. Pourquoi ce personnage né de la presse anglo-saxonne et de la publicité pour Coca-Cola est-il devenu une véritable figure mythique, le centre d'un mythe auquel personne ne « croit » à la façon d'un dogme mais que chacun alimente ne serait-ce que de caricatures ?
Prenons sa filiation avec saint Nicolas, évêque de Myre. Il ne s'agit que du légendaire tardif et purement occidental de ce saint homme, le conte des trois enfants dans le saloir, conte qui ne saurait guère remonter au delà des famines qui suivirent la Grande Peste. Mais c'est bien cette histoire qui justifie les cadeaux faits aux enfants, au moins les bonshommes de pain d'épices qui, eux aussi, suggèrent de dater cette coutume du XVe siècle. Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Lorraine, Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Suisse et Croatie : le territoire de saint Nicolas s'identifie à celui du Saint-Empire Romain Germanique. Les reliques du saint évêque parvinrent en Francia Orientalis au Xe siècle mais ce n'est qu'au XIIe qu'il devint le protecteur des enfants et distributeur de friandises et plus tardivement encore qu'il se vit accompagner d'un personnage négatif, punitif, le Père Fouettard.
Avant de nous intéresser à la transformation tardive de ce couple hivernal dans les pays anglo-saxons, il convient de l'examiner plus avant. L'iconographie populaire de saint Nicolas le revêt d'une cape épiscopale rouge à parements d'or et d'une mitre de même couleur sur une aube blanche, couleurs qui perdureront dans le costume du Père Noël. Certains folkloristes ont pensé à une métamorphose d'Odin mais le vieux borgne porte un manteau bleu, de ce bleu profond du ciel qui s'assombrit avant la nuit tandis que S. Nicolas arbore les couleurs de l'aurore. A moins que ce ne soit du crépuscule. Le 6 décembre, on aurait pu songer à quelque puissance lumineuse des hautes latitudes, lorsque le jour se réduit à une aube suivie de crépuscule avant la nuit polaire. Mais le territoire que parcourt le saint évêque juché sur sa mule est plus au sud. Son accompagnateur, le Père Fouettard en Lorraine, porte en Autriche et en Bavière le nom de Krampus, crochet1, en Allemagne celui de Ruprecht ou Knechtruprecht2, en Alsace celui de Hans Trapp3, tandis qu'il devient Zwarte Piet, Pierre le noir, aux Pays-Bas où il porte visage noir et costume soit noir et blanc soit bigarré4 et Schmutzli, bouseux, dans les cantons suisses. Impossible de ne pas rapprocher Zwarte Piet de tous les récits hagiographiques où les démons apparaissent sous forme de petits hommes noirs, d' « Ethiopiens ». Traditionnellement, S. Nicolas apporte pains d'épice ou sucres d'orge, tandis que son compère n'offre dans son sac que charbon, cendres ou pommes de terre. Autant l'évêque symbolise l'abondance sans laquelle il n'est pas de friandises, autant son valet semble représenter la misère si ce n'est la famine. Pourtant, son fouet met une note d'espoir paradoxale : Zwarte Piet apparaît au moment où, dans le Frioul, les Benandanti vivent des rêves rituels de combat contre les sorciers stérilisant la nature qu'ils chassent en les fustigeant de branches de fenouil. On sait que les cas frioulans étudiés par Carlo Ginzburg ne sont que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus vaste et qui semble aussi s'être répandu au moins sur l'Europe centrale sinon sur l'ensemble du Saint-Empire. Ils opéraient aux Quatre Temps donc, pour la période qui nous intéresse, entre le troisième et le quatrième dimanches de l'Avent, donc aux alentours de la mi décembre. Nous sommes toujours dans la période préparatoire au solstice d'hiver, lorsque la nuit devient si pesante qu'il faut l'illuminer de fêtes et raviver la fécondité du monde.
Au début du XVIIe siècle, lorsque les Hollandais s'installèrent en Amérique du Nord et fondèrent la ville de Nieuw Amsterdam qui deviendrait New York en 1664 à l'arrivée des Anglais, les colons acclimatèrent leur folklore et saint Nicolas, Sinta Klaas, finit aussi par s'angliciser en Santa Claus. Lors de cette anglicisation, il perdit sa date de fête au profit du 24 décembre. En 1821, il allait perdre le dernier lien qui le rattachait au saint évêque de Myre et devenir Father Christmas, le Père Noël, dans un conte écrit par le pasteur Clément Clarke Moore dont on peut supposer qu'il n'appréciait pas ce résidu de papisme ! Il perdit aussi sa mule traditionnelle au profit d'un traîneau tiré par huit rennes. En 1860, le dessinateur Thomas Nast lui donna un costume rouge bordé de fourrure blanche, un long manteau remplaçant la chasuble liturgique puis en 1931, lors d'une publicité pour Coca-Cola, Haddon Sundblom le vêtait d'une tunique et d'un pantalon rouges inspirés du costume traditionnel des Inuits. En 1939 enfin, dans un conte de Robert L. May, les huit rennes deviennent neuf, attelage guidé par Rudolf au nez rouge lumineux. Notons au passage que ce renne lanterne (en attendant d'être simplement enrhumé) rappelle par son nom le valet Ruprecht5.
Et le mythe a pris corps. Avec sa fabrique de jouets où s'affairent les lutins au pôle Nord, le Père Noël a phagocyté Julenisse, le lutin des fermes norvégiennes qui portait les cadeaux aux enfants à l'approche de Jul, la fête solsticiale. Il faut dire que ce gnome changeur de forme en avait déjà tous les attributs, il suffisait de teindre son costume en rouge, ce qui fut fait en 1881. Lui même avait remplacé la chèvre de Jul, donneuse de présents plus traditionnelle et plus ambiguë puisque elle eut d'abord un rôle de croquemitaine, encore assumé au XVIIe siècle où les fermiers se déguisaient avec un masque et une peau de bouc pour effrayer leurs voisins, particulièrement les enfants. Ce n'est qu'au XIXe, encore le XIXe, qu'elle devint débonnaire et porteuse d'abondance.
Depuis le début de cet article, nous tournons autour d'une opposition abondance/famine où la fête propitiatoire vient nier ou euphémiser la nuit hivernale. Au solstice, selon ce que furent les moissons et les récoltes, les paysans savaient s'ils pourraient ou non passer l'hiver mais aussi qu'il fallait que la jeunesse le passe, sous peine de n'avoir plus d'avenir collectif. A la fin du XIXe siècle où la famine semble un spectre du passé, la fête change. Elle s'oppose toujours à la nuit et à l'ennui mais on éloigne la part d'ombre et Ruprecht le fouettard devient Rudolf le guide aux clochettes tintinnabulantes. Pourtant, derrière l'euphémisation du traîneau rempli de jouets et de sucreries, c'est peut-être encore la chasse gallerye qui parcourt les cieux obscurs. Au fond, le Père Noël n'a pris que parce qu'il se nourrit aux racines les plus profondes des mythes germaniques et, par delà, des cultes du néolithique dont nous ne connaissons plus que quelques figures comme le bouquetin, le loup ou le géant6.
Même euphémisé jusqu'à la niaiserie parfois, laquelle appelle la dérision, ce retour aux sources les plus archaïques ne laisse pas d'inquiéter comme un signe d'une angoisse collective latente plus profonde qu'on ne veut bien le dire. On ne fête jamais tant l'abondance que dans la sourde peur du manque. Le décor des illustrations de ce Noël païen, de ce Nouveau Soleil qui ne dépasse pas l'aurore, notons le, est passéiste. Ce ne sont que villages aux maisonnettes pimpantes, villages sans pauvres et sans ruines où toutes les cheminées fument, où tous les intérieurs respirent l'aisance cossue plutôt que le luxe. En d'autres termes, c'est le monde paysan idéalisé dont sont nostalgiques les adeptes de la décroissance, un monde qui déjà commençait de disparaître lorsque l'on imprimait les premières cartes de vœux.
Il reste que le Père Noël s'oppose de manière presque frontale au Noël chrétien. La hotte pleine de jouets exalte l'abondance quand on est censé fêter la naissance de l'enfant Dieu dans une grotte servant d'étable, couché sur la paille d'une mangeoire, pauvre parmi les pauvres au moins pour cette nuit. Aux esprits de la nature que sont les lutins répliquent les puissances célestes, les anges. Au thème du feu que rappelle, outre la couleur rouge de ses vêtements, le passage du Père Noël par la cheminée répond dans l'icône et le légendaire de la nativité celui de l'eau contenue dans une sorte de grande coupe où la sage-femme va baigner le nouveau-né. On peut penser que cette opposition traduit le caractère consumériste de notre temps mais allons plus loin. Les rites de fêtes et de cadeaux solsticiaux n'ont pas cessé avec la christianisation de l'Europe mais, dans la mesure où l'équilibre était gardé entre abondance et crainte de la pauvreté, récompense des efforts et sanction des abandons intérieurs, cette opposition frontale avec le Noël chrétien n'existait pas. Il s'agissait plutôt, plongeant aux mémoires archaïques, d'une sorte d'anticipation eschatologique de la fin des temps. Ce n'est qu'avec l'euphémisation systématique et la négation forcée de l'angoisse nocturne que cette opposition se fait jour. Elle devrait nous alerter. Le Père Noël déverse sa hotte de jouets sur les enfants mais on oublie le miracle de la naissance. C'est une abondance d'où la fertilité est exclue. Et, avec la fertilité, l'avenir ?

1.On reconnaîtra sa transposition dans le célèbre pirate qui capture les enfants dans le conte de Peter Pan.

2.Ruprecht, c'est le même nom que Robert ou Rupert, de Hrodberht (hrod = gloire + berht = brillant). On traduirait normalement par lumière de gloire, cf. le xvarnah iranien. Quant à knecht qui signifie valet, il faut l'entendre au sens médiéval de valet d'armes. Ce valet porte les mêmes attributs que l'évêque, comme s'ils étaient les deux faces d'un même être.

3.Il s'agirait du fantôme d'un seigneur réel nommé Hans von Trotha. mais on peut aussi penser à un dérivé du moyen-haut-allemand trappe, niais.

4.On a évoqué plusieurs explications évhéméristes à l'apparition du Père Fouettard au XVIe siècle, comme le souvenir d'un seigneur alsacien cruel, du siège de Metz par Charles-Quint brûlé en effigie, de serviteurs maures abandonnés sur place lors du retrait des Espagnols à l'indépendance des Pays-Bas. Ce ne sont bien entendu que des rationalisations après coup.

5.Rudolf vient de Hrod, gloire et de Wolf, loup. C'est donc un loup de lumière, avec la même ambiguïté que l'Apollon de Délos.

6.Voir la série d'articles que j'ai écrits en collaboration avec Pascal Pastor et publiés dans Liber Mirabilis, en particulier « Le genou gauche de l'initié ».


Thursday, February 26, 2009

En douce France, on n'est plus à un scandale près...

Louis Dalmas, président de l'association Vérité et Justice et directeur du mensuel B.I. me prie de diffuser largement ce qui suit :

A la suite d’un concours organisé par la Société de l’amitié serbo-russe pour les enfants

serbes du Kosovo âgés de 7 à 14 ans, un album de 230 de leurs dessins, choisis parmi des

centaines de contributions, a été publié par le groupe de presse belgradois Vecernje Novosti.

Ces dessins sont particulièrement émouvants car ils ne représentent que bombardements,

incendies, pillages, enceintes de barbelés et armes en tous genres. La vision du monde d’une

génération entière traumatisée par la guerre et la haine ethnique.

Notre association “Vérité et Justice”, fondée en 2003, a sélectionné 50 de ces dessins et a

conçu le projet d’en faire une exposition destinée à sensibiliser le public français sur la

situation de ces enfants qui vivent dans de véritables ghettos, en butte aux exactions d’un

entourage décidé à effacer toute trace de présence serbe dans la région, et à leur procurer

quelques ressources supplémentaires dont ils ont grand besoin.

Nous avons été rejoints dans la réalisation de ce projet par l’association “Solidarité-Kosovo”

qui organise depuis des années des distributions de secours et de cadeaux aux enfants dans les

enclaves serbes du Kosovo, et en est à sa huitième mission sur le terrain.

Le projet d’exposition est donc, par sa nature même, exclusivement humanitaire et caritatif.

Par lettre du 13 janvier 2009, accompagnée du dossier complet à remplir, le Directeur général

de la mairie du XVIIe arrondissement de Paris, M. Pierre Bourriaud, nous a confirmé la

concession de la salle des fêtes de la mairie pour deux journées, les 20 et 21 février 2009, au

cours desquelles devaient avoir lieu :

1) le vendredi 20 après-midi et soir, le vernissage de l’exposition et deux comptes rendus

illustrés de projections des voyages caritatifs effectués sur place ;

2) le samedi 21 toute la journée, la signature de leurs ouvrages par treize auteurs, dont

des personnalités comme Me Roland Dumas ou Me Jacques Vergès.

Par la suite, Mme Joelle Racary, représentante de Mme le Maire Brigitte Kuster, nous a

indiqué que la mairie consentait à ce que l’exposition des dessins se tienne dans le hall du 1er

étage du 16 au 28 février 2009. Elle nous a autorisé officiellement à accrocher à l’entrée de la

mairie deux “kakemonos” (grandes affiches de 2 m 50 de haut et de 1 m de large) annonçant

cette exposition ; elle s’est engagée à mettre à la disposition du public des “flyers” (tracts)

reproduisant cette annonce et donnant le programme des deux journées de rencontres ; elle

nous a indiqué que l’accrochage des 50 dessins pouvait se faire dès le vendredi 13 février.

Tout cela a été réalisé comme prévu sous son contrôle et avec son accord.

Sur la foi de ces engagements, nous avons procédé de plus à des dépenses et entrepris une

importante campagne de promotion.

Dépenses. Nous avons fait reproduire les 51 dessins aux dimensions requises pour

l’exposition, nous les avons fait encadrer sous verre, nous avons fait imprimer le matériel

d’information (kakemonos, flyers, cartes postales, invitations, etc.), nous avons passé

commande des boissons et amuse-gueules pour le buffet du vernissage, nous nous sommes

assurés le travail d’un professionnel des relations publiques, etc.

Promotion. 2.500 journalistes ont été informés par e-mail de la tenue de l’exposition.

L’annonce a été reproduite sur de nombreux sites internet. Les 1.770 abonnés du journal B. I.

ont été avertis et un certain nombre d’entre eux projettent de venir de province pour visiter

l’exposition. 72 invitations individuelles ont été envoyées à des personnalités de la

diplomatie, de la politique ou des médias, parmi lesquelles les ambassadeurs de 36 pays. Les

flyers ont été distribués en différents endroits et déposés dans plusieurs librairies. Les éditeurs

des treize auteurs ont été prévenus, et les dispositions ont été prises pour la livraison des livres

le vendredi après-midi.

A la demande de Mme Racary, parlant au nom de Mme le Maire, nous avons supprimé deux

panneaux qui situaient l’exposition, au strict niveau des faits, dans le contexte historique et

actuel du Kosovo, un panneau de présentation de l’association “Vérité et Justice” qui ne

faisait que mentionner la publication des trois livres des éditions du Verjus, et un dessin

d’enfant représentant un soldat de la KFOR tenant en laisse la colombe de la paix. La raison

invoquée était que ces éléments “politisaient” la manifestation. En les supprimant, nous

avons prouvé notre accord avec le maintien de l’exposition au strict niveau caritatif.

Le 16 février, un coup de téléphone de Mme Racary nous annonçait que Mme Brigitte Kuster

interdisait l’exposition et exigeait le décrochage immédiat des dessins et le retrait des

annonces. Cette scandaleuse décision – aux conséquences extrêmement dommageables – a été

confirmée par une lettre officielle en date du 16 février. Elle témoigne du racisme antiserbe de

Mme le Maire du XVIIe arrondissement de Paris et de son mépris pour les souffrances que

cette exposition humanitaire s’efforçait de soulager


Monday, December 22, 2008

A relayer abondamment

Je reçois un appel du professeur Yves Lignon que je relaie bien volontiers en rappelant qu'il s'agit d'études scientifiques.

VOYANCE

Enquête nationale sur la voyance.

Vous faites appel aux services d'une voyante, médium, cartomancienne, car ses prédictions vous semblent justes...

Faites nous part de vos témoignages.

Le GEEPP (Laboratoire de Parapsychologie de Toulouse) recueille ces témoignages dans le cadre de ses recherches.


Confidentialité totale assurée.

Tuesday, December 02, 2008

Notes de lecture

Rentrée fertile, cette année, sur le plan éditorial, pour certains de mes amis. Qu'ils me pardonnent de ne pas avoir rendu compte plus tôt de leurs ouvrages.

A tout seigneur, tout honneur. Louis Dalmas, directeur du mensuel B.I. (Balkans Infos) – voir les liens de ce blog – vient de publier une analyse critique à la fois intelligente et pleine d'humour de l'évolution de la presse française, réquisitoire implacable contre la bêtise, le conformisme, l'autocensure, l'abandon de l'investigation, bref la boboïde « pensée unique ». Il évite aigreur et pesanteur didactique qui sont souvent les deux mamelles de l'opposition radicale par l'intervention rythmique de deux charmantes et coquines soubrettes pipelettes, mesdames Sorladon et Mélamois que l'on imagine s'imprégner de philosophie politique du bout du plumeau, époussetant les concepts avec la porcelaine de Sèvres.
Pour donner à mes lecteurs un simple avant-goût en espérant qu'ils croqueront bientôt le livre à pleines dents, ouvrons le chapitre intitulé « Le devoir d'insolence » : « La conception du journalisme qui court en filigrane dans ce livre est celle d'un métier particulier, différent de tous les autres, en ce qu'il est à la fois intégré à la société (dont il mesure le degré de civilisation et garantit la santé), et asocial. Son essence est (ou devrait être) d'aiguillonner les institutions sans y appartenir, de décanter les conformismes en les refusant, de mettre en question les engrenages, sans en faire partie. Le vrai journaliste est forcément une sorte de marginal, parce qu'un vrai témoin ne peut être qu'en marge de son sujet : on ne voit bien qu'avec le recul du désengagement. L'information sans un brin d'anarchie n'est qu'une litanie de communiqués. »
Ce livre vient juste à l'heure, celle où les « Etats-Généraux » de la presse écrite, lancés le 2 octobre dernier par le président Sarkozy, qui réunissent patrons de presse, universitaires, parlementaires et membres d'ONG et préparent on ne sait quelles réformes se réunissent à huis clos alors que leurs débats devaient être retransmis par Public Sénat sur le site dédié http://www.etatsgenerauxdelapresseecrite.fr afin de « permettre des échanges plus libres entre les participants ». Comme c'est exactement l'argumentaire qui justifie le secret des réunions du Groupe de Bilderberg, on peut tout craindre. Plusieurs associations professionnelles ont d'ailleurs claqué la porte ou fait état publiquement de leurs réserves, dont Médiapart, le Forum des sociétés de journalistes et Freelens. Donc, à lire d'urgence :
Louis Dalmas, Le crépuscule des élites, préface de Roland Dumas suivie d'une lettre de Peter Handke, éditions Tatamis, 2008

Les éditions Xénia vers lesquelles on trouvera également un lien dans ce blog publient un document de première importance, l'œuvre complète de Théodore J. Kaczynski surnommé Unabomber par le FBI avant son arrestation. Il ne s'agit évidemment pas pour Slobodan Despot qui dirige ces éditions ni pour Patrick Barriot qui a réuni, traduit et préfacé ces textes de cautionner les actions terroristes de cet adversaire radical de la technologie moderne1 mais d'offrir au lecteur un document susceptible d'éclairer les fondements de certains courants de pensée très actuels.
Sans doute s'étonnera-t-on de me voir défendre et promouvoir cet ouvrage après mes critiques sans équivoque contre l'écologisme radical. Il est vrai que je ne partage pratiquement aucune des idées défendues par Unabomber. Toutefois, les questions éminemment dérangeantes qu'il soulève me semblent essentielles. Ne pas les entendre, ne pas leur apporter de réponse serait sans doute un remède pire que le mal car il est vrai que la société technologique actuelle est une culture massifiante et chosifiante dans laquelle les libertés individuelles ou locales sont réduites à la portion congrue. Kaczynski propose comme unique solution la régression technique – sans dire jusqu'où – avec destruction des supports écrits du savoir. Je crois pour ma part que le caractère latifundiaire2 et impérial de l'organisation sociale actuelle n'est qu'une étape et que l'on peut en sortir par le haut plutôt que par la régression même rebaptisée décroissance. Je pense aussi que la destruction des données scientifiques actuelles ne servirait à rien car ce qu'un homme a un jour découvert, un autre peut le redécouvrir. Y compris l'écriture et les mathématiques.
Rien ne nous assure que les techniques du futur favoriseront la production de masse comme le croit Kaczynski. L'alternance cyclique, dans l'histoire de l'agriculture, de domaines étendus de type latifundia et de la petite propriété paysanne suggère que les multinationales et les systèmes étatiques contraignants ne sont pas forcément le dernier mot de la technologie. En contrepoint, le roman de Neal Stephenson, L'âge de diamant3, ouvre quelques perspectives intéressantes. Mais au delà de mes réserves sur sa pensée, j'insiste : il faut lire les textes de Kaczynski, ne serait-ce que pour que nos choix de société se fassent en toute conscience.
J'ajouterai que, contrairement aux chantres de la décroissance qui nous la présentent comme une vieillesse heureuse et conviviale, Kaczynski ne donne pas dans l'angélisme des bisounours. Il choisit la vie « primitive » en pleine connaissance de ses défauts : plus d'heures de travail et plus pénible pour acquérir une subsistance parfois aléatoire, le sort des femmes loin de l'égalité ni de la parité et plus proche de l'esclavage ou du punching-ball. Je le remercie d'oser dire tout haut ce que chacun redoute tout bas en croisant les doigts.
Theodore J. Kaczynski, L'effondrement du système technologique, textes traduits et présentés par le Dr. Patrick Barriot, postface de David Skrbina, Xenia, Vevey, 2008.

Il est rare que l'on fasse une note sur un ouvrage acheté en rayon comme tout un chacun et j'avoue ne pas être une exception et préférer souvent parler de livres dont on m'a fait le service. Mais comme toutes les règles, celle-ci est faite pour être transgressée quand l'intérêt d'un ouvrage lu par hasard l'exige. Ainsi de celui que le journaliste Marc Mennessier consacre à l'instruction du procès AZF, très documenté, d'une rare honnêteté intellectuelle et particulièrement dérangeant, lui aussi. Si un journaliste s'est acquitté du devoir d'insolence dont parle Louis Dalmas, c'est bien lui, jusqu'à risquer un procès ainsi que quelques confrères dont la liberté de pensée agaçait le procureur toulousain bien résolu à faire payer Total, quitte à bâcler l'enquête. Je ne sais pas si l'hypothèse qu'il présente comme plausible est la bonne, il me semble qu'il faudrait interroger plus avant les anomalies électromagnétiques dont je sais de source sûre qu'elles ont affecté les ordinateurs jusqu'à Muret, à 20 km au sud de Toulouse. Mais ce livre est un des plus beaux exemples de journalisme d'investigation qu'il faut absolument lire avant que les « Etats Généraux » ne transforment les journalistes en simple communiquants.
Marc Mennessier, AZF, un silence d'Etat, Seuil, Paris, 2008.

1.Leur avertissement en début d'ouvrage est très clair : « En tant qu'éditeur de ce livre, nous condamnons sans ambiguïté les crimes de Theodore Kaczynski qui lui ont valu son emprisonnement à vie. Même si l'intérêt manifeste de ses écrits et de ses théories justifie la présente publication, rien ne peut justifier que l'on use du meurtre et de la violence pour répandre des idées. Nous tenons toutefois à appliquer, même dans ce cas précis, le droit imprescriptible à la liberté d'expression, ce qui est la mission d'un éditeur. »

2. J'étends le concept de latifundia aux domaines industriel et financier, le processus de fusion/acquisition étant du même ordre.

3. http://fr.wikipedia.org/wiki/L'%C3%82ge_de_diamant

Sunday, November 23, 2008

Z comme Helbronner et Bergier

Dans l'intéressant petit livre que Marc Saccardi consacre à Jacques Bergier (Amateur d'insolite et scribe de miracles : Jacques Bergier (1912-1978), éditions de L' Œil du Sphinx, Paris 2008), une citation me fait bondir et je regrette beaucoup que Saccardi ne l'ait pas reprise lors de sa conférence au colloque d'hommage à Bergier, le samedi 22 novembre, à la bibliothèque de Saint-Germain en Laye car j'aurais pu la relever et peut-être pu susciter un débat moins littéraire. Dans ce passage, Bergier commente ses travaux de recherches dans le laboratoire d'André Helbronner, dans les années 30 : « Ces expériences [consistaient] à volatiliser un fil métallique par une décharge électrique extrêmement puissante. Helbronner et moi-même avions constaté qu'il se produisait alors une transmutation des éléments. Nous avions fait en particulier de l'or à partir du tungstène et du bois, et du polonium à partir du bismuth et de l'hydrogène lourd1. » Bois est évidemment une corruption, erreur de dictée ou, plus probablement, de copie et il faut lire bore. Effectivement, le Bore, de nombre atomique 5, et le Tungstène, de nombre atomique 74, peuvent donner l'Or, 79, à condition d'avoir déclenché une réaction de fusion. En d'autres termes, à la recherche d'une source d'énergie basée sur la fusion nucléaire, Helbronner et Bergier ont monté l'ancêtre de la Z machine de Sandia et obtenu des effets que les Américains n'ont pas ou pas encore retrouvés, ou qu'ils considèrent comme un effet secondaire négligeable. Si la guerre n'avait pas interrompu les travaux de ce laboratoire ou si Bergier avait pu les reprendre après la libération, où en serions-nous aujourd'hui ?

Rappelons ce qu'est la Z machine. J'écrivais dans l'article Z comme Zorglub présent dans les archives de ce blog : La Z machine est à l’origine un générateur de rayons X par pincement magnétique d’un plasma obtenu en faisant passer un courant électrique de 20 millions d’ampères dans des fils de tungstène très fins. Ce plasma atteint quelques millions de degrés. J’ai sous les yeux un article de décembre 1999 ou janvier 2000, un autre communiqué de presse de Sandia, où ils se congratulaient d’avoir atteint les 1,6 millions de degrés, comparables aux éruptions solaires et très proches des températures de fusion. En remplaçant le tungstène par de l’acier afin d’obtenir des mesures spectroscopiques plus précises, ils ont fait un bond qualitatif autant que quantitatif totalement inattendu : une température de plasma plus chaude que les étoiles, plus d’énergie à la sortie qu’on n’en a envoyé à l’entrée, la température des ions toujours soutenue lorsque le plasma est immobilisé et supérieure à celle des électrons. Une énergie additionnelle imprévue se manifeste. Haines l’attribue à des micro-turbulences engendrées par le champ magnétique dans le plasma.

Un courant de 20 millions d'ampères, c'est exactement ce que décrit Bergier. Leur a-t-il manqué le pincement magnétique exact pour atteindre la fusion lithium-hydrogène et le générateur électrique de petite taille qu'ils espéraient mettre au point ? Comment se fait-il qu'ils aient obtenu des transmutations dont ne parlent pas les gens de Sandia, alors qu'elles sont prévisibles à de telles températures ?

Et surtout, on peut se demander pourquoi ces résultats n'ont pas été repris par les chercheurs alliés. On sait qu'il y eut de nombreuses recherches aux USA, en marge du Manhattan Project. Dont la trop célèbre Philadelphia Experiment que l'on dissimule encore derrière un mensonge diplomatique tellement gros qu'il ne trompera personne ayant quelques notions de physique puisqu'on oppose aux jeunes romantiques épris de téléportation cet argument massue qu'il y eut bien des recherches à la Navy en 1943, qu'Albert Einstein y fut effectivement mêlé mais qu'il s'agissait « simplement » d'obtenir pour les navires une furtivité radar, pas une invisibilité visuelle. Le jeune romantique repartira déçu sans poser d'autres questions, espèrent-ils. Mais moi qui ne suis pas un jeune romantique, j'en pose une. Comment donc obtenir une furtivité radar dans l'eau ? Alors qu'on sait que l'humidité de l'air peut suffire à annuler la furtivité d'un F117 ? Réponse, non pas technique mais théorique : il faut disperser les ondes radar en amont du bateau, donc utiliser un champ électromagnétique ad hoc. Tonton, pourquoi tu tousses ?

J'ajoute que j'ignore totalement si la série d'expériences a eu des effets secondaires aussi spectaculaires que ceux que rapporte le soi-disant Allende dans ses annotations du bouquin de Morris K. Jessup et que la chaise de Montauk me donne surtout envie d'éclater de rire, sauf si j'analyse ce corpus comme un mythe en voie d'émergence ou quelque réminiscence des romans de Van Vogt. Cette affaire montre surtout que les efforts militaires de recherche ne se sont pas limités à la mise au point de la bombe A et qu'il y aurait eu place pour la proto-Z machine d'Helbronner et Bergier. Plus d'un demi-siècle perdu, sans parler d'un génie gâché. Quelle pitié !


1Jacques Bergier, La grande conspiration russo-américaine, Albin-Michel, Paris, 1978, p.99

Sunday, September 28, 2008

Z'êtes ét(h)iques ?

Tandis que je lis ou relis les textes d'Aimé Michel récemment publiés1 avec la ferveur de qui trouve à chaque page de quoi penser, méditer ou s'en prendre une dans les gencives mentales, une micro prise de bec avec un zététicien sur un forum m'a donné l'occasion d'aller sur leur site. J'y ai trouvé une perle d'une telle eau que je ne peux laisser passer. Voici l'histoire. Le sieur Broch, ci-devant spécialiste de biophysique et titulaire d'une chaire de zététique à l'université de Nice Sophia Antipolis, a repris la ruse déjà utilisée au XIXe siècle par l'Académie des sciences2 pour attirer les magnétiseurs et créé un prix rondelet pouvant être décerné à qui lui prouverait jouir de dons « paranormaux ». Bien évidemment, le malheureux candidat ne passera jamais la barre3 et, mieux encore, s'en retournera avec une explication « rationnelle » qui le détournera à tout jamais de ses prétentions censément illusoires. Le brave homme attiré par l'appât, cette fois-ci, pensait que, chaque fois qu'il se concentrait, il faisait claquer les portes – des portes fermées, précisons. Vrai, faux ? Comment le savoir ? En le testant ? La porte réagissait bel et bien mais rassurez vous ! L'équipe de Broch a trouvé une explication purement physique : le bonhomme en se concentrant fronçait les sourcils et crispait quelques muscles ; cela suffisait à induire une variation de pression dans la pièce, ce qui entraînait mécaniquement la réaction de la porte. Ouf ! Rien à payer, le sujet rassuré car, s'il peut être flatteur de se penser des « pouvoirs », c'est aussi la meilleure porte ouverte sur l'angoisse d'être4. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Sauf que leur explication n'est que foutaise. Où donc est la contre-expérience ? Ont-ils fait défiler dans la pièce un nombre suffisant de sujets auxquels n'aurait été demander que de froncer les sourcils et de contracter les épaules et les fesses – et surtout pas de se concentrer ? Ont-ils mesuré la pression de l'air avant, pendant et après ? Quel type de porte peut réagir à une aussi faible différence de pression, à supposer qu'elle existe ? Où sont les données chiffrées ? Pas sur leur site, apparemment, où je les ai cherchées en vain.

Une porte fermée qui claque, j'ai connu. Une seule fois dans ma vie pour une cause physique, à vrai dire, le soir du tremblement de terre qui, dans les années 1970, a dévasté le Frioul. J'habitais alors en Bourgogne et l'onde sismique fut sensible jusque là. L'onde de choc, la différence de pression de l'air qu'elle entraîne, cela se perçoit sans ambiguïté possible dans la poitrine autant que dans le bruit de la porte. Cela va très vite mais les sensations s'inscrivent durablement dans la mémoire. Faut-il ajouter que cette porte n'a jamais bronché lorsque, grande épistolière, je me concentrais sur ma correspondance en crispant inconsciemment tout les muscles que l'on voudra ?

Si monsieur N. est capable de faire bouger les portes en contractant quelques muscles du visage – tout en restant assis, remarquez, l'air n'étant même pas brassé par le mouvement d'un marcheur – je prétends que l'effet physique est alors aussi inquiétant que l'effet PK que Broch se flatte d'avoir exorcisé et qu'il faudrait l'étudier dare-dare. Si cet effet ne se manifeste que chez lui, cela intéressera les assureurs de savoir que cet immeuble5 est tellement instable qu'il suffit de froncer les sourcils pour le faire vibrer avec la même intensité qu'un séisme. S'il se manifeste partout, alors notre homme semble le siège de processus biologiques assez insolites. Ne me demandez pas lesquels, ce n'est pas mon métier.

Mais n'y aurait-il pas quelque malhonnêteté intellectuelle à présenter comme explicative une hypothèse aussi capillotractée que rien, dans l'expérience courante de milliers de gens, ne vient corroborer – et cela sans étude sérieuse ? Je ne dis pas que cette hypothèse ne serait pas scientifique, elle l'est. Elle obéit au premier pont-aux-ânes qui permet de différencier la science de ce qui n'en est pas : en théorie, elle est falsifiable. Mais qui va monter la contre-expérience ? Les seuls qui auraient les crédits nécessaires, ce sont justement ceux qui n'ont aucun intérêt idéologique à le faire, à savoir les zététiciens. Z'êtes éthiques ? Assez pour relever ce défi là ?

Je dis très vite que l'hypothèse est falsifiable. Sur le papier sans doute et je n'aurais aucun mal à en bâtir les grandes lignes, test d'un nombre suffisant de sujets non prévenus, test de lieux et de types différents de porte, mesure de la pression d'air avec une batterie de baromètres ultrasensibles disposés le long d'un gradient supposé, mesure de la contraction musculaire, etc. Dans la réalité, c'est moins sûr. Qui m'assure qu'on peut maîtriser toutes les variables ?

Ce dont il s'agit, c'est de se rassurer, de claquer la porte mentale qui pourrait nous mettre devant l'inconnu, ouvrir une brèche dans les représentations du monde. Comme dans les romans de Jean Pierre Andrevon, il faut pouvoir penser que l'homme est petit, plutôt con, avec des passions mesquines, que ses émotions le trompent toujours et que seule la matière est solide – ce qui ferait bien rigoler un physicien, lequel tend à jeter la notion de matière aux poubelles de l'histoire des sciences et à lui préférer celle d'interaction ou d'événement. Si Blaise Pascal a raison, si « l'homme passe infiniment l'homme », le vertige devient pour eux insupportable. Zététiciens et rationalistes affirment souvent que l'on invente des croyances pour boucher les trous de la représentation du monde, trous dus uniquement à l'ignorance. Mais j'ai connu nombre de gens dont l'image du monde ressemblait à une dentelle, contradictoire de surcroît, et que cela ne gênait pas plus que cela du moment que cela permettait de se repérer dans leur vie quotidienne. Pourquoi cette obsession de clore les représentations, de les resserrer le plus possible ? Z'êtes étiques ? Ou ne serait-ce que de l'agoraphobie mentale ?

1La clarté au cœur du labyrinthe et L'apocalypse molle, éditions Aldane, voir mon message précédent

2Voir la thèse de Bertrand Meheust, Somnambulisme et médiumnité, t1 Le défi du magnétisme, t2 Le choc des sciences psychiques, Synthélabo, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 1999.

3Bien fait ! L'avidité est un vilain défaut !

4Dont Aimé Michel parle si bellement...

5J'ignore où habite monsieur N. mais une maison particulière est un immeuble au même titre qu'un ensemble d'appartement, si l'on en croit l'Académie.

Friday, September 05, 2008

Actualité d'Aimé Michel

Il m'arrive souvent de citer Aimé Michel au fil de ce blog et mes lecteurs savent l'admiration que je porte à ce grand philosophe. Aussi est-ce avec joie que je peux annoncer la parution conjointe aux éditions Aldane de deux ouvrages essentiels pour la connaissance de sa pensée. Le premier rassemble les articles courts et denses qu'il écrivit pour le mensuel France Catholique entre 1970 et 1992. Réunis par Jean Pierre Rospars, ces textes forment un livre de presque 800 pages avec notes et index, le traité qu'Aimé Michel n'a jamais pris le temps d'écrire et qui, peut-être, l'aurait fait reconnaître par ses pairs – encore que, sur ce point, j'aie un doute : la philosophie ou nouvelle scolastique, en France, gangrenée par le marxisme et dominée, si l'on peut dire, par Jean Paul Sartre, ignorait superbement la science et se fourvoyait dans la politique à la petite semaine. Comme les mêmes illusions vidaient alors les églises au nom de Vatican II, souvenons nous de Maurice Clavel tonnant « mes pères ! Vous avez tellement peur d'être les derniers chrétiens que vous serez les derniers marxistes ! », France Catholique faisait figure de bulletin paroissial confidentiel, pauvre, souvent introuvable au banc de presse des paroisses, ce qui ne l'empêchait pas de réunir sur son mauvais papier des signatures parmi les plus intelligentes de l'époque.
Le second livre résulte d'une longue histoire. A la suite de nombreux échanges, Aimé Michel et Bertrand Meheust avaient caressé le projet d'un livre à deux voix, une correspondance philosophique dans laquelle le jeune philosophe permettrait à son aîné, par ses questions, d'approfondir sa réflexion. La correspondance eut lieu mais pour mille raisons, le projet de publication fut abandonné, repris, puis interrompu par la mort d'Aimé Michel et le temps de deuil nécessaire de sa famille, puis l'oubli qui s'installait autour de son œuvre. Il voit enfin le jour et je m'en réjouis d'autant plus que, dans cette correspondance, Aimé Michel n'était pas limité par le format standardisé d'un article de presse ni par la nécessité du style. Comme chez Flaubert, les écrits destinés à l'édition sont d'un classicisme ciselé tandis que la correspondance emploie l'argot, la gouaille, la verdeur qui n'est peut-être qu'une forme de pudeur. La pensée qu'il exprime n'en est paradoxalement que plus profonde.
Je reviendrai sur ces livres mais je tenais à signaler leur parution sans attendre.

Aimé Michel, La clarté au cœur du labyrinthe : chroniques sur la science et la religion, textes choisis, présentés et annotés par Jean Pierre Rospars, préface d'Olivier Costa de Beauregard, Aldane éditions, Cointrin, 2008

Aimé Michel, L'apocalypse molle, correspondance adressée à Bertrand Meheust de 1978 à 1990, précédé de Bertrand Meheust, Le Veilleur d'Ar Men, préface de Jacques Vallée, postfaces de Geneviève Beduneau et Marie Thérèse de Brosses, Aldane éditions, Cointrin, 2008

A quoi j'ajoute ce que je reçois aujourd'hui de l'éditeur :


Les Éditions Aldane ont le plaisir de vous faire part de la publication de ses deux derniers ouvrages:

Aimé Michel: L'apocalypse molle 
Correspondance adressée à Bertrand Méheust de 1978 à 1990 (textes inédits) 
Précédé du «Veilleur d'Ar Men» par Bertrand Méheust 
Préface de Jacques Vallée 
Postfaces de Geneviève Beduneau et Marie-Thérèse de Brosses

Aimé Michel, qui nous a quittés en 1992, ne fut pas seulement un des pères fondateurs de Planète et un pionnier de l'ufologie, il fut aussi, par la dimension prophétique de sa pensée et par la puissance de sa plume, un écrivain et un philosophe visionnaire, dont on trouvera difficilement l'équivalent dans la culture française contemporaine.
Mais une grande partie de son oeuvre reste dispersée et sa dimension épistolaire est encore à découvrir. C'est à cette tâche que ce livre souhaite contribuer. On y trouvera la correspondance que l'auteur de Mystérieux Objets Célestes a entretenue avec Bertrand Méheust entre 1978 et 1990. Ces textes devaient entrer dans la composition d'un livre qui n'a jamais vu le jour. Ils sont aujourd'hui disponibles dans leur intégralité.

Pour les présenter au lecteur, Bertrand Méheust s'attache, dans Le Veilleur d'Ar Men, à introduire la pensée d'Aimé Michel, à dégager ses grands thèmes et leur articulation.
Aux yeux d'Aimé Michel, la question des soucoupes volantes s'intégrait dans un projet grandiose: réfléchir à l'évolution cosmique de la vie et de la pensée en considérant l'espèce humaine comme un cas particulier et transitoire. C'est autour de cette idée-mère que s'organisent les textes donnés dans cet ouvrage, dont le titre posthume est inspiré d'une expression favorite d'Aimé Michel. L'univers est une «apocalypse» dans les deux sens du terme, c'est-à-dire qu'il est une catastrophe continuée, et qu'un projet s'y dévoile. Et cette apocalypse est 'molle' en ce sens qu'elle se déroule à une échelle temporelle qui n'est pas la nôtre.
 
Un texte terrible et envoûtant qui complète les chroniques de France catholique publiées par Jean-Pierre Rospars chez le même éditeur et qui permet une écoute stéréoscopique de la pensée de l'écrivain visionnaire.

La préface de Jacques Vallée, les postfaces de Geneviève Beduneau et de Marie-Thérèse de Brosses insistent sur la haute figure d'Aimé Michel, sur la dimension de l'homme et du penseur.

Aimé Michel: La clarté au coeur du labyrinthe 
Chroniques sur la science et la religion 
Textes choisis, présentés et annotés par Jean-Pierre Rospars 
Préface de Olivier Costa de Beauregard
 
Entre 1970 et sa mort, Aimé Michel a donné à la revue France catholique plus de 500 chroniques, dont certaines sont des merveilles de concision et de profondeur. Réunies par thèmes dans cet ouvrage, elles dessinent une image nouvelle de la trajectoire d'un philosophe dont la pensée reste largement à découvrir. Leur auteur n'a pas été seulement le «prophète des ovnis». Toute sa vie il s'est interrogé sur les «vrais problèmes de l'homme»: ce qu'ils sont, d'où ils viennent, où ils vont, et il en dégage l'idée qui commande toutes les autres: la réalité n'est pas triste, le monde n'est pas un «petit machin», il va quelque part et nous avec.

L'examen des données scientifiques n'interdit pas cette vue, au contraire. Aimé Michel nous entraîne des origines animales de la pensée humaine à un futur matériel et spirituel potentiellement sans limite; du coeur de la matière, dont il souligne les déconcertantes propriétés, aux profondeurs de l'espace où s'inscrira notre devenir parmi nos semblables et nos maîtres; du secret de notre conscience à la Pensée cachée qui se dévoile parfois au coeur de l'homme et court dans la «rumeur chrétienne», dont il montre la centralité et la modernité.
 
Cette vision du monde à contre-courant n'est ni un système, ni un prêt-à-penser, mais un questionnement dont la première vertu est de faire circuler de l'air dans l'espace confiné où nous enferment notre propre petitesse et des vieilleries philosophiques datant du XIXe siècle. Concret sans renoncer au lyrisme, enjoué sans s'interdire des critiques acerbes, empli d'espérance sans ignorer la férocité du monde, Aimé Michel
annonce certains des grands thèmes de réflexion d'aujourd'hui, préfigure ceux de demain et fait entendre l'appel du large pour mieux nous aider à vivre sur cette étrange planète.
 
Jean-Pierre Rospars, neurobiologiste, directeur de recherche, a rassemblé et annoté ces chroniques et les a fait précéder d'un avant-propos qui les replace dans la vie et l'oeuvre d'Aimé Michel.

Le physicien Olivier Costa de Beauregard, récemment disparu, a écrit la préface.

Pour compléter cet "événement" Aimé Michel, les Éditions JMG 
rééditent le livre de

Michel Picard: Aimé Michel ou la Quête du Surhumain

Thursday, July 31, 2008

Le Christ, les fées et l’écosystème

Lorsque Pierre Saintyves ou Dontenville lançaient les grandes enquêtes sur le folklore ou la mythologie française, notaient que les saints avaient pris la succession des dieux dans les contes de veillée et les croyances populaires, Max Weber faisait après Nietzsche reproche aux chrétiens d’avoir désenchanté le monde. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les deux affirmations se contredisent gaillardement. Les néo-païens résolvent la contradiction, quand ils la voient, en reprenant l’accusation de Weber tout en considérant que ce qui la bat en brèche serait du paganisme déguisé, selon la théorie des « survivances ». A vrai dire, cette théorie due à Pierre Saintyves si je ne m’abuse arrange tout le monde, à condition de ne jamais la regarder de trop près. Mais s’agit-il de « survivances », d’éléments d’un paganisme antérieur qui se seraient maintenus en se déguisant, ou d’une mythopoièse interne à l’univers chrétien ? Certes, la légende de saint Georges reprend presque à l’identique le mythe de Persée, mais c’est plutôt exceptionnel. Les autres saints sauroctones pourraient se rapprocher du mythe d’Apollon qui, à Delphes, s’empare de l’oracle en tuant le serpent Python, premier occupant de la grotte. Mais Apollon doit expier ce meurtre et s’en purifier, même si l’acte équivaut à faire passer le centre énergétique du monde de la magie chtonienne et ténébreuse à la lumière civilisatrice. Rien de tel chez les saints. Très rares sont ceux qui vont jusqu’à tuer la bête : le plus souvent, ils la font fuir ou la domptent et l’apprivoisent. Même l’icône de l’archange Michel le montre seulement fixant le dragon de sa lance sans le transpercer. Avec cet exemple dont le caractère mythique n’est pas niable, on voit les limites d’une hypothèse de « survivance ». A tout le moins, le matériau de l’imaginaire ancien se voit transformé en profondeur dans l’opération.

A rebours, il est des chrétiens prompts à voir le diable partout, jusque sous leur table de nuit ou les coins sombres de leur chambre d’enfant[1] et surtout dans les entités du mythe. J’en connais pour qui l’humanité a vécu dans une nuit ponctuée de cauchemars jusqu’à ce que le Christ s’incarne et, pour eux, le salut s’assimile à l’émergence de la rationalité. On n’est pas loin de la « mentalité pré-logique » que Lévy-Bruhl prêtait à tous les « primitifs ». En d’autres termes, le Christ serait lumière du monde au sens où l’entendaient les Lumières, celles du XVIIIe siècle, incarné sur mesure pour les bourgeois, les maîtres de forge et les lecteurs du Figaro, théoricien du libéralisme avant Hayek et du positivisme avant Auguste Comte. Qu’ils me pardonnent si je trouve cette liberté là un peu étroite aux emmanchures. Et ce n’est pas pour me précipiter vers la fausse libération tant à la mode qui ne remonte guère au dessus de la ceinture.

Je suis plus acerbe à leur égard qu’à celui des païens ? Vrai. On est toujours plus exigeant et plus dur avec les siens. Et c’est surtout que ce rationalisme, s’il reste seul en lice, ne me paraît pas vraiment chrétien. L’essentiel des Evangiles est récit de miracles qu’on ne peut pas toujours désarmer en les supposant symboliques ou simple condescendance à la rudesse un peu niaise des pêcheurs de Galilée. Ne protestez pas, messieurs ! Je n’invente rien, tout cela je l’ai lu et plus d’une fois comme le jugement de Luce Pietri sur la biographie de saint Martin par Sulpice Sévère : en guise de miracles, il s’agirait de « phénomènes naturels mal compris ». Lesquels ? Silence radio. La phrase est citée dans l’introduction d’une édition fort catholique destinée à la lecture populaire. Cette façon de se croire plus malin que ses ancêtres et de les prendre pour d’ignorantes andouilles quand on obtient un poste universitaire m’a toujours hérissé le poil. Et lorsque cessent les récits de miracle, lorsque le Christ enseigne, c’est au travers de « paraboles ». Oh la jolie langue de bois ecclésiastique pour glisser en douceur sur ce mode oriental de transmission de l’expérience spirituelle que l’on appelle simplement conte dans les autres traditions ! Mais oui, des contes ! Il était une fois un roi qui mariait son fils… Il était une fois un homme sorti de bon matin pour les semailles…

Donc il est une mythopoièse chrétienne initiée par le Christ lui-même avec un humour subtil et ceux qui ne sont pas capables d’éclater de rire en voyant les invités se défiler et la salle des noces remplie de tous les boiteux, les scrofuleux, les bancroches et les bayeurs aux corneilles, c’est qu’ils n’écoutent plus, qu’ils ronronnent – ou qu’ils n’ont jamais vu de noces paysannes.

Quelque chose ne va pas cette année. Nous sommes à la fin juillet et le ciel n’est strié d’aucun vol d’hirondelle[2] alors qu’elles étaient présentes l’an dernier. Elles me manquent. Pourquoi ne sont-elles pas venues jusqu’ici nous parler de l’été ?

Il ne s’agit pas vraiment d’une parenthèse. Les hirondelles et leurs cris ont rythmé mon enfance, ma grand-mère m’apprenait qu’elles ne nichent pas n’importe où, qu’elles apportent le bonheur sur les maisons qu’elles élisent – à moins que ce ne soit l’inverse, qu’elles fuient les ambiances lourdes du malheur ou de la méchanceté – et qu’il ne faut jamais détruire les nids. Folklore, jugeront les pisse-vinaigre avec un froncement de nez. Sans doute. L’hirondelle des villes chrétiennes était donc messagère de bénédiction, prophétesse d’un éternel été.

Survivance ? C’est en hirondelle que se métamorphose Isis dans le mythe tardif raconté par Plutarque, lorsqu’elle se met en quête du corps démembré d’Osiris. Ses cris sont les gémissements de la déesse veuve. Deuil et fécondité mêlés. Hirondelle encore, bien que je présume qu’il s’agisse plutôt d’une hirondelle de mer, Fand, épouse infidèle de Manannan mac Lir, initiatrice amoureuse de Cuchulain. Rien dans ces mythes tragiques ou tristes, dans ces histoires de fécondité mais surtout de séparation ne prépare l’hirondelle à devenir messagère de joie, donatrice de bonheur. Cela ne prend sens qu’avec le christianisme, lorsque se confondent dans la sensibilité collective le retour du printemps et l’annonce de la résurrection, mêlés de plus à l’annonce de l’incarnation divine elle-même fêtée le 25 mars, juste à l’équinoxe dans l’antiquité.

Après quoi, l’on nous dira que le judéochristianisme, cette intéressante chimère universitaire, n’a pour la nature que le mépris utilitariste du propriétaire. Mais cet utilitarisme sans frein n’a pas pris naissance au bord du lac de Tibériade, il est le fruit d’une rationalité portée au pinacle et que ne modère consciemment aucune sacralité, le sous-produit de l’idéologie du progrès et de la révolution industrielle, du positivisme et de la « table rase ». On ne trouve pas « bienheureux les scientistes » parmi les Béatitudes !

Je suis d’une génération qui avait encore des grands parents paysans. Claude Claire Kappler écrit parfois qu’elle est née au moyen âge. Moi aussi. Mais le sien était sombre, peuplé d’entités hostiles qu’il fallait conjurer par des rituels précaires, un moyen âge tardif d’après la grande peste, tandis que le mien, plus ensoleillé, devait remonter aux mérovingiens. On y présentait l’enfant de la maison aux abeilles afin qu’elle ne soit pas piquée, on y maintenait une foultitude de traditions en marge de la messe du dimanche, les couronnes de meringue accrochées aux branches de buis des Rameaux, la vraie bûche de Noël dans le poêle à bois qui remplaçait la cheminée, le vœu qui accompagnait les premiers fruits de l’année, les œufs de Pâques dissimulés dans le jardin et semés par les cloches qui revenaient de Rome. Il y avait bien quelques entités plus inquiétantes comme la Mère Angueule qui guettait les enfants au fond du puits – et que je guettais, moi, en me penchant assez dangereusement sur la margelle quand on ne me voyait pas. Il m’a fallu quelques années de comparatisme pour comprendre que cette Angueule était Anguille et l’un des avatars de Mélusine.

Survivance ? Aucun doute cette fois. Dans la mythologie celtique d’Irlande, l’anguille est une manifestation de Bodb, d’ordinaire corneille, dame[3] de la guerre. C’est une queue d’anguille plutôt que de couleuvre ou de carpe qu’arborent les sirènes bifides sur les chapiteaux romans, les fées de l’espèce de Mélusine, dames des fontaines et des creux de torrent si ce n’est des vagues comme la Morganhez bretonne. La Mère Angueule vient en droite ligne des traditions celtiques. Mais elle n’a pas été christianisée, pas même dans le mythe de fondation des Lusignan puisque l’une des versions nous montre la dragonne s’envoler par la fenêtre lorsqu’on veut la forcer à assister à la messe. Résistance à la christianisation ? J’en doute. J’y verrais plutôt le sentiment plus ou moins conscient qu’il ne faut pas confondre les registres. Dans les contes de veillée, si les fées sont mauvaises, car il y a de fichues garces parmi elles, un saint les chasse ; si elles sont bonnes, Dieu les bénit et les prend pour messagères. Mais comme chez les anges de Dante, il y a celles « qui ne furent ni pour Dieu ni pour le diable mais pour elles-mêmes ».

(à suivre)



[1] Le bonhomme dans le coin, fantasme nocturne des plus classiques et bien étudié, qui passe normalement à l’adolescence. Pas chez tous, apparemment.

[2] Oui, je sais, si la queue est longue, ce sont des martinets…

[3] Les termes dieux et déesses étant trompeurs, je leur préfère la véritable traduction, puissances, et sa sexualisation en seigneur et dame.

Wednesday, July 02, 2008

Païens et chrétiens 4

Derrière la question de l’histoire se profile celle de l’identité culturelle. Le deuxième reproche fait aux monothéismes serait de privilégier l’universel aux dépens de l’enracinement. Comme Huntington assimile le religieux à l’identitaire dans son Choc des civilisations[1], les néo-païens reprennent l’ancien concept des Dieux de la cité mais en excluant le christianisme des racines légitimes. Effacer près de 1700 ans de la mémoire des peuples[2] pour renouer avec une identité sur laquelle nous avons plus de spéculations que de certitudes a quelque chose de surréaliste quand on y pense.

Cette revendication de retour aux origines, à la pureté et à la grandeur, n’est pas neuve. C’est celle de l’Egypte saïte, des sécessions gauloises dans l’empire romain, de la Réforme par rapport à l’Eglise romaine et sa dernière occurrence, déjà néo-païenne, fut le nazisme. On la voit surgir et prendre de l’importance dans les périodes de décadence comme une sorte d’ultime sursaut mais qui précède le plus souvent une disparition, au moins temporaire. La « renaissance saïte » n’a pas empêché le déclin de l’Egypte mûre pour tomber dans l’escarcelle des conquérants perses puis grecs ; l’empire de Postumus fut le chant du cygne de la civilisation celtique en Gaule ; après la Réforme, si des Eglises demeurent en occident, il n’y a plus de chrétienté ; l’Allemagne enfin n’a survécu au nazisme que brisée et soumise.

1700 ans de christianisme dominant en Europe, en Arménie, en Ethiopie, un millénaire en Russie et dans les pays slaves n’ont pourtant pas effacé les différences culturelles, la personnalité propre des nations et des peuples. Allez donc confondre Hongrois et Tchèques ou même Piémontais et Calabrais et vous entendrez parler du pays ! Et que dire des Gallois et des Anglo-saxons ! S’il est une folie niveleuse des identités collectives, il est vain de la chercher dans le christianisme, même dans sa variante catholique et romaine qui ne prétend qu’à une forme d’empire ecclésial, la réunion de nations diverses sous un même chef. On rencontre plus aisément la confusion de l’universel et de l’uniforme dans les idéologies athées ou vaguement déistes, au premier chef dans le marxisme mais déjà chez les philosophes des Lumières. L’universalisme chrétien n’est pas uniformité mais polyphonie : c’est le sens de la Pentecôte où chacun entend les Apôtres parler dans sa propre langue[3].

L’ecclésiologie chrétienne se fonde sur une antinomie : l’Eglise est une, son universalité n’a jamais été remise en question ; en même temps elle est locale, appelée à baptiser toutes les nations, pas à les nier. Son unité s’exprime par la communion de collèges d’évêques locaux. La voie juste se tient à l’exact équilibre. Si l’on accorde trop de poids à l’unité, on tombe dans une ecclésiologie de type militaire où le patriarche devient le général en chef n’ayant que des subordonnés sous ses ordres au lieu d’être le premier entre les pairs. C’est l’une des erreurs de la réforme grégorienne en occident. Si l’on accorde trop de poids à la diversité, si l’on confond local avec ethnique, on tombe dans l’ethnophylétisme qui empoisonne et ligote l’Eglise orthodoxe ainsi qu’une partie des Eglises protestantes depuis plus d’un siècle. Paradoxalement, idolâtrer les nations empêche de les baptiser en profondeur et le christianisme devient un vernis cachant mal un Dieu de la cité ou de la tribu, un Teutatès ou un Jupiter capitolin, comme l’a bien vu Alain Sanders pour les USA[4].

Qu’est-ce alors que le baptême des nations ? Lorsqu’il m’est arrivé de traiter cette question[5], je l’ai fait sous l’angle de l’antinomie unité/diversité que je viens de rappeler mais je n’ai pas abordé l’aspect le plus théologique. L’ethnophylétisme et sa parèdre, l’unité pour l’unité, qu’elle prenne l’aspect d’une hiérarchie à la romaine ou, plus à la mode, de l’œcuménisme adogmatique sacrifient tous deux l’essentiel. La vérité, sans doute mais, comme disait le vieux Pilate, « qu’est-ce que la vérité ? » Non, elles oublient simplement que Dieu est personnel, tri-personnel même et qu’il ne s’agit pas d’un dogme à énoncer mais d’une relation vivante, d’une relation de feu qui transforme l’être en le confirmant dans son unicité. Dès qu’on passe dans les « ismes », qu’on oppose des concepts, des arguments, des structures, des idéologies, qu’on parle de Dieu et non plus avec Dieu, on fait barrage à la vie, au donateur de vie. Le baptême des nations, pour le dire très vite, c’est l’infusion de cette présence de vie, des énergies divines dans la mémoire collective profonde. Il commence peut-être avec le premier baptisé concret, avec Olga en Russie, avec Frumentios en Ethiopie, avec Nino en Géorgie, encore est-ce bien rare que l’on connaisse le nom de ce premier là, mais qui peut dire quand il s’achève ? Et qui peut dire ce que sera la floraison d’une nation libérée des vieilles entraves, des ornières d’éternel retour sans pour autant être déculturée ni avoir à se renier ?

Le troisième reproche, très différent des deux premiers, c’est celui d’avoir désenchanté le monde, fait fuir les fées et les dryades, posé sur la nature un regard de propriétaire utilitariste et jouisseur, oublié que l’homme n’est qu’un élément du grand tout sans plus de droits que le cèdre ou la fourmi. Lorsqu’on objecte que la fourmi ne s’occupe pas tant du bonheur des pucerons qu’elle domestique que de sa propre fourmilière ou que le lion n’a pas scrupule à dévorer la gazelle, les néo-païens soucieux d’écologie reconnaîtront à l’homme le droit à un égoïsme d’espèce à condition qu’il reste dans de saines limites comme celui de nos ancêtres, bridé par le sacré. Le sacré ? Le sentiment de communion avec la nature comme les chamanes ou les druides et n’oublions pas les druidesses d’Avallon.

Je vais trop vite. Deux mouvances néo-païennes bien distinctes font aux monothéismes et surtout au judéo-christianisme un procès d’écologistes contre des pollueurs désenchanteurs, deux mouvances qui dans le meilleur des cas s’ignorent et dans le pire se méprisent mutuellement. Ceux qui se réclament d’Alain de Benoist et qui se soucient de géopolitique et de mémoires anciennes ont avec lui découvert la finitude de la planète Terre et embrassé les arguments de la décroissance[6]. Les autres, plus nombreux dans les pays anglo-saxons et qui cultivent de nombreux liens avec le new age, seraient plutôt les adorateurs de la Grande Déesse, les adeptes d’un néo-chamanisme oscillant entre Gaïa, Wicca et Castaneda, ainsi que toute une frange de sympathisants de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme. Je parle bien de sympathisants car très peu dans cette mouvance vont au-delà de prendre refuge auprès d’un lama célèbre à Berkeley ou de suivre des cours de tai ji. Très peu savent même que ces religions ont des doctrines constituées et des textes de référence. Encore que ces deux mouvances ne soient jamais étanches l’une à l’autre, il est difficile de confondre l’argumentaire des disciples d’Evola et ceux des sorcières de la Wicca. Les deux s’unissent toutefois pour condamner la fin du Poème biblique de la création[7] qu’ils ne connaissent qu’en traduction anglaise ou française. Les versets incriminés, 1, 26 et 1, 28 sont généralement traduits par l’injonction faite à l’homme de « soumettre » ou de « dominer sur » « la terre, les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui se meut sur la terre ». Soumettre, dominer sur ? Mais pourquoi faudrait-il le comprendre comme une tyrannie utilitariste ?

Peut-être faut-il retrouver le mode de lecture qui fut celui tant des exégètes juifs que des pères de l’Eglise, à savoir éclairer un passage biblique par d’autres. Poissons, oiseaux, animaux terrestres. Dès la Parabole de la mort et de la vie[8], on voit ce qu’il faut entendre par la hiérarchie établie dans le Poème : le Seigneur Dieu amène à l’homme les bêtes de la terre et les oiseaux « pour voir comment il les nommerait ». Or dans la culture suméro-babylonienne d’où est issue la tradition juive, le nom et l’essence d’un être sont identiques. Nommer, c’est connaître et révéler l’essence, voire même la donner, et le texte précise qu’il s’agit de la qualité d’être vivant qui sera reconnue à tous ceux que l’homme a désignés. Mais, ajoute le texte, il ne trouve pas parmi eux « d’aide semblable à lui ». En nommant l’animal, l’homme se nomme aussi en creux, il reconnaît à la fois sa ressemblance en tant que vivant et sa différence. Quelle différence ? Il est le seul vivant capable de reconnaître sa femme comme son miroir et non comme sa femelle, d’avoir des relations qui dépassent les besoins de la reproduction de l’espèce. Il la nomme comme il a nommé les animaux passant devant lui, par un jeu de mots intraduisible : « isha car elle a été tirée de l’ish », littéralement « elle, car elle a été tirée de lui », mais isha peut se comprendre comme « être de ish ». Ma sœur, mon épouse, mon être extériorisée… Nous sommes loin, très loin, du mâle arrogant et dévastateur qu’ont perçu les néo-chamanes au travers de traductions lues superficiellement. Que ces mythes aient été compris, au cours des siècles, autrement qu’ils ne furent transmis, racontés puis écrits, nul ne songe à le nier. Mais les interprétations tardives ne sont pas la source. Si l’on accuse un texte d’avoir infléchi les mentalités, encore faut-il avoir une connaissance suffisante de ce texte, être capable de le lire en finesse.

Le paganisme antique était-il si respectueux de la nature et de la vie ? C’est souvent le cas dans les cultures de chasseurs cueilleurs avec ou sans l’apport d’une petite agriculture, d’un jardinage au bâton à fouir analogue à ce qui se faisait à l’épipaléolithique lors de la première sédentarisation. Mais les Grecs des cités n’aimaient pas la nature sauvage, ils la redoutaient, la peuplaient de monstres comme l’hydre de Lerne ou le sanglier d’Erymanthe. Le héros type de leurs mythes, c’est celui qui débarrasse les abords de la ville et les routes de tels monstres, des périls enfantés par la Terre. Tous les Argonautes, avant d’être guerriers, sont des chasseurs. Cette méfiance s’étend aux femmes qui herborisent, comme Médée, dans la montagne. L’espace sauvage est celui des dieux, Olympiens en goguette ou déités mineures des arbres et des sources, des daïmones, périlleux pour les mortels. La défense de la biodiversité les aurait peut-être choqués comme une régression dangereuse pour la civilisation !

(à suivre)



[1] Samuel Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2007 (1993)

[2] A partir du moment où Constantin accorde le droit de cité au Dieu de l’Eglise et proclame le christianisme « foi de l’empire », donc à partir du concile d’Arles de 314 et du concile de Nicée de 325.

[3] Actes 2

[4] Je l’ai entendu en parler durant une heure sur Radio Courtoisie et son analyse m’avait d’autant plus intéressée qu’il passe à raison pour le plus américanophile des journalistes de la droite radicale.

[5] Dans les plus anciennes archives de ce blog.

[6] Alain de Benoist, La décroissance : penser l’écologie jusqu’au bout, Krisis, 2007

[7] Genèse 1 et 2, 1-3. Le découpage classique est ici particulièrement stupide et je tâche de rétablir la réalité du texte originel, donc un ensemble de tablettes ou de papyri, par des titres. Je distingue ainsi dans le livre de la Genèse le Poème de la création, assez tardif, la Parabole de la mort et de la vie, le récit du Déluge, la Tour, les Chroniques des patriarches. Tout ce qui précède les chroniques des patriarches est constitué de récits mythiques à ne pas confondre avec l’histoire, mais d’une richesse spirituelle rarement égalée. Reste qu’il vaut mieux lire en hébreu, un hébreu qui souvent est du pur chaldéen dans les textes archaïques, qu’en traduction, la langue en étant très difficile.

[8] Genèse 2, 4 à 5, 32. Soit le mythe d’Eden et la chute, Caïn et Abel et la double généalogie.